L’éloignement n’est pas synonyme de protection contre le trafic humain

Dans les régions moins peuplées de l’Ontario, on se sent parfois éloigné des problèmes «des grandes villes». Pourtant les jeunes du Nord de l’Ontario ne sont pas plus à l’abri du trafic humain et sexuel que les autres. La sensibilisation était déjà en marche dans la région avant la plus récente annonce gouvernementale.

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Julien Cayouette

IJL – Réseau.Presse – Le Voyageur

 

Dans les régions moins peuplées de l’Ontario, on se sent parfois éloigné des problèmes «des grandes villes». Pourtant les jeunes du Nord de l’Ontario ne sont pas plus à l’abri du trafic humain et sexuel que les autres. La sensibilisation était déjà en marche dans la région avant la plus récente annonce gouvernementale.

Chez l’organisme Ellevive à Timmins, les ressources sont au travail. «Nous avons commencé à offrir des présentations aux écoles secondaires afin de les sensibiliser face à cette problématique», indique la directrice générale, Chantal Mailloux. Le centre a également une intervenante spécifiquement assignée aux femmes victimes ou survivantes de la traite des personnes.

Le gouvernement provincial veut ajouter un niveau de protection pour les enfants. Le 6 juillet, il annonçait un investissement de 2,4 millions $ pour réaliser cet objectif. Les fonds serviront entre autres à sensibiliser les élèves et le personnel scolaire ainsi qu’à l’établissement de procédures par les conseils scolaires visant les élèves à risque ou victime de traite ou des élèves qui en conditionnent d’autres.

La nouvelle a été bien accueillie par l’Association franco-ontarienne des conseils scolaires catholiques (AFOCSC). «Le cadre stratégique d’élaboration des protocoles pour la lutte contre la traite sexuelle, qui a été partagé avec les conseils scolaires, vient officialiser un processus et une recherche déjà entamés en collaboration avec les autorités régionales, les municipalités et les corps de police de leurs communautés», affirme directeur général, Yves Lévesque, dans un communiqué. L’association signale cependant que l’investissement devra être plus important pour l’élaboration d’un plan à plus long terme.

Un danger bien présent dans le Nord

Chantal Mailloux d’Ellevive croit aussi que l’annonce est un pas dans la bonne direction. Elle souligne que l’élaboration des plans d’intervention nécessitera des discussions avec plusieurs groupes d’intervention régionaux. Elle espère aussi que les politiques seront plus que l’ajout d’un paragraphe dans les politiques des conseils.

Parce que les jeunes du Nord ne sont pas moins à risque d’être victime de trafic humain. «Par exemple, une jeune femme du secondaire rencontre un homme sur Instagram, lui parle pendant quelque temps et lui raconte qu’elle se sent isolée, seule, etc. Elle bâtit un lien de confiance avec lui. Il l’invite finalement à aller passer une fin de semaine avec lui à Ottawa où ils iront magasiner, souper ensemble, etc. Il lui suggère même d’apporter une amie afin qu’elle se sente plus en sécurité. Une fois qu’il leur a payé des nouveaux vêtements, des bijoux, drogues, etc. il leur explique qu’elles devront le repayer. Il les apporte dans une chambre d’hôtel… Si elles refusent, il les menace avec les informations qu’elles lui ont partagées, des photos qu’elles ont envoyées, etc.», raconte la directrice.

Les facteurs de risque sont les mêmes au Nord et au Sud. Maltraitance, situation familiale difficile, victime d’intimidation… Toutes personnes en manque d’amis, de soutien ou d’affection peuvent tomber dans le piège. «Les statistiques démontrent toutefois que les jeunes sous l’âge de 25 ans sont plus à risque de se faire recruter et que l’âge moyen du recrutement est de 13 ans», précise Chantal Mailloux. 

Comme le deux tiers de cas rapporté à la police au Canada surviennent en Ontario, le niveau de risque est encore plus élevé dans la province. Les jeunes francophones sont tout autant à risque que les autres. Des jeunes de toutes les ethnicités, langues et culture peuvent être visés.

Même si les problèmes surviennent souvent en dehors de l’école, il faut impliquer le milieu scolaire dans la solution. «Il est important d’en parler avec les jeunes à l’école et à la maison. Il est important pour le personnel des écoles ainsi que pour les parents de comprendre que la traite des personnes est rarement comme dans les films (genre Taken), que c’est beaucoup plus subtil», explique Mme Mailloux.

D’ailleurs, le gouvernement inclut cette sensibilisation dans l’éducation sexuelle, aux côté de l’identité, de la communication et de l’affirmation, des relations intimes et saines, du consentement, des limites personnelles, de l’image corporelle et la santé ainsi que du bienêtre des jeunes femmes, par exemple.

À Sudbury, le Centre Victoria pour femmes fait de la sensibilisation sur ces sujets auprès des jeunes filles francophones depuis plusieurs années par le biais de ses groupes Filles fantastiques dans le Grand Sudbury et Algoma. 

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  • Date de création 27 juillet, 2021
  • Dernière mise à jour 27 juillet, 2021
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