Le Mois de la Francophonie s’adapte à l’évolution démographique

De Chéticamp à Clare, en passant par Halifax, des responsables d’organismes communautaires parlent de leur vision du Mois de la Francophonie, mais aussi de l’importance et de l’impact que revêt ce temps de l’année dans leur communauté. Si leurs objectifs ne sont pas toujours identiques, ils insistent tous sur l’importance de s’ouvrir à la diversité de la francophonie. 

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Marine Ernoult 

IJL – Réseau.Presse – Le Courrier de la Nouvelle-Écosse

«Le Mois de la Francophonie nous rend plus visibles. C’est important, car il y a encore beaucoup d’anglophones et même de francophones qui ne nous connaissent pas», partage le directeur général du Conseil communautaire du Grand-Havre (CCGH) à Halifax, Mario Noury.

L’organisme mise ainsi sur des évènements ouverts à toutes les communautés durant le mois de mars. Pour attirer le plus de monde possible, la journée Cabane à sucre a par exemple eu lieu à l’extérieur des murs du centre.

Mario Noury insiste par ailleurs sur la grande diversité de la francophonie dans la capitale provinciale: «On ne parle pas d’une seule communauté, mais de plein de sous-communautés. En mars, on a un objectif rassembleur en célébrant la langue qu’on a en commun.»

Le Mois de la Francophonie, «ne parle pas trop à la population vieillissante»

La cérémonie de lancement du Mois de la Francophonie à l’hôtel de ville d’Halifax, lundi 3 mars, a également mis sous le feu des projecteurs «une communauté soudée et dynamique», selon Mario Noury.

«Ça a montré que les politiques à tous les niveaux de gouvernement prennent notre culture et notre langue au sérieux. La prochaine fois qu’ils prendront une décision qui peut nous toucher, ils nous auront en tête», croit le responsable.

«Cet aspect politique, de lobbying, de défense des services en français est un côté important de notre mandat», appuie la directrice générale de la Société acadienne de Clare, Natalie Robichaud.

Dans le sud-ouest de la province, la responsable «n’organise pas plus d’activités en mars que le reste de l’année.»

«Le Mois de la Francophonie est assez récent dans notre coin isolé et ne parle pas trop à la population vieillissante, relève-t-elle. Les gens de 60 ans et plus n’utilisent pas le terme francophone depuis très longtemps. Ils s’identifient plus comme Acadiens.»

Elle assure cependant qu’à force d’en parler et de mettre sur pied des programmations bien pensées, «les regards commencent à changer».

«On se concentre plus sur les gens de chez nous»

Natalie Robichaud mentionne ainsi six activités mises sur pied cette année: une journée familiale de musique et de fabrication de masque de Mardi gras, l’intervention d’un linguiste sur le parler acadien, une conférence du sénateur Réjean Aucoin et la projection de trois films, dont le documentaire Trécarré qu’elle a réalisé.

«J’ai été étonnée de voir que tous les âges étaient là. Il y avait aussi des nouveaux arrivants et des étudiants de l’Université Sainte-Anne. C’est rare de voir tout ce monde ensemble», observe-t-elle.

À l’autre bout de la Nouvelle-Écosse, à Chéticamp, la directrice générale de la Société Saint-Pierre, Lisette Bourgeois, n’a pas non plus «d’horaire comme si c’était un festival, mais seulement quelques activités spéciales».

Elle évoque notamment la projection du film québécois La Bolduc dans le cadre du lancement du nouveau cinéclub, et aussi le spectacle de La Famille LeBlanc, venue du Nouveau-Brunswick.

Mais la plus grosse activité de Chéticamp reste la Mi-Carême, une semaine durant laquelle une vingtaine de maisons ouvrent leurs portes chaque jour à des personnes déguisées.

«On assure une programmation pour la survie de notre langue toute l’année, explique Lisette Bourgeois. La différence en mars, c’est peut-être qu’on se concentre plus sur les gens de chez nous, sur la promotion au niveau local, et moins sur les visiteurs.»

Lutter contre le déclin démographique 

Pour l’Acadienne, le mois de mars est aussi l’occasion «de réfléchir à l’identité francophone» alors que Chéticamp est devenu une communauté francophone accueillante.

«On peut profiter de ce temps pour intégrer diverses cultures francophones dans nos traditions», considère-t-elle.

À Clare, Natalie Robichaud estime pour sa part que le Mois de la Francophonie est devenu plus important que jamais, à l’heure où le déclin démographique frappe la région.

«On doit utiliser tous les outils à notre disposition pour promouvoir notre langue et notre culture. Il y a de moins en moins de personnes qui parlent le français», s’inquiète la documentariste.

D’un côté, la population francophone vieillit, de l’autre, beaucoup d’anglophones ont déménagé dans la région à la suite de la pandémie, explique-t-elle. À cet égard, elle aimerait voir plus de collaboration entre les écoles et les centres communautaires.

Quels que soient les défis, les trois responsables constatent de «beaux succès de participation», selon les mots de Lisette Bourgeois.

«Avec le contexte international, c’est comme si les gens avaient envie de montrer leur fierté francophone, de se retrouver ensemble», analyse Mario Noury.

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  • Date de création 31 mars, 2025
  • Dernière mise à jour 28 mars, 2025
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