L’environnement, un enjeu toujours d’actualité

L’environnement, un enjeu toujours d’actualité

Il y a deux mois, le 26e sommet international sur le climat (COP26) prenait fin. 200 États se sont mis d’accord pour limiter le réchauffement climatique à 1,5o C. Un engagement qui n’a pas mis fin aux préoccupations environnementales au Manitoba. Julien Nayet-Pelletier, Jacques Bourgeois, et Will Goodon alertent sur le recul des terres humides et l’impact du changement climatique sur les traditions autochtones.

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Vincent ERARIO

IJL – Réseau.Presse – La Liberté

Que reste-t-il du sommet international sur le climat de Glasgow (COP26)? Un sentiment mitigé chez Julien Nayet-Pelletier, interprète de la nature au Marais Oak Hammock :

« Mon niveau de satisfaction est tiraillé face aux engagements de la COP26. D’un côté, je suis heureux que plus de pays soient engagés à baisser les émissions de gaz à effet de serre et à limiter la déforestation, mais de l’autre, ça fait 26 ans qu’on a ces conférences et le taux d’émissions de gaz à effet de serre continue à monter. »

Will Goodon, ministre du Logement et de la Gestion immobilière de la Fédération métisse du Manitoba, était à Glasgow pour la COP26 en novembre dernier. Lui aussi est partagé entre frustration et optimisme : « Certaines personnes sont frustrées par la lenteur des discussions, et nous en sommes. Mais si nous n’étions pas en train de discuter, on ne ferait rien. »

La COP26 était le quatrième sommet international sur le climat auquel participait Will Goodon, après ceux de Bonn en 2017, Katowice en 2018 et Madrid en 2019. Pour lui, deux avancées sont à signaler cette année. La première est une prise de conscience : « L’idée de crise climatique est reconnue par tout le monde. Et il nous suffit de regarder ce qui s’est passé en Colombie-Britannique l’année dernière pour voir que le changement climatique touche les personnes directement sur leurs lieux de vie. »

La seconde concerne la participation des populations autochtones, très présentes à la COP26 et avec qui Will Goodon a pu échanger : « Il y avait des personnes d’Afrique, de la communauté des Samis de Scandinavie. Au Canada, nous avons évidemment une bonne relation avec l’Assemblée des Premières Nations et l’Inuit Tapiriit Kanatami. Il y avait des groupes de la Nation Navajo, d’autres de l’Amérique centrale, ou encore de l’Amérique du Sud. Il y avait la représentation australienne, les Maoris de Nouvelle-Zélande qui ont toujours une importante délégation. Ainsi que des personnes du Népal et de la communauté Sherpa. »

Leur présence était nécessaire pour Will Goodon, car le changement climatique affecte selon lui encore plus les populations autochtones : « Nous sommes ceux dont le mode de vie repose majoritairement sur la terre. » Il tient d’ailleurs à saluer la diplomatie du Canada, qui a favorisé la prise en compte des communautés autochtones :

« Le Canada a été un leader dans la mise en avant des voix des peuples autochtones et cela inclut la Nation métisse. »

Les terres humides, une solution naturelle

Un exemple d’action contre le changement climatique est la préservation des terres humides, telles que les étangs, les marais, les marécages ou les tourbières. (1) Ces terres ont une fonction régulatrice des gaz à effet de serre comme l’explique Jacques Bourgeois, responsable des communications au Centre d’Interprétation du Marais Oak Hammock :

« Les terres humides jouent un rôle important dans la séquestration du carbone et il est important de les conserver. Les terres humides de la forêt boréale et les tourbières sont principalement importantes ici au Manitoba ainsi que dans le reste du Canada puisqu’elles occupent la majorité du territoire. »

En outre, Julien Nayet-Pelletier évoque aussi leur rôle de tampon et filtre épurateur : « Les terres humides réduisent les inondations et la pollution des lacs. »

Malheureusement, comme le rapporte Jacques Bourgeois, celles-ci perdent du terrain au Manitoba, à l’image du Marais Oak Hammock : « C’est une terre humide de 36 km2 qui a été reconstruite dans les années 1970 à la suite d’une perte importante de sa superficie d’origine. Le marais occupait à l’origine une superficie de près de 500 km2 et il n’en restait que 0,6 km2 suite à l’irrigation et à sa conversion en terres agricoles. »

Jacques Bourgeois évoque les conséquences sur la biodiversité locale : « L’impact a été dévastateur sur la population de la sauvagine (2) qui utilisait le marais comme aire de reproduction au printemps et aire de repos durant la migration automnale. Le même phénomène s’est produit dans l’ensemble des prairies canadiennes et malheureusement on observe encore aujourd’hui des pertes de terres humides. »

Une destruction à laquelle s’ajoute l’introduction d’espèces envahissantes. D’après Julien Nayet-Pelletier, celles-ci menacent les habitats de plusieurs espèces d’oiseaux, de la sauvagine aux insectivores des prairies comme les hirondelles ou les oiseaux de rivage comme les bécasseaux. Elles nuisent aussi à l’économie touristique.

« Ces espèces envahissantes comprennent les animaux et les plantes. Les animaux sont surtout les moules zébrés et les carpes communes, pendant que les plantes sont surtout les salicaires pourpres et les chardons des champs. Les algues bleues-vertes toxiques sont aussi un facteur, mais ce sont des bactéries », déclare l’interprète de la nature.

La pédagogie, outil indispensable de préservation

De son côté, Will Goodon invite à surveiller l’évolution d’une autre espèce, les orignaux, dont l’habitat naturel s’est déplacé : « Au lieu d’être dans la brousse, on les trouve maintenant dans les prairies. Ils sont chassés par les fermiers et non plus par les communautés autochtones, comme les Métis ou les Premières Nations.

« Le cas des orignaux montre comment un changement dans l’environnement peut affecter une tradition métisse comme la chasse. »

Pour préserver cette tradition, Will Goodon et la Fédération métisse du Manitoba ont, par exemple, mis en place deux camps de chasse pour les jeunes dans la région de Turtle Mountain : « Les jeunes apprennent à tirer, qui est la partie la plus facile. Ils ont appris à nettoyer l’animal, à le découper, à l’emballer et à le partager avec la communauté. »

Will Goodon fait le lien entre cette initiative pédagogique et son engagement contre le changement climatique.

« Nous devons être capable de nous battre pour l’ensemble de l’écosystème, pour l’ensemble de la planète, afin que la culture dont nous jouissions depuis des siècles soit préservée et ne soit pas perdue. »

Pour protéger les terres humides et la nature de manière générale, Julien Nayet-Pelletier croit lui aussi en la sensibilisation : « Pour que nous puissions aider l’environnement, nous devons d’abord comprendre ce qui se passe et je remarque qu’aujourd’hui les gens sont plus ouverts à en apprendre à ce sujet. »

(1) Voir définition plus précise sur le site Internet « Faune et flore du pays » : https://www.hww.ca/fr/espaces-sauvages/les-terres-humides.html

(2) Le terme « sauvagine » désigne l’ensemble des oiseaux sauvages des zones aquatiques : https://dictionnaire.lerobert.com/definition/sauvagine

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Photos : 

Jacques Bourgeois et Julien Nayet-Pelletier insistent sur l’importance des terres humides pour la biodiversité et la stabilisation des émissions de gaz à effet de serre. photo : Gracieuseté Jacques Bourgeois  photo : Marta Guerrero

Will Goodon, lors de la COP26. photo : Gracieuseté  Will Goodon

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  • Date de création 14 janvier, 2022
  • Dernière mise à jour 14 janvier, 2022
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