Les Alcooliques anonymes essaient de maintenir le lien

Les Alcooliques anonymes essaient de maintenir le lien

À cause de la pandémie de COVID-19 et des restrictions sanitaires, les Alcooliques anonymes de l’Île-du-Prince-Édouard sont passés en distanciel pour une partie de leurs groupes de parole.  Des réunions Zoom qui ont trouvé leur public, mais qui excluent les plus fragiles et marginalisés.

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Marine Ernoult

IJL – Réseau.Presse – La Voix acadienne

 

 

«Le passage par l’écran est plus facile.  Au début, on écoute, et quand j’ai commencé à témoigner, c’était sans la caméra», raconte Jessica*.  Depuis l’an dernier, la Prince-Édouardienne participe à des groupes de parole en ligne des Alcooliques anonymes (AA).  Chaque semaine, elle se connecte à des conférences Zoom qui lui permettent de partager «soutien moral, conseils et informations pour rester sobre».  Bien que les réunions physiques des AA aient en partie repris à l’Î.-P.-É., Jessica préfère «l’option visio» : «En pleine pandémie de COVID-19, je suis plus rassurée».

Chelsea* participe également assidûment à ces groupes de parole sur Internet.  «C’est ma bouée de sauvetage», partage-t-elle.  Depuis son entrée aux AA l’année dernière, elle n’a connu que des réunions en distanciel.  «Ce qui compte, ce n’est pas la distance ou le temps, c’est de faire le chemin ensemble, dit-elle.  On se retrouve avec des personnes différentes de celles qu’on connaît, et ce n’est pas plus mal.  Ça ouvre les horizons, on se concentre moins sur son cas personnel».

Le distanciel, «positif dans les zones reculées»

Karine Bertrand, professeure à la faculté de médecine et des sciences de la santé de l’Université Sherbrooke, loue la visioconférence qui permet de maintenir le lien avec les personnes souffrant de dépendance.  «Surtout que le stress et la solitude engendrés par la pandémie peuvent augmenter leurs problèmes», explique la scientifique.  Et d’ajouter : «C’est positif pour celles et ceux qui vivent dans des zones reculées, à la campagne, ce genre de services à distance peut être plus facile, ça élimine le coût et le temps de transport».

Mais l’universitaire prévient, ces services à distance ne sont pas adaptés à tout le monde.  Ainsi, la visioconférence n’est pas forcément adaptée aux personnes plus familières des groupes en présentiel.  C’est le cas de Ryan*, sobre depuis 22 ans, qui n’affectionne pas les réunions Zoom des AA.  «Ce n’est pas pour moi, ce n’est pas la même chose qu’en physique, on est moins spontané, il y a moins de discussions informelles, c’est moins chaleureux», regrette-t-il.

Maintenir le présentiel pour les plus précaires

«Le passage en ligne peut être perturbant pour des individus en crise ou en grande détresse psychique, ça peut bouleverser leur processus de rétablissement», poursuit Karine Bertrand.  Surtout, aux yeux de l’experte, ces groupes de parole en ligne excluent les plus fragiles sans accès à Internet, amplifiant ainsi la fracture numérique.  «Il est essentiel de maintenir du présentiel, les personnes en grande précarité en ont plus que jamais besoin», plaide-t-elle.

* Le prénom a été modifié comme pour tous les membres des Alcooliques anonymes mentionnés dans cet article.

 

 

 

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Photos

Karine Bertrand, professeure à la faculté de médecine et des sciences de la santé de l’Université Sherbrooke, et directrice scientifique à l’Institut universitaire sur les dépendances. (Photo : Gracieuseté)

 

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  • Date de création 17 juin, 2021
  • Dernière mise à jour 17 juin, 2021
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