Les agriculteurs font le tri sélectif de leurs déchets chimiques

Les agriculteurs font le tri sélectif de leurs déchets chimiques

À l’Île-du-Prince-Édouard, les fermiers peuvent gratuitement déposer leurs pesticides et médicaments vétérinaires périmés dans sept sites de collecte. Le programme, mené par Cleanfarms et financé par l’industrie, rencontre du succès auprès des agriculteurs.

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Marine Ernoult

Initiative de journalisme local – APF – Atlantique

En novembre, les agriculteurs de l’Île-du-Prince-Édouard ont pu se débarrasser gratuitement de leurs déchets chimiques agricoles, pesticides et médicaments vétérinaires périmés. Sept points de collecte étaient mis à leur disposition par Cleanfarms, l’organisme responsable du programme. «La COVID-19 n’a pas eu d’impact, les fermiers ont participé en grand nombre. Ils nous connaissent et se sentent en confiance», assure Christine Lajeunesse, directrice régionale chez Cleanfarms pour l’est du Canada.

Le programme volontaire, proposé depuis 1998 dans toutes les provinces canadiennes, est financé par l’industrie. C’est ce qu’on appelle la «responsabilité élargie du producteur». Autrement dit, la collecte, le traitement et l’élimination des pesticides et médicaments vétérinaires se font aux frais des entreprises qui les ont produits, distribués ou importés au Canada. «C’est une très bonne chose, apprécie Marc Olivier, chargé de cours à l'Université de Sherbrooke et chimiste spécialisé en environnement et en gestion des matières dangereuses. Avant ce programme, les agriculteurs conservaient leurs bidons de pesticide pendant des années et les utilisaient jusqu’à la dernière goutte sans se poser la question de la date de péremption.»

26 tonnes de pesticides récoltés en 2017

Les produits, récoltés tous les trois ans, sont ensuite envoyés en Alberta ou aux États-Unis pour être incinérés. «Le recyclage n’est pas réellement possible pour les phytosanitaires», explique Marc Olivier. «Cela impliquerait de réutiliser les pesticides et les agriculteurs ne veulent pas prendre de risque, ils ont peur d’utiliser des produits dans des bidons qui ne sont plus scellés, des produits dont ils ne sont plus sûrs de la puissance, de la composition», développe le scientifique.

Cette année, à l’Île-du-Prince-Édouard, sur trois sites de collecte gérés par McCain, 52 fermiers sont venus déposer leurs pesticides périmés. «C’est à peu près la même chose qu’il y a trois ans, ça reste assez constant», explique Benny Nabuurs, responsable des lieux de collecte McCain Fertilizer.

À l’échelle de l’Île, ce sont plus de 26 tonnes de pesticides non désirés et 355 kilos de médicaments qui ont été recueillis en 2017 lors de la précédente collecte. «Quand le programme a commencé (à la fin des années 1990), les quantités collectées étaient beaucoup plus importantes parce que les agriculteurs n’avaient jamais pu faire le ménage. Il y a eu un pic de demande pour l’élimination. Mais après deux ou trois ans, on a vu les niveaux se stabiliser», poursuit le responsable.

Zéro déchet plastique en agriculture 

Vingt ans plus tard, pourquoi les agriculteurs ont-ils toujours des bidons de pesticides qui encombrent leurs hangars? En achètent-ils trop? Difficile de se prononcer objectivement pour les dernières années, car le gouvernement provincial publie les chiffres de vente des pesticides à l’Île avec retard. Début octobre, les autorités ont tout juste mis en ligne les chiffres pour 2015 et 2016, qui ne montrent pas d’évolution notable par rapport à 2014 : -6,2 % entre 2014 et 2015, puis +4,7 % entre 2015 et 2016, soit -1,8 % de baisse sur les deux ans pour les produits à usage agricole*.

Mais selon Marc Olivier, l’agriculture se verdit au fil des années, et les exploitants réduisent les doses de pesticides, voire n’utilisent plus du tout certains produits. «Et ils se retrouvent avec des restes à jeter», résume-t-il. Avant d’insister : «Il faut inciter les agriculteurs à commander les quantités précises dont ils ont besoin pour éviter le gaspillage, même si c’est moins cher pour eux d’acheter en grosse quantité». De son côté, Benny Nabuurs évoque également le cas des fermiers qui prennent leur retraite ou vendent leur exploitation et doivent se débarrasser de produits dont ils n’ont plus besoin. «Si certains pesticides perdent leur homologation, les fermiers nous les amènent aussi», ajoute le responsable des sites de collecte McCain Fertilizer.

En plus du programme d’élimination des déchets chimiques agricoles, Cleanfarms récupère les contenants de pesticides et les sacs de semences vides pour les recycler. À l’avenir, l’organisme aimerait également collecter les ficelles plastiques qui servent à l’enfilage des ballots de foin. L’objectif? Tendre vers le zéro déchet plastique dans le secteur agricole.

*Les chiffres des ventes sont fournis en poids de matière active vendue.

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PHOTOS : (incluant titre de la photo, légende et crédit du photographe ou courtoisie)

Marc Olivier : Selon Marc Olivier, l’agriculture se verdit au fil des années, et les exploitants réduisent les doses de pesticides, voire n’utilisent plus du tout certains produits. «Et ils se retrouvent avec des restes à jeter», résume le chargé de cours à l'Université de Sherbrooke.

 

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  • Date de création 27 novembre, 2020
  • Dernière mise à jour 27 novembre, 2020
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