«Les gens sont pas nécessairement perdus dans le brouillard» - pt. 2

Une étude sociolinguistique sur les représentations linguistiques de jeunes adultes issus du système scolaire francophone dHalifax permet de mieux comprendre la réalité de cette population et, de fil en aiguille, trouver des pistes de solution afin de créer des espaces plus diversifiés. 

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Jean-Philippe Giroux

IJL – Réseau.Presse – Le Courrier de la Nouvelle-Écosse

Ce qui est internalisé 

Lun des moments les plus marquants pour Daniel Boutin, en effectuant ses entretiens pour son étude, est lorsquune participante, en blague, sest auto identifiée comme «fucked-up-ophone». Personne ne lui a donné ce titre, c’était une idée originale.

À la suite de ce commentaire, il sest rappelé la découverte quil avait faite par le passé, en travaillant sur une enquête afin de concevoir la Stratégie nationale pour la sécurité linguistique (FJCF) de la Fédération de la jeunesse canadienne-française (FJCF).

Cette dernière a fait des entrevues avec quelque 1 374 personnes afin de réaliser cette stratégie. Elle a constaté que, hormis des sources externes comme le travail, la communauté et les réseaux sociaux, «le plus grand nombre de personnes répondantes indiquent que nous sommes – nous-mêmes – une source dinsécurité linguistique», peut-on lire dans le document.

Ce qui avait frappé M. Boutin, qui est convaincu que beaucoup plus de gens se sentent de la même façon.

Il présente dans sa thèse le concept du troisième espace et du discours authentique, en utilisant comme exemple les évènements du CJP et de la FJCF, où les jeunes créent ensemble des espaces sécurisants pour parler et se poser des questions sur lidentité, en dehors du cadre scolaire.

Une participante de son étude a même confié que sans un troisième espace, elle naurait probablement pas poursuivi ses études et sa vie en français.

Dans sa thèse, M. Boutin fait référence à une étude dAnnette Boudreau et Lise Dubois, qui présente quatre idéologies linguistiques véhiculées dans la région de la Baie Sainte-Marie, dont le discours dauthenticité de la région, lacadjonne.

Largument de M. Boutin est que les idéologies comme le monolinguisme ont leurs places dans certains contextes comme dans la salle de classe, mais quil y aurait également de la place à faire à la valorisation du discours authentique et non standardisé, pour ne pas mettre des membres de la communauté à dos.

«Il y a une balance quelque part à faire entre [apprendre] le standard, mais [ne pas le faire] dune manière prescriptive, où on montre quil y a une diversité de manières dans laquelle on peut parler pis quil y a pas un français qui est meilleur que lautre», défend lauteur.

À long terme 

Il y avait aussi la question du sens dappartenance à la communauté francophone de Halifax, parmi les personnes interviewées pour l’étude, qui a été abordée.

Certains disaient que les évènements culturels et communautaires ne leur parlaient pas. Dautres ont confié à Daniel Boutin, par lentremise danecdotes, que c’était aussi un enjeu identitaire, qui sest développé à travers leur cheminement scolaire.

«C’était souvent des commentaires (liés à la langue) quils recevaient de gens en position de pouvoir, de gens qui étaient soient leurs enseignants, des administrateurs ou des gens qui avaient un rôle significatif dans la communauté.»

Des commentaires qui peuvent encourager les jeunes à ne plus parler français aussi fréquemment, selon lauteur, et de se tourner vers la culture majoritaire.

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Ce qui pourrait servir de matière à réflexion, «cest le discours quon utilise pis quon décide de mettre en priorité», daprès lauteur.

Ce dernier est davis que par exemple la logique de résilience, soit lidée que cest à lindividu dendurer la discrimination langagière comme stratégie de lutte contre linsécurité linguistique, ne mène pas vraiment aux résultats souhaités et ne résout pas le problème de la glottophobie.

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Lauteur partage depuis quelques semaines les résultats de son étude sur les réseaux sociaux. Il remarque quils trouvent un écho non seulement auprès des Néoécossais avec qui il est allé à l’école, mais aussi parmi les membres dautres communautés francophones du pays.

«Je pense, en quelque part, ça démontre quon parle peut-être des fois pas assez de la francophonie urbaine, surtout la francophonie urbaine pour les jeunes adultes», mentionne-t-il.

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M. Boutin souhaite que sa thèse aide à déconstruire les idées fausses autour de lassimilation des jeunes adultes francophones, notamment ceux qui s’établissent en milieu urbain.

Sil devait avoir des études de suivi à faire, lune dentre elles serait de documenter les questionnements linguistiques des jeunes adultes, lorsquils arrivent au stade de vie où ils prennent la décision de fonder une famille et dinscrire leurs enfants à l’école, française ou anglaise, termine M. Boutin.

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  • Date de création 13 septembre, 2024
  • Dernière mise à jour 13 septembre, 2024
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