Le requin-pèlerin prend ses quartiers d’été dans les provinces maritimes
La Voix acadienne - Plusieurs observations de requins-pèlerins ont été signalées au cours du mois de juillet dans le golfe du Saint-Laurent. Le deuxième plus gros poisson du monde, qui nage généralement dans des eaux plus profondes, garde de nombreux mystères pour la communauté scientifique.
Marine Ernoult / IJL – Réseau.Presse – La Voix acadienne
Dans les dernières semaines, des requins-pèlerins ont été observés au large de la côte nord de l’Île-du-Prince-Édouard et dans les secteurs de Richibucto et Saint-Jean au Nouveau-Brunswick.
«C’est normal, c’est une espèce qui vit dans nos eaux et fait partie de l’écosystème, mais ce n’est pas commun de les voir à la surface», observe le directeur général du réseau Ocean Tracking Network à l’Université Dalhousie, en Nouvelle-Écosse, Frédérick Whoriskey.
Le deuxième plus gros poisson du monde, qui peut mesurer jusqu’à 12 mètres, reste «la plupart du temps dans des eaux très profondes, jusqu’à 2000 mètres de profondeur», rapporte le scientifique.
Pour lui, la forte concentration de nourriture à la surface peut expliquer la présence des spécimens récemment observés.
Malgré sa taille énorme, le requin-pèlerin ne représente en effet aucune menace pour l’homme, puisqu’il mange du plancton.
«Il n’a pas de grandes dents, il se nourrit avec la gueule grande ouverte pour filtrer le plancton», relève Frédérick Whoriskey.
Routes de migration inconnues
Selon le directeur général de la Fondation de recherche sur les requins, Neil Hammerschlag, les requins-pèlerins peuvent également remonter à la surface pour se réchauffer au soleil, «car ils ont le sang froid et n’ont pas la capacité de générer de la chaleur par eux-mêmes.»
«Ces requins doivent trouver un équilibre entre réguler la température de leur corps et trouver les zones où il y a le plus de plancton», résume Frédérick Whoriskey.
D’après le chercheur, quelque 10 000 requins-pèlerins sont présents dans l’océan Atlantique, ainsi que dans le golfe et l’estuaire du Saint-Laurent.
«Ce n’est pas énorme, mais c’est un estimé, beaucoup de mystères demeurent. Par exemple, on ne sait toujours pas pourquoi ils vivent à de très grandes profondeurs», indique-t-il.
Les scientifiques commencent à peine à installer des balises et des étiquettes satellites sur des individus pour en apprendre davantage. Des équipes de recherche ont ainsi découvert que certains requins-pèlerins étaient capables de voyager des côtes européennes jusqu’à New York et au Labrador.
«C’est un migrateur, capable de pas mal voyager», confirme Frédérick Whoriskey.
Le requin-pèlerin est également un visiteur annuel dans nos eaux. Il serait présent de juin à novembre, «la période de production la plus intense de plancton», précise Frédérick Whoriskey. Après, ils disparaissent.
«Ils migrent sans doute vers des places plus chaudes, vers le sud jusqu’aux Bahamas ou sinon ils profitent des courants chauds du Gulf Stream, avance Neil Hammerschlag. Nous ne connaissons pas l’itinéraire exact.»
Espèce menacée
La population de requins-pèlerins de l’Atlantique a été jugée préoccupante par le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC).
Les deux chercheurs interrogés estiment que l’enchevêtrement dans des filets de pêche et les collisions accidentelles avec des bateaux constituent les deux plus grandes menaces.
Les changements climatiques pourraient aussi nuire à l’espèce, en affectant notamment la qualité de son alimentation. À cause du réchauffement des eaux, de nouvelles variétés de plancton remontent de régions plus au sud jusqu’à chez nous.
«Ces espèces sont moins nourrissantes que nos espèces canadiennes d’eaux froides, détaille Frédérick Whoriskey. Les requins vont être obligés de migrer plus loin au nord dans le golfe pour trouver du plancton plus riche, ce qui leur demandera plus d’énergie et limitera le temps où ils peuvent se nourrir avant l’arrivée de l’hiver.»
«Au final, ça affectera négativement le taux de reproduction et la taille de l’espèce», poursuit-il.
De son côté, Neil Hammerschlag considère que les eaux canadiennes, de plus en plus chaudes, seront à l’avenir «davantage adaptées et propices aux requins-pèlerins, qui ont besoin de chaleur extérieure pour accélérer le fonctionnement de leur corps».
«On peut s’attendre à ce qu’ils viennent ici plus tôt et qu’ils y passent plus de temps», conclut-il.
PHOTOS :
1- Le requin-pèlerin est inoffensif pour l’homme, il se nourrit strictement de plancton par filtration. (Photo : Greg skomal-Wikimedia)
2- «Il est certain que le nombre de requins-pèlerins est faible et qu’ils sont menacés», estime le chercheur Neil Hammerschlag. (Photo : Gracieuseté)
3- Le scientifique Frédérick Whoriskey explique qu’au 19e et dans la première partie du 20e siècle, le requin-pèlerin était pêché au Canada pour son foie riche en huile et sa chair comestible. (Photo : Gracieuseté)
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- Date de création 27 juillet, 2025
- Dernière mise à jour 27 juillet, 2025