Les locataires pris au piège dans un système qui les abandonne

La Coalition pour les droits des locataires du Nouveau-Brunswick a dressé un portrait plutôt sombre de la situation dans la province dans son plus récent rapport.

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Bobby Therrien

IJL – Réseau.Presse – Acadie Nouvelle - Atl

Selon le document basé sur une recherche menée par des professeurs de l’Université du Nouveau-Brunswick et de l’Université St. Thomas sur une période d’environ deux ans, la crise du logement a laissé des locataires dans une situation où ils doivent lutter contre un système qui les laisse sans protection contre les augmentations de loyer déraisonnables, les expulsions arbitraires et le harcèlement persistant de la part des certains propriétaires.

La collecte des données a eu lieu entre juin 2022 et octobre 2023. Il inclut 346 participants à un sondage réalisé à l’échelle de la province, des séances de discussion avec des groupes de locataires néo-brunswickois, ainsi que par un examen approfondi des articles de presse récents et de la littérature universitaire.

«Notre rapport attire l’attention sur le désespoir et la colère que ressentent les locataires parce qu’ils ont été laissés sans protection dans un marché locatif qui évolue rapidement», a déclaré l’auteur principal du rapport, Tobin LeBlanc Haley.

Le rapport met en relief plusieurs préoccupations qui ont été soulevées par les personnes interrogées.

Par conséquent, plus d’un quart des locataires sondés ont estimé qu’il était difficile d’obtenir un logement, bien que les participants eux-mêmes soient actuellement logés.

Parmi certains groupes minoritaires, un pourcentage plus élevé de personnes participantes a fait état de difficultés à trouver un logement à louer. Le rapport fait état de 40% des répondants en situation de handicap, ainsi que 33% des femmes et des minorités de genre qui ont avoué qu’il a n’a pas été facile de trouver leur lieu de résidence actuel.

Les personnes sondées ont même déclaré que la localisation des logements disponibles était un processus opaque, notant qu’elles devaient compter sur le bouche-à-oreille, la chance, ou passer au peigne fin les annonces sur Facebook ou Kijiji.

Le rapport indique que les locataires provenant de groupes défavorisés ont été davantage mis à l’épreuve dans leur recherche de logement, subissant fréquemment des discriminations liées à la classe sociale, à la famille, à la situation de handicap et à la situation professionnelle. Des personnes interrogées ont également fait état d’expériences de racisme dans leurs relations avec les propriétaires.

«Ces chiffres sont particulièrement inquiétants, car notre groupe de personnes participantes ne comprenait que des personnes qui avaient déjà trouvé un endroit où vivre. Il est probable qu’une étude conçue pour inclure les sans-abris verrait ces chiffres augmenter considérablement», peut-on lire dans le rapport.

Celui-ci indique qu’en raison d’un environnement concurrentiel entraîné par la pénurie, les locataires étaient obligés d’agir rapidement pour obtenir des appartements qui étaient parfois en très mauvais état. Plus de 60% des locataires ont d’ailleurs déclaré que leur logement nécessitait des réparations.

Selon la Coalition pour les droits des locataires, 50% des répondants ont exprimé leur crainte de perdre leur logement. Ce pourcentage augmente chez les locataires handicapés, les familles monoparentales et les locataires racialisés.

De plus, 76% des personnes interrogées se sont dit inquiètes des augmentations de loyer, tandis qu’un tiers d’entre elles ont dit ne pas se sentir en sécurité dans leur logement, pour des raisons qui vont des logements en mauvais état aux propriétaires qui entrent à l’improviste dans les chambres à coucher privées.

«Les locataires du Nouveau-Brunswick devraient avoir le droit de jouir raisonnablement de leur logement», a déclaré Kristi Allain, co-auteure du rapport.

Une offre qui ne répond pas à la demande

Selon les chercheurs liés au rapport, l’élément le plus important de la crise du logement demeure l’absence d’investissement dans le logement social et de réglementation des loyers qui garantirait des loyers stables et empêcherait l’utilisation du logement comme un actif pour les investisseurs.

Les données montrent aussi que les locataires doivent faire plusieurs sacrifices afin de conserver un toit au-dessus de leur tête, soit en se nourrissant mal, en ne payant pas leur voiture ou en ne répondant pas à leurs besoins médicaux, comme les rendez-vous chez le dentiste et les médicaments d’ordonnance.

Matthew Hayes, co-auteur du rapport et porte-parole de la Coalition, s’est dit surpris par certains des résultats obtenus. Bien qu’il soit au courant de la diminution du nombre de logements abordables, il ne s’attendait pas à l’ampleur que prend cette problématique.

Le rapport soutient que l’offre de logements pour les groupes à revenus plus élevés est en croissance. La Coalition pour les droits des locataires a aussi constaté la disparition rapide de plus de 8600 unités de logement abordables pour les ménages dont les revenus annuels sont inférieurs à 30 000$ par année, de 2016 à 2021.

«Pour les gens aisés, il n’y a pas de crise, car ils trouvent assez facilement un logement, alors que pour les personnes à faible revenu, les choix diminuent de plus en plus rapidement.»

  1. Hayes croit que la politique du gouvernement provincial sur le logement a grandement favorisé les investisseurs qui ont stimulé le marché immobilier, mais qui ont fait grimper les prix.

«Le ratio de logement abordable est grandement défavorable. Les locataires font des sacrifices de plus en plus extrêmes et ça touche de plus en plus de gens. Le Nouveau-Brunswick est un chef de file au chapitre de l’augmentation du loyer depuis 2020», a expliqué M. Hayes.

«Ça touche tout le monde, autant les gens qui souhaitent acheter une résidence que ceux qui louent un appartement. Le système cause un appauvrissement généralisé chez un bon nombre de locataires.»

Matthew Hayes croit que les données du prochain recensement de 2026 pourraient dresser un portrait encore plus négatif de la situation du logement au Nouveau-Brunswick.

«On craint que, surtout avec l’inflation que l’on a vécue en 2022-2023, la situation soit pire que ce que l’on sait présentement avec nos chiffres.»

Le système est contre eux

Le rapport indique que les locataires ont souvent l’impression que le système actuel ne sert pas leurs intérêts adéquatement. On estime que le déséquilibre de pouvoir avec les propriétaires n’est pas pris en compte dans les politiques et les programmes conçus pour gérer les problèmes de location résidentielle.

«Ils pensaient que leurs propriétaires étaient plus puissants, mieux dotés en ressources et plus riches. Ils estimaient que les services gouvernementaux prenaient le parti des propriétaires ou se désintéressaient du sort des locataires de la province. En conséquence, beaucoup se sentent sans protection et sans soutien, estimant qu’il est futile d’essayer de se prévaloir des aides existantes», mentionne le rapport.

Le document constate que cette situation a rendu les locataires pessimistes quant à l’avenir de la crise du logement.

«L’augmentation des loyers, la rareté des protections et l’instabilité quasi constante des logements ont plongé les locataires dans un état d’anxiété quasi permanent».

Invitant le futur gouvernement provincial à corriger le tir, les auteurs du rapport ont proposé neuf solutions:

  1. Adopter un régime de contrôle des loyers
  2. Modifier la Loi sur la location de locaux d’habitation pour y inclure les locataires de logements publics
  3. Mettre en place un tribunal de la propriété et de la location
  4. Éliminer les dépôts de garantie
  5. Offrir aux locataires une meilleure protection contre l’expulsion
  6. Confier au Bureau des relations avec les locataires et les propriétaires la charge de déposer les plaintes auprès des propriétaires
  7. Accorder aux locataires le droit de jouir raisonnablement de leur logement locatif
  8. Fournir une aide aux locataires à faibles revenus pour couvrir les questions relatives à la relation propriétaire-locataire
  9. Permettre à toute personne de déposer une plainte officielle auprès de la Commission des droits de la personne du Nouveau-Brunswick

 

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  • Date de création 15 octobre, 2024
  • Dernière mise à jour 15 octobre, 2024
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