«Les élèves ont besoin de soutien, pas de menottes»

Plusieurs organisations d’Ottawa et de l’Ontario se sont réunies à quelques pas du Parlement pour dénoncer le projet de loi 33 qui propose une plus grande présence policière dans les écoles.

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Par Clémence Labasse
IJL - Réseau.Presse - Le Droit

L’organisation pancanadienne Policing-Free School (Écoles sans police) a tenu la toute première conférence de presse de sa tournée provinciale pour dénoncer le projet de loi 33 de l’Ontario, mardi dans la capitale canadienne.

Ce projet de loi propose d’étendre les pouvoirs de la police afin de renforcer la surveillance des conseils scolaires de la province, et prévoit d’imposer la mise en œuvre des programmes d’agents scolaires (PAS) là où ils sont offerts par la police locale.

En entrevue avec Le Droit, le chef du service de police d’Ottawa Eric Stubbs s’est prononcé en faveur de ce texte législatif.

«Cette proposition est une distraction», a martelé à plusieurs reprises Andrea Vásquez Jiménez, directrice et consultante principale d’Écoles sans police au Canada.

«[Ce projet de loi] répond à une crise qui a été créée de toute pièce, dans le but de cacher les vrais enjeux auxquels font face nos écoles: un manque de ressources et de financement», ajoute celle-ci.

«Les demandes répétées de la part des enseignants pour la mise en place de mesures qui peuvent vraiment faire la différence sur les résultats scolaires comme des salles de classe plus petites, plus d’enseignants ou plus de soutien alimentaire, continuent de tomber dans l’oreille d’un sourd, gouvernement après gouvernement.»

Tous les intervenants mardi matin ont été catégoriques: selon eux, étendre les pouvoirs de la police dans les écoles ne contribuera qu’à accentuer davantage la marginalisation des élèves de couleurs, particulièrement noirs ou autochtones, les élèves 2SLGBTQIA+ et ceux atteints de neurodivergence ou de handicaps.

Criminalisation de la jeunesse

«Ce dont les enfants ont besoin, c’est d’être compris, accompagnés et soutenus. Ils n’ont pas besoin des menottes», a lancé Nhora Aust, mère d’un jeune homme décédé lors d’un raid du service de police d’Ottawa (SPO) en 2020.

Elle s’est rappelé comment la toute première interaction de son fils avec la police d’Ottawa, une dizaine d’années plus tôt, à l’école à l’âge de 13 ans, lui avait nui à titre de jeune Noir.

«Anthony aimait s’habiller en cowboy tous les jours. À cause de ça, ses camarades se moquaient de lui. Un jour, agacé, il a acheté un pistolet en plastique, un jouet. Quand son école l’a vu, personne ne lui a posé de question, ils ont directement appelé la police. Personne n’a cherché à le comprendre, la première réponse a été la punition.»

Selon Nhora Aust, cette première interaction négative avec la police aurait changé la vie de son fils à jamais et créé de la méfiance chez lui.

Un programme déjà désavoué

Il y a quelques années, le Conseil scolaire du district d’Ottawa-Carleton (OCDSB) a décidé de se défaire entièrement du programme de la SPO, ce qui a conduit à son arrêt total dans toutes les écoles de la région.

«L’OCDSB versait des centaines de milliers de dollars pour les salaires de policiers dans nos écoles», prétend Lyra Evans, ex-présidente de ce conseil scolaire. «[…] En 2020, nous avons retiré cet argent du budget, mais le programme était toujours là, donc nous avons décidé d’examiner l’impact du programme sur nos étudiants et sur la communauté, et d’en tirer un rapport.»

«Les résultats étaient sans équivoque: les effets négatifs du programme d’agents de ressources sont palpables, calculables et significatifs.»

—  Lyra Evans, conseillère scolaire de l'OCDSB

«À l’époque, nous avons entendu des centaines de personnes qui ont témoigné des préjudices que les policiers leur avaient causés dans les écoles, d’innombrables récits de racisme, de sexisme, d’intimidation et de préjudices», soutient Tianna Thompson, du collectif Asilu, un groupe d’anciens élèves de l’OCDSB qui s’est formé en 2020 pour dénoncer la présence de ces agents dans les écoles de la région.

«Nous avons gagné à l’époque et nous gagnerons à nouveau ce combat contre la surveillance dans les écoles.»

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LD_Loi33 | Des manifestants rassemblés sur la rue Wellington, à l'occasion d'un point presse par plusieurs organismes communautaires pour dénoncer le projet de loi 33 de l'Ontario. (Clémence Labasse/Le Droit)

LD_AVJ-Police Free| Andrea Vásquez Jiménez mène la campagne pancanadienne de l'organisme Policing-Free Schools (École sans police). (Clémence Labasse/Le Droit)

LD_Nhora Aust | Nhora Aust, mère d'un Anthony Aust, jeune homme mort lors d'un raid de la police d'Ottawa. (Clémence Labasse/Le Droit)

LD_TiannaThompson | Tianna Thompson, au micro, a partagé ce qui est ressorti des nombreux témoignages récoltés par le collectif Asilu lors d’une enquête sur le programme d'agents de ressources scolaires entre 2020 et 2021. (Clémence Labasse/Le Droit)

LD_LyraEvans | L'ex présidente du conseil scolaire du district d'Ottawa-Carleton (OCDSB) Lyra Evans s'est battue pour que son conseil scolaire arrête sa participation au programme d'agents de ressource de la police d'Ottawa dans les écoles.

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  • Date de création 10 septembre, 2025
  • Dernière mise à jour 11 septembre, 2025
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