Les familles se serrent les coudes face au coronavirus

Les familles se serrent les coudes face au coronavirus

Alors que la population de l’Île-du-Prince-Édouard (Î.-P.-É.) est vieillissante, la solidarité entre générations n'a jamais été aussi importante pour traverser la crise sanitaire en cours. La force des liens familiaux ne doit pas faire oublier que les personnes âgées se retrouvent bien souvent isolées, en maison de retraite.

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Marine Ernoult

Initiative de journalisme local - APF – Atlantique

«Chaque matin, nous marchons jusqu’à chez mes parents pour prendre de leurs nouvelles, on se salue de loin dans la cour, raconte Katie Beck. Hier, mes enfants leur ont laissé des messages pour leur dire à quel point ils leur manquent.» La jeune femme, qui vit à Charlottetown à quelques rues de ses parents, garde un lien très fort avec sa famille. Pour l’anniversaire de sa mère, elle a déposé un gâteau sur le pas de sa porte. Chaque soir, elle et son mari Rory, organisent des rencontres virtuelles avec oncles et tantes, neveux et nièces. «Ça fait partie de notre routine quotidienne, ça aide nos deux enfants à supporter ces moments très durs», confient Katie et Rory Beck.

De son côté, Suzanne (le prénom a été modifié) va faire l’épicerie chaque semaine pour sa mère de 80 ans qui habite à une trentaine de kilomètres chez elle, avant de déposer les courses sur le perron. «On est inquiet, car elle a besoin d’aide. On prend soin d’elle comme on peut, témoigne la femme. Ça pourrait être pire, elle n’est pas malade et peut encore profiter de son jardin.»

Valeurs familiales fortes

Depuis le début de la pandémie de COVID-19, qui frappe avant tout les personnes âgées, l’entraide familiale fonctionne à plein à l’Î.-P.-É. Les jeunes veillent sur les anciens, et chacun donne des nouvelles dès que possible. «Les valeurs familiales et les liens entre générations sont très forts, explique Judy-Lynn Richards, professeure à l’Université de l’Î.-P.-É, au sein du département de sociologie et d’anthropologie, spécialisée en démographie. Parce que la province est petite, les membres d’une même famille habitent souvent proches les uns des autres et peuvent se soutenir.»

 

Kristie Collins, elle, a émigré au Japon il y a vingt ans, mais n’a jamais coupé le cordon avec ses origines. «Je me sens encore plus Prince-Édouardienne en période de crise, je suis fière de la façon dont les Insulaires gèrent la situation», réagit la professeure à la Faculté des études étrangères de l'Université Reitaku, à l’est du Japon. Elle est en contact quotidien avec ses parents septuagénaires que ce soit par FaceTime ou Facebook. «Malheureusement, je ne peux qu’attendre et voir si c’est possible de revenir à la maison pour les vacances en août», témoigne-t-elle.

Près de 20% des insulaires ont plus de 65 ans

Cette solidarité familiale est bienvenue alors que le vieillissement de la population s’accélère depuis le milieu des années 1990. Si 15,6% des 156 947 Prince-Édouardiens ont moins de 14 ans, 19,7% ont plus de 65 ans (chiffres 2019). L’âge médian à l’Île-du-Prince-Édouard est aussi plus élevé que dans le reste du pays (43,2 ans contre 40,8 au Canada). «Depuis la Seconde Guerre mondiale, le taux de natalité a dramatiquement chuté», souligne Judy-Lynn Richards. Le taux de fécondité est ainsi de 1,63 enfants par femme à l’Î.-P.-É. en 2018, en dessous du seuil de renouvellement de la population. Autrement dit, la croissance démographique est nulle, voire négative.

Mais jusqu’à quel point l’entraide intergénérationnelle joue un rôle ? À l’Î.-P.-É., comme ailleurs au pays, le recours aux foyers de soins et aux services de soins de longue durée reste «l’option privilégiée quand les personnes âgées ne sont plus autonomes et ont des problèmes de santé», assure Judy-Lynn Richard. Selon la professeure, il est rare de voir plusieurs générations vivre sous le même toit : seulement 10 à 12% des foyers canadiens seraient intergénérationnels.

Des aînés «sous-estimés»

À l’Î.-P.-É., 1 205 personnes âgées vivent dans des services de soins de longue durée. «C’est lié à la place que notre société accorde aux séniors. Aujourd’hui, ils sont sous-estimés», regrette Judy-Lynn Richard. Quant aux aidants qui travaillent dans ces structures, ils sont «sous-payés, obligés de travailler dans différentes institutions, augmentant le risque de propagation du virus», s’alarme-t-elle.

À Charlottetown, Katie Beck, elle, réfléchit à comment fêter les quatre ans de sa fille le 20 avril prochain. «Je vais sûrement déposer des gâteaux aux portes de tous les membres de la famille et, ensuite, par Skype, on soufflera les bougies et chacun mangera une part», raconte la mère de famille. Devant la gravité de la situation, les Insulaires tentent de rester unis.

 

 

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PHOTOS:

Rory et Katie Beck : Rory et Katie Beck, avec leur deux enfants, Mac et Daisy, habitent à Charlottetown. Ils entretiennent des liens très forts avec leur famille. Courtoisie

Kristie Collins : Kristie Collins a émigré au Japon il y a vingt ans, mais n'a jamais coupé le cordon qui la relie à l'Île. Elle se sent plus que jamais Prince-Édouardienne. Courtoisie

Judy-Lynn Richard : Judy-Lynn Richard, professeure à  l’Université de l’Î.-P.-É, rappelle qu'au Canada l’option privilégiée reste de placer les personnes âgées en maison de retraite quand elles ne sont plus autonomes. Courtoisie

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  • Date de création 4 avril, 2020
  • Dernière mise à jour 4 avril, 2020
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