Les frontières Ottawa-Gatineau «fermées pour rien»

Émilie Pelletier

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Initiative de journalisme local

Queen’s Park

Les bilans quotidiens de la COVID-19 depuis le début de la pandémie sont la preuve ultime que les frontières entre Ottawa et Gatineau « ont été fermées pour rien », juge un épidémiologiste à qui nous avons demandé d’analyser les différences entre les situations des deux côtés de la rivière des Outaouais.

La Ville d’Ottawa et l’Outaouais sont une seule et unique région intégrée, juge le virologue et professeur agrégé à la faculté de médecine de l’Université d’Ottawa, le Dr Hugues Loemba, et le nombre d’infections au coronavirus rapportées quotidiennement en sont la preuve. 

En observant les courbes des cas de COVID-19 à Ottawa et à Gatineau depuis le début de la pandémie, on constate qu’elles évoluent presque en même temps, tandis que lorsqu’on compare celles du Québec et de l’Ontario, celles-là fluctuent régulièrement.

L’expert note que l’état de la situation était pire au Québec qu’en Ontario lors de la première vague de la crise sanitaire, mais que c’est en Ontario que les choses se sont corsées lors des deuxième et troisième vagues.

Or, à Ottawa et en Outaouais, les courbes se sont suivies de près, tout au long de la pandémie. 

« On a eu une troisième vague à cause du variant anglais, en grande partie. Il n’est pas arrivé par la frontière entre Ottawa et Gatineau. »

Selon l’épidémiologiste, les policiers n’auraient pas dû être envoyés aux ponts interprovinciaux. « Ils sont obligés d’être là au lieu de faire leur travail. Ils ont autre chose à faire. »

Par ailleurs, le spécialiste juge que le gouvernement ontarien n’a jamais été en mesure de prodiguer une véritable explication pour justifier sa décision d’imposer une frontière entre les deux régions. « Ottawa et Gatineau, c’est une région intégrée. »

L’Ontario a décidé de maintenir l’interdiction de déplacements entre les provinces voisines jusqu’au 16 juin.

« Quand on regarde ces graphiques et qu’on voit les chiffres, on constate que le gouvernement aurait pu changer sa décision et lever l’interdiction de traverser plus tôt, comme il l’a fait pour la première étape de son déconfinement. »

Pas tout à fait d’accord

« Je ne sais pas si je suis complètement d’accord », répond le clinicien principal du Programme d’épidémiologie clinique à l’Institut de recherche de l’Hôpital d’Ottawa, le Dr Doug Manuel, à propos de l’affirmation selon laquelle les barrages aux ponts interprovinciaux n’auraient pas dû être imposés.

Celui qui fait partie de la Table de concertation du gouvernement ontarien sur la COVID-19 convient qu’Ottawa-Gatineau est une seule et unique région, « mais nous devons rester dans nos quartiers », insiste-t-il. 

À ses dires, les restrictions aux frontières faisaient partie d’un effort concerté entre les deux provinces pour réduire la mobilité de la population. « L’un des piliers du contrôle de ce virus est la réduction des déplacements. Nous ne voulons pas que les gens se rendent d’Ottawa à Toronto, ou de Gatineau à Montréal, au même titre que d’Ottawa à Gatineau et vice-versa. On veut que les gens restent près de chez eux. »

Alors que les deux provinces ont entamé leur déconfinement, les gouvernements ne devraient-ils pas lever immédiatement les restrictions aux frontières

 « J’appuie une réouverture lente. (...) Rouvrir de façon locale a plus de sens que de permettre les mouvements d’une région à l’autre. Faisons les choses lentement, visitez les restaurants dans votre quartier avant d’aller de l’autre côté de la rivière », conclut-il. 

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  • Date de création 11 juin, 2021
  • Dernière mise à jour 11 juin, 2021
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