Les parents franco-colombiens célèbrent leur droit à une instruction de qualité en français

Les parents franco-colombiens célèbrent leur droit à une instruction de qualité en français

En rendant un verdict favorable à l’éducation en français en Colombie-Britannique le 12 juin dernier, la Cour suprême du Canada assure ainsi la garantie d’une éducation équitable pour les francophones de la province. Une décision juridique qui enthousiasme les différents acteurs des droits des Franco-Colombiens et d’ailleurs. À commencer par les parents.

André Magny

Initiative de journalisme local – APF - Ouest

Ce jugement prouve que « les francophones sont résilients et qu’ils sont prêts à se battre pour leurs droits ! » C’est en ces termes que le président de la Commission nationale des parents francophones (CNPF) a salué la décision historique. Pour Louis Kdouh, l’égalité réelle en éducation est maintenant reconnue. Les différents gouvernements doivent emboîter le pas. « Ils n’ont plus le choix, non seulement en Colombie-Britannique, mais dans toutes les autres provinces aussi », déclare-t-il.

L’ex-présidente de la Fédération des parents francophones de Colombie-Britannique (FPFCB), Pauline Gobeil, se dit émue en repensant à ce qui s’est passé le 12 juin à Ottawa. Arrivée en Colombie-Britannique en 1985, elle se rappelle que ses deux garçons faisaient 1 h 45 d’autobus le matin et autant le soir pour aller à l’école en français. Elle raconte toutes les péripéties qui ont mené à la construction, à Victoria, de l’École Victor-Brodeur.

« On nous avait donné, à nous les francophones, en 1985 une école insalubre qui datait de 1927. Il y avait des problèmes d’amiante, d’électricité. L’armée canadienne était même venue nous aider à la rénover », souligne-t-elle.

Pour elle, envoyer son enfant à l’école française tient d’une profonde conviction. Toutefois, le choix de l’école en français est primordial. « C’est ça ou l’assimilation », affirme-t-elle. Ses deux garçons, qui ont maintenant 28 et 30 ans, l’ont appelée au moment du jugement pour lui rappeler son combat.

Les enfants de Stéphane Perron ne connaîtront pas, eux non plus, le plaisir de fréquenter des écoles avec de l’espace. À Squamish, à mi-chemin entre Vancouver et Whistler, il n’y a pas d’école secondaire en français. L’école élémentaire n’a toujours pas de gymnase.

« Quand j’ai commencé à envoyer mes enfants à l’école française, je me suis aperçu que c’était moins bon que dans le système anglais, dit-il. Pas à cause des profs ou du niveau pédagogique, mais à cause des infrastructures. On nous donnait ce qu’il y avait de disponible. Des rallonges d’une école anglaise. On avait ce qui restait. » C’est là que le père de deux enfants a pris conscience que tout ça, « c’était pas correct, même si je suis minoritaire dans cette province, mais je ne pensais pas que ce serait si long, 10 ans… »

La cause en rappel

Depuis 10 ans, le Conseil scolaire francophone (CSF) de la Colombie-Britannique et la FPFCB se battaient devant les tribunaux afin de faire reconnaître le sous-financement des écoles de langue française comparativement aux écoles anglophones. Le jugement rendu le 12 juin leur a donné raison.

La décision largement majoritaire de 7 juges de la Cour suprême contre 2 est très claire : « Le critère utilisé pour évaluer la qualité de l’expérience éducative offerte aux minorités linguistiques officielles ne varie pas selon le nombre d’élèves de la minorité. » En se basant sur l’article 23 de la Charte canadienne des droits et libertés, la Cour suprême estime que cet article « confère aux minorités linguistiques officielles le droit à une instruction de qualité équivalente à celle de la majorité. »

Maître Mark Power, l’avocat du CSF et de la FPFCB a affirmé qu’il fallait tout d’abord féliciter ces instances pour leur ténacité. Il mentionnait également que ses clients, avant d’en arriver devant les tribunaux, avaient « tout fait pour convaincre les politiciens » de la justesse de leurs demandes.

Penser dorénavant à la pédagogie

Mark Power a rappelé que la Cour n’avait pas suivi les arguments des avocats des intimés. La province disait qu’elle n’avait pas d’argent pour les écoles francophones alors qu’elle avait un surplus de 800 $ millions selon l’avocat francophone.

Cette décision, qui doit s’appliquer dans toutes les provinces et territoires, considère que « les citoyens de langue officielle minoritaire sont toujours en droit de s’épanouir dans leur langue au quotidien ». Pour Me Power, une telle interprétation par les juges signifie que « les francophones et les Acadiens, en tant que parents, vont avoir les mêmes interrogations sur l’école que les parents anglophones », à savoir se questionner tout simplement sur la pédagogie et non plus sur la survie de l’école de leurs enfants.

Les élèves francophones ayant dorénavant accès à une éducation moins compromise dans leur langue pourront envisager de poursuivre leur éducation dans la langue de Molière. C’est peut-être à cela que pense la présidente-directrice générale de l’Association des collèges et universités francophones du Canada (ACUFC), Lynn Brouillette, quand elle déclare que son organisme applaudit « le jugement de la Cour suprême du Canada. Cette annonce démontre un engagement concret en faveur de l’équité en éducation en français et à la vitalité des communautés francophones en situation minoritaire. »

Et l’avenir dans tout ça

Reste cependant une question importante que tout le monde se pose : quand tout cela va-t-il se mettre en marche ? La Cour suprême ne l’a pas mentionné dans son jugement comme le souligne lui-même Mark Power.

Du côté du gouvernement britanno-colombien, malgré nos demandes répétées, nos questions sont restées lettre morte.

N’empêche, les parents de Victoria Nord, Whisler, Chilliwack ou Squamish savent, tout comme les 70 000 francophones et les 300 000 francophiles de la province, répertoriés par le Programme des affaires francophones de la Colombie-Britannique, qu’ils ont maintenant le droit d’obtenir des écoles en français.

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Bas de vignette : Quelques minutes après  jugement historique de la Cour suprême du Canada, distanciation sociale oblige, sont réunis de gauche à droite et du plus proche au plus loin :

Suzana Straus - présidente du conseil d'administration de la FPFBC

Mark Power - avocat

Marie-Pierre Lavoie - présidente du conseil d'administration du CSF

Lucie Pineau - secrétaire-trésorière du CSF

Marie-Andrée Asselin - directrice générale de la FPFBC

Michel St-Amant - directeur général du CSF

Crédit : Conseil scolaire francophone de la Colombie-Britannique

 

Bas de vignette : Le président du Conseil national des parents francophones, Louis Kdouh, heureux de la décision de la Cour suprême du Canada.

Crédit : gracieuseté Louis Kdouh

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  • Date de création 19 juin, 2020
  • Dernière mise à jour 19 juin, 2020
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