Le Québec se rapproche des francophonies canadiennes

Le Québec se rapproche des francophonies canadiennes

On oublie la notion d’états généraux des années 60 et l’amertume qu’ils avaient déposée dans les communautés. Aujourd’hui, nous sommes réunis pour créer une relation durable avec le gouvernement québécois», espère Jean Johnson.

Car, si effectivement la ministre responsable des Relations canadiennes et de la Francophonie canadienne, Sonia Lebel, s’est engagée avec la FCFA pour mettre en place ce sommet très attendu, le gouvernement québécois devra y trouver sa place.

Pour répondre à ceux qui ne voient pas forcément d’un bon œil cette «appropriation» québécoise, Jean Johnson se montre rassurant. «Nous ne voyons pas le Québec comme un chef de file, mais plutôt comme un partenaire de bonne volonté pour les francophonies plurielles en milieu minoritaire», insiste-t-il.

Revoir la politique en matière de francophonie 

Il espère, durant ce sommet et les ateliers qui y sont proposés, ouvrir un dialogue continu avec le gouvernement québécois et mettre en place des mécanismes de communication avec la société civile. Et pour ceux qui douteraient du rôle de la FCFA, il insiste: «on est là pour se prendre en main comme regroupement pancanadien et renforcer la place du français dans nos communautés».

Il poursuit : «le Québec a autant besoin de nos communautés que nous avons besoin de lui. Nous représentons 25% des francophones au pays». Un chiffre non négligeable. Là encore, il en est persuadé, la promotion et le renforcement du français doivent se faire conjointement, «on est tous à la table des discussions».

Parmi les points qu’il espère voir avancer, c’est la reconduite d’une nouvelle politique du Secrétariat du Québec aux relations canadiennes (SQRC). Celui-ci, explique-t-il, contribue essentiellement à distribuer des ressources financières ciblées aux communautés en milieu minoritaire. «Il est temps de voir une plus grande ambition de la part de l’investissement du Québec envers nos communautés». Il souligne d’ailleurs que le Québec aura aussi les moyens de mieux connaître les réalités de celles-ci.

Une démarche paternaliste décriée

Lorsque l’on cite la Loi sur la langue officielle et commune du Québec, le français - Section III, et son article 29.6 concernant la baisse des frais de scolarité pour ceux qui désirent aller étudier au Québec, Jean Johnson temporise. Il souligne que les conversations entre la FCFA et Simon Jolin-Barette, ministre responsable de la langue française et sa proposition de faciliter l’accès aux études postsecondaires «partait d’une bonne volonté».

À l’inverse, il ne caractérise pas cette conversation de consultation. En effet, dès lors qu’il reçoit sous embargo une copie du projet de loi, il tente de renouer le dialogue et retient que, «le ministre est ouvert à évoluer sur ce point».

Jean Jonhson reste prudent, mais confiant, et sera, dit-il, le premier à dénoncer cette ouverture à la concurrence «qui ne peut qu’affaiblir nos institutions en milieu minoritaire» si elle s’impose. Néanmoins, il invite à la prudence et au dialogue en admettant que certains étudiants, n’ayant pas le choix, quitteront les provinces et les territoires pour le Québec.

Mais là encore, il souligne la nécessité d’être tous unis pour contrôler la mobilité de ces jeunes: les parents, les institutions en place, les responsables communautaires, mais aussi les jeunes étudiants qui aspirent à d’autres horizons.

Il ne croit d’ailleurs pas au «chèque en blanc». Il opte pour un travail de partenariat et d’accompagnement tout en décriant aussi une certaine passivité de l’Université de l’Alberta pour développer son volet bilingue grâce au Campus Saint-Jean. «Le mode panique et survie du Campus Saint-Jean ne devrait plus être !».

La table est donc mise. Au menu, une volonté de construire et de s’assurer que les gestes posés dans le domaine postsecondaire soient de nature à aider le développement des institutions en milieu minoritaire. «Rien n’est coulé dans le béton», annonce le président de la FCFA.

Pour survivre, il faut un même objectif

«L’état du français partout au Canada, mais aussi au Québec n’est pas enviable», assure-t-il. Il croit en la force, la compétence, et les capacités de nos institutions afin de promouvoir le Français. Il rend d’ailleurs hommage à Sheila Risbud, la présidente de l’Association canadienne-française de l’Alberta pour son travail afin de rassembler les forces vives et «ramer dans la même direction».

Il avoue lui-même humblement être loin de l’action du développement communautaire au quotidien. Il a néanmoins une pleine confiance dans les responsables de la francophonie en Alberta et en ceux de la FCFA pour unir leurs intérêts communs et promouvoir la place du français dans la province.

«Lors du sommet, nous nous assurerons que les chefs de file de la francophonie minoritaire puissent dialoguer avec le gouvernement québécois.» Il insiste sur l’aspect collaboratif des débats. Il rejette aussi le «parachutage de valeurs qui ne nous correspondent pas».

La diversité, une grande partie de la solution

Jean Johnson prévient, «en milieu minoritaire, cela fait 200 ans que nous sommes en crise linguistique. Au Québec, il risque cette même situation d’ici 20 ans, d’où l’importance de travailler ensemble.» Alors si le Québec fait partie de cette réflexion, la diversité culturelle est selon lui une des solutions pour préserver la place du français au Canada.

Il insiste sur le dossier de l’immigration, un des plus importants pour la fédération. Il espère notamment profiter du sommet pour réitérer le fait que les cibles de l’immigration francophone doivent être revues et finalement atteintes. Il cite notamment le document de travail du gouvernement fédéral sur les langues officielles qui évoque l’immigration et l’immersion comme vecteurs pour contrer le recul du français au pays.

Il note que la cible fédérale de 4,4% d’immigration francophone dans les régions hors Québec existe depuis 2003, «mais n’a jamais été atteinte». Selon l’évaluation de la SCFA, il manque 120 000 nouveaux citoyens francophones dans les provinces, «cela veut dire des centaines d’institutions scolaires, mais aussi bâtir et augmenter la capacité de nos institutions dans le maintien du poids démographique».

Un manque évident pour ces établissements de petite taille comme le Campus Saint-Jean ou le Centre collégial de l’Alberta sans oublier celles qui pourraient naître. Il invite d’ailleurs le gouvernement fédéral à profiter de l’expertise des provinces. «Nous avons des experts en immigration dans les provinces, il est temps que le gouvernement fédéral leur ouvre la porte pour trouver une solution à l’immigration francophone dans nos provinces!»

Finalement, il sait que les nombreux ateliers mis en place durant le Sommet sur le rapprochement des francophonies canadiennes vont être une opportunité de réunir les bonnes volontés de partout au pays.

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  • Date de création 14 juin, 2021
  • Dernière mise à jour 14 juin, 2021
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