Les postiers à nouveau en position de grève
Christian Gammon-Roy
IJL – Réseau.Presse - Tribune : la Voix du Nipissing Ouest
Une nouvelle interruption des services postaux semble de plus en plus probable, car les travailleurs de Postes Canada, qui ont reçu l'ordre de reprendre le travail en décembre 2024 malgré l’absence d’une nouvelle convention collective, sont officiellement en position de grève depuis le vendredi 23 mai et les négociations n’avancent pas. Le Syndicat des travailleurs et travailleuses des postes (STTP) a opté pour une interdiction des heures supplémentaires, limitant les travailleurs aux heures de travail régulières, au lieu d’un arrêt complet. Les représentants syndicaux espèrent que cette «action plus douce» limitera l'impact sur le public, par rapport à l'arrêt national qui avait suspendu toutes livraisons en novembre et décembre de l'année dernière.
Selon John Szewczyk, postier à Sturgeon Falls et chef de piquet de la section locale 576 du STTP de North Bay, ce nouveau mouvement de grève fait suite à l'expiration de la prolongation forcée de leur contrat en décembre. «Ce n'est pas que nous soyons de nouveau en grève si tôt; la grève n'a jamais pris fin. Notre contrat a été prolongé de cinq mois, jusqu'au 22 mai. Nous n'avons jamais cessé d'être en grève, on nous a ordonné de reprendre le travail avec cette prolongation, la date limite est arrivée et rien n'a été résolu,» résume M. Szewczyk.
S'il admet que les deux partis ont fait des concessions au cours de ces cinq mois, cela n'a pas suffi pour parvenir à une entente. À l'heure actuelle, M. Szewczyk affirme que l'entreprise a présenté une nouvelle offre, mais que le syndicat n'a pas eu suffisamment de temps pour l'examiner en détail. «Ils nous ont présenté cette dernière offre pratiquement la veille de l'expiration du contrat,» dit-il, ajoutant que le syndicat avait demandé un moratoire de deux semaines, promettant de ne pas faire grève, pendant que ses avocats analysaient le contrat d'environ 700 pages. Postes Canada a refusé.
Ne voulant pas procéder à un arrêt de travail complet, le syndicat a opté pour l'interdiction des heures supplémentaires, mais M. Szewczyk prévient qu'un arrêt de travail complet n’est pas exclu. «Le syndicat ne veut pas affecter le public aussi massivement qu'en décembre, mais il y a quelques conditions à cela. Le syndicat a adopté une approche plus souple cette fois-ci, car cela nous permettra d'obtenir les deux semaines que nous souhaitons, à condition que la société ne nous mette pas en lock-out ou qu'elle ne modifie pas les conditions d'emploi,» explique-t-il.
M. Szewczyk ajoute que l'arrêt de travail de novembre dernier avait été provoqué par des modifications aux conditions d'emploi. «C'est ce qui nous a poussés à débrayer la dernière fois. Nous sommes arrivés au travail pour trouver un document sur notre bureau disant en gros «voici vos nouvelles conditions d'emploi», et le lendemain, nous étions en grève totale,» raconte-t-il. Leur convention collective venait de prendre fin, et l'entreprise n'allait plus adhérer aux conditions négociées précédemment, explique M. Szewczyk. Les travailleurs ne bénéficiaient donc plus que des avantages et protections les plus élémentaires prévus par le code du travail. Cette situation a été renversée par la prolongation du contrat, qui a contraint les grévistes à reprendre le travail jusqu'au 22 mai.
En termes de demandes, peu de choses ont changé. Le STTP demande toujours une augmentation de salaire de 10 à 12 % pour la première année du contrat, ce qui, selon M. Szewczyk, est raisonnable compte tenu des années de stagnation des salaires et de l'inflation élevée. Il admet que certains pourraient considérer cette demande exagérée, et que de nombreuses personnes n'ont pas eu d'augmentation de salaire depuis longtemps, mais il riposte que tout progrès gagné par un syndicat produit un effet en cascade sur d'autres syndicats et sur la main-d'œuvre en général. «L’une des plus grandes avancées du mouvement syndical au cours des 50 dernières années a été le congé de maternité, obtenu par les postiers. Aujourd'hui, tout le monde en bénéficie. Les personnes sur le piquet de grève ne font pas seulement grève pour nos salaires et nos avantages, nous faisons grève pour les avantages de tout le monde,» affirme-t-il. M. Szewczyk réfute également l’argument selon lequel une augmentation des salaires entraînerait une hausse des coûts, affirmant que les salaires ont stagné et que cela n’a pas empêché les prix de grimper en flèche.
Un autre point d'achoppement est la sécurité d'emploi, liée à la question des livraisons de fin de semaine. «À l'heure actuelle, Postes Canada compte suffisamment d'employés à temps partiel et à durée déterminée pour assurer les livraisons de fin de semaine. Ils veulent embaucher tout un nouvel effectif à temps partiel, pour les fins de semaine seulement,» explique M. Szewczyk. Il ajoute que la société et le syndicat sont tous deux d'accord pour que les livraisons de fin de semaine aient lieu, mais qu'ils ne s'entendent pas sur la façon d'y parvenir. Selon lui, la position du syndicat est que l'entreprise devrait utiliser la main-d'œuvre existante pour étendre les livraisons la fin de semaine, ce qui permettrait d'augmenter le nombre d'heures de travail, d'embaucher davantage de travailleurs à temps plein et d'offrir des emplois plus sûrs avec des avantages sociaux. Il soupçonne l'entreprise de vouloir éviter cela pour réduire les coûts. Une main-d'œuvre à temps partiel travaillant la fin de semaine seulement ne bénéficierait d'aucun avantage social, ce qui permettrait à l'entreprise d'économiser de l'argent.
M. Szewczyk craint que plus les choses tardent, plus il sera difficile de faire des progrès et d’être compétitif dans le domaine des livraisons de colis. En tant que livreur de longue date, il est parfaitement conscient que les volumes de courrier ont considérablement diminué grâce à l'internet. Toutefois, l'internet a également généralisé les commandes en ligne, faisant des livraisons de colis une partie de plus en plus importante du travail des postiers.
En effet, la baisse du courrier a entraîné une baisse de la rentabilité de Postes Canada, qui est déficitaire depuis plusieurs années. Le 28 mai, la société a rendu public son rapport annuel qui fait état d'une perte avant impôts de 841 millions de dollars l'année dernière, après avoir vendu des actifs pour compenser un déficit d'exploitation de 1,3 milliard de dollars. Postes Canada a également déclaré que la grève de l'année dernière avait eu un impact négatif net de 208 millions de dollars. Cependant, le STTP soutient que les pertes sont le résultat de la mauvaise gestion de la société et que les suggestions du syndicat pour redresser la situation ont été ignorées.
M. Szewczyk insiste pour dire que si Postes Canada commence à livrer les fins de semaine, elle serait facilement le meilleur service en termes de prix et de couverture. «Si l'on fait appel à Purolator ou à UPS, le prix est presque trois fois plus élevé. Nous avons donc un service moins cher et nous desservons plus de clients que les autres entreprises, y compris Amazon, parce que dans les zones extrêmement rurales, il n’y a personne sauf Postes Canada,» explique-t-il. M. Szewczyk pense qu’une augmentation du volume de livraisons de colis pourrait produire assez de gains pour compenser le coût de la main-d'œuvre syndiquée, plus onéreuse, pour effectuer les livraisons de fin de semaine. Toutefois, il faudrait agir le plus tôt possible pour prendre cette part de marché, dit-il.
Entre-temps, le STTP maintient qu'il ne devrait y avoir aucun retard dans l’acheminement du courrier. Postes Canada a prévenu que l’interdiction des heures supplémentaires pourrait causer des perturbations, mais selon M. Szewczyk, cela illustre davantage les griefs du syndicat. «Si le fait que nous ne fassions pas d'heures supplémentaires perturbe le courrier, cela signifie en fait qu'il manque de personnel,» souligne-t-il.
En ce qui concerne les prochaines étapes, il reste beaucoup d’écart entre les attentes des deux partis. M. Szewczyk explique qu'une contre-offre suivra probablement, et que même si le syndicat parvient à un accord avec Postes Canada, la convention collective devra ensuite être soumise au vote des membres. «Postes Canada n'est pas une petite société locale, c’est national, donc même si nous avons un vote, il faudra deux mois pour entériner l’entente,» explique t-il, assurant qu'il n'y aura pas d'action syndicale pendant le vote sur l'accord de principe.
M. Szewczyk fait part d'une dernière préoccupation. «Nous sommes déjà deux ans et demi dans la convention collective actuelle. Donc, si nous signons un nouvel accord pour 4 ans, dans un an et demi, c'est déjà fini,» prévient-il. Il voudrait que la durée du contrat soit prise en compte et prolongée, de peur que nous ne nous retrouvions dans la même situation dans moins de deux ans.
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Photo :
Les travailleurs locaux de Postes Canada ont fait du piquetage devant le bureau de postes de Sturgeon Falls en novembre et décembre 2024, lors d'un arrêt de travail national. Ils sont encore en position de grève depuis le 23 mai, et les négociations se poursuivent. Le capitaine de piquet John Szewczyk, de la section locale 576 du STTP de North Bay, est devant, au centre.
Crédit photo : Christian Gammon-Roy
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- Date de création 30 mai, 2025
- Dernière mise à jour 30 mai, 2025