Les défis d’une rentrée imprévisible

Les défis d’une rentrée imprévisible

Suite aux annonces de la Province, le 4 janvier dernier, la rentrée d’hiver s’est effectuée le 10 janvier à distance pour la majorité des élèves de maternelle, primaire et secondaire. Alain Laberge, directeur général de la Division scolaire franco-manitobaine, Lillian Klausen, présidente des Éducatrices et éducateurs francophones du Manitoba et Brigitte L’Heureux, directrice générale de la Fédération des parents de la francophonie manitobaine, ont fait part de leurs réactions et prévisions sur la rentrée en présentiel, qui, à l’heure de passer sous presse, était encore prévue le 17 janvier.

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Vincent ERARIO

IJL – Réseau.Presse – La Liberté

La rentrée d’hiver s’est faite à distance pour la grande majorité des élèves au sein des écoles de la Division scolaire franco-manitobaine (DSFM) ce lundi 10 janvier.

En effet, comme l’explique Alain Laberge, son directeur général, dans une entrevue réalisée le 5 janvier dernier, les élèves des travailleurs et travailleuses essentiels continuent d’aller en salles de classe : « Il va y avoir du présentiel avec des élèves en salles de classe et du virtuel avec des élèves à distance. Le même nombre de minutes va être attribué à ces élèves-là, que vous soyez en salles de classe ou en virtuel. Des minutes importantes basées sur la littéracie et la numératie. »

En dépit de l’expérience accumulée depuis le début de la pandémie, Alain Laberge parle de la difficulté à proposer un enseignement hybride pour cinq jours : « L’enseignant doit un peu changer, modifier la présentation, le travail, le modèle. Sans trop le modifier parce que vous avez des élèves de la maternelle à la sixième année qui vont être en présentiel. »

Alain Laberge poursuit : « Si c’est pour un mois, c’est beaucoup plus facile parce que l’enseignant, l’enseignante prépare du matériel, prépare une unité. » La question du calendrier scolaire a aussi son importance. « Le semestre pour les élèves au secondaire se termine à la fin janvier. Donc en ce moment nos écoles sont dans les derniers moments de la fin du terme. On tombe dans les évaluations », précise le directeur de la DSFM.

Enseignants et parents de nouveau sollicités

Lillian Klausen, présidente des Éducatrices et éducateurs francophones du Manitoba (ÉFM) accueille favorablement le report du début de l’enseignement en présentiel au 17 janvier, mais, selon elle, la Province aurait dû aller plus loin : « Notre première demande était pour tout le mois de janvier. »

La conséquence est pour elle, une charge de travail décuplée car les enseignants doivent s’occuper des étudiants cette semaine et préparer la rentrée du 17 janvier.

« Le nombre d’heures de travail dans une semaine a augmenté de façon significative depuis le début de la pandémie pour qu’ils puissent s’assurer non seulement de l’éducation des jeunes mais aussi de la sécurité des jeunes », relève la présidente des ÉFM, qui représente plus de 2 000 enseignantes et enseignants sur tout le Manitoba.

Brigitte L’Heureux, directrice générale de la Fédération des parents de la francophonie manitobaine (FPFM), rappelle la contrainte pour les parents de concilier travail et maison avec l’enseignement à distance : « Que les enfants soient à la maison, ça donne du stress additionnel pour les parents qui doivent aussi travailler. »

Ce stress a, cette fois, été renforcé par les six jours qui ont séparé les annonces du gouvernement et la rentrée du 10 janvier : « Je pense que ceci aurait pu être annoncé plus en avance, quand on a annoncé la prolongation [des vacances] au 10. Est-ce que ça donne beaucoup de temps aux parents de s’organiser? Non, surtout pour ceux qui doivent s’organiser avec leurs employeurs », regrette la directrice de la FPFM.

Brigitte L’Heureux évoque aussi les conditions matérielles : « Pas tous ont une tablette ou un appareil pour chaque enfant. Pas tous ont des imprimantes à la maison. Je sais que les écoles sont pas mal accommodantes, mais c’est beaucoup de va-et-vient, c’est beaucoup de courriels, c’est beaucoup d’impressions, c’est beaucoup de scans. »

Des inquiétudes sur l’après 17 janvier

Le 4 janvier dernier, la Province s’est engagée à fournir aux écoles cinq millions de masques médicaux supplémentaires pour enfants et adultes, ainsi que 500 000 tests de dépistage rapide pour les élèves de la maternelle à la sixième année. S’il ne sait pas encore combien de masques reviendront à la DSFM, Alain Laberge est confiant :

« Depuis le début de la pandémie, au niveau des masques, la Province nous a toujours fourni le nombre de masques que nous avions demandé. Je n’ai pas trop de crainte à ce niveau-là. La bonne nouvelle c’est que dans les cinq millions de masques, il y a des masques qui vont être pour les enfants. Par le passé, les masques que nous recevions étaient majoritairement pour le personnel. »

Pour la rentrée du 17 janvier, la consigne de la Province pour les enfants est de porter des masques composés de trois couches. En cas de besoin, la DSFM dispose également d’une « bonne réserve » de masques non-utilisés selon son directeur général.

Selon les informations d’Alain Laberge, la DSFM devrait recevoir un nouvel arrivage de tests rapides la semaine du 17 janvier, qui pourront être envoyés aux familles sur demande, comme cela avait été le cas avant les vacances. Alain Laberge invite les familles à se rapprocher d’ores et déjà des écoles pour se renseigner sur les stocks disponibles.

Quelque 6,8 millions de dollars ont aussi été promis par la Province pour financer des projets d’amélioration de la ventilation. Durant les huit derniers mois, la DSFM avait fait trois demandes de financement pour compléter les systèmes centralisés des écoles :

« Nos écoles ont des systèmes et nous faisons tout ce qui nous est demandé de faire pour garder nos systèmes à jour et les plus propres possibles. Ce que nous pourrions ajouter à ces systèmes-là ce sont des unités de ventilation dans les salles de classe. »

Ce soutien logistique n’élimine pas les incertitudes sur la réouverture des écoles et l’avenir. « Combien d’enfants vont arriver étant asymptomatiques et pourront transmettre le virus? Et la question primordiale, est-ce que nous allons avoir assez de personnel en classe pour pouvoir donner les cours? », s’inquiète Alain Laberge.

Même inquiétude du côté de Lillian Klausen qui anticipe une pénurie d’enseignantes et d’enseignants : « Ce qui est difficile pour nous, pour l’éducation en français, c’est qu’on vit actuellement dans une grande pénurie d’enseignants depuis quelques années. On n’a pas les suppléants nécessaires pour pouvoir combler régulièrement les postes où nos enseignants sont en congés maladie. Alors avec cette vague Omicron, c’est encore plus difficile. »

Lillian Klausen ne peut pas estimer le nombre d’enseignants et enseignantes touchés par Omicron. Elle renvoie aux bulletins publiés sur le site de la Province, qui montrent un plus grand nombre de cas positif à la Covid-19 dans la région de Winnipeg.

Brigitte L’Heureux relève également un risque de manque de personnel dans les garderies, qui demeurent ouvertes et qui sont encouragées à accueillir les enfants de travailleurs essentiels : « Autant que la pandémie se répand, autant que les gens sont à court de personnel aussi. »

L’expérience de parent de Brigitte L’Heureux lui fait enfin redouter de nouveaux changements après le 17 janvier :

« C’est ça qu’on annonce maintenant, mais qu’est-ce qu’il va nous venir dans quelques jours? Je ne me sens pas en confiance que les jeunes vont retourner le 17. Ce n’est pas pour blâmer le gouvernement. C’est juste que la pandémie est très imprévisible, donc c’est difficile pour nous de nous projeter dans une semaine, un mois, deux mois. »

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Photos : 

Alain Laberge. photo : Marta Guerrero

Brigitte L’Heureux. photo : Marta Guerrero

Lillian Klausen. photo : Archives La Liberté

  • Nombre de fichiers 4
  • Date de création 14 janvier, 2022
  • Dernière mise à jour 14 janvier, 2022
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