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  • Date de création 12 novembre, 2021
  • Dernière mise à jour 12 novembre, 2021

Le long processus de réinsertion

Brian Godkin est aujourd’hui le directeur général de Future Hope, un organisme qui aide à la réinsertion d’anciens détenus.

Mais avant cette vie, il a lui aussi bénéficié des programmes offerts par Future Hope. Il a accepté de parler de son histoire en espérant inspirer d’autres personnes.

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Ophélie Doireau

IJL – Réseau.Presse – La Liberté

C’est avec le sourire aux lèvres que Brian Godkin nous accueille dans l’une des deux maisons de transition de Future Hope. Ces maisons qui ont été à un moment un refuge pour lui.

Il commence son témoignage avec honnêteté et assurance. « C’est un manque de compréhension de moi-même qui m’a conduit en prison. À travers mon parcours, avant la prison et en prison, je me suis senti appelé par Dieu. Ma famille n’a jamais fréquenté l’Église. Pourtant à plusieurs reprises dans ma vie, j’ai assisté à des services religieux pour différentes raisons.

« Je ressentais cet appel. Mais à la vue de mes crimes, je n’avais pas l’impression que je pouvais y répondre. Lorsque mon crime a été connu, j’ai été arrêté et d’abord mis en centre correctionnel pour neuf mois.

« C’est le début de mon voyage spirituel. En regardant en arrière, aujourd’hui, je me rends compte, qu’à cette période, je n’avais aucun sens moral. »

Brian Godkin marque un temps d’arrêt avant de poursuivre son récit avec beaucoup d’émotions.

« Personne n’avait jamais été en prison dans ma famille. J’avais un sentiment de honte. J’ai même tenté de me suicider en m’asphyxiant en laissant le moteur de mon camion tourner.

« Je me rappelle avoir appelé Dieu à l’aide à ce moment. Ma tentative de suicide a échoué, et pour moi dans mon esprit ça ne faisait pas de doute qu’on m’offrait une seconde chance dans la vie, si je m’en montrais digne. »

En prison, Brian Godkin s’est tourné vers cette seconde chance. « À la suite des neuf mois en centre correctionnel, j’ai ensuite été envoyé à Grande Cache. Le système fait qu’un moment s’il y a de la place dans d’autres prisons, on peut être amené à changer. J’ai eu le choix d’aller à Riverbend en Saskatchewan et Stony Mountain-Rockwood au Manitoba. Je suis donc allé à Rockwood pour finir mes neuf ans de prison.

« Là encore, j’ai l’impression que ça faisait partie de ma rédemption d’aller dans cette prison parce que l’organisme Future Hope venait régulièrement y faire des visites.

« La première fois que j’ai entendu parler de Future Hope, c’est grâce à Sœur Carol Peloquin. Avec l’aide de Sœur Carol, j’ai appris les outils pour une meilleure communication comme l’ennéagramme.

« Cet outil m’a permis de comprendre mon type de base et quelles étaient mes réactions quand j’étais en mauvaise maîtrise de moi. Je suis un

6, et lorsque je suis en mauvaise maîtrise de moi, je dérive vers des tendances suicidaires.

« Grâce à cette réalisation, j’ai pu analyser mes sentiments et mes réactions. C’est un outil extraordinaire pour évoluer soi-même. »

Apprendre à se connaître

Brian Godkin regrette d’avoir dû attendre presque 40 ans pour avoir des outils permettant de mettre des mots sur ces émotions.

« Comprendre mes émotions a été un véritable tremplin dans ma vie. J’étais capable de me questionner moi-même : pourquoi je vois ça de cette manière? Pourquoi je réagis comme ça? Qu’est-ce qui me dérange?

« C’est quelque chose de formidable pour moi parce que ce n’était pas commun dans ma famille ni dans mon éducation. Et j’avais enfin les clés pour me comprendre. »

Il est certain pour Brian Godkin que son enfance et son environnement ont influencé ses choix par la suite. « J’étais très introverti, très sensible. J’ai très vite appris à construire des murs pour me défendre de mes émotions.

« Ma mère disait qu’elle avait simplement à pointer du doigt et je comprenais tout de suite, je n’aimais pas les situations qui provoquaient un trop-plein. Ce sont des choses qui se sont reflétées dans mes relations à l’école et tout au long de ma vie.

« C’était une composante de ma vie : supprimer toutes les émotions. »

Future Hope au travers de son programme Next Step a permis à Brian Godkin de retrouver une situation stable à l’extérieur de la prison.

« La vie en prison, c’est comme une mini-société. Il y a des personnes avec leurs émotions, leurs angoisses, leurs colères, il y a un marché noir, on travaille, des heures de repas. On a une routine dans la prison.

« Future Hope a été fondé par Sœur Carol et Père Dave Creamer. La première chose sur laquelle j’ai travaillé, c’est apprendre à construire la confiance avec les personnes de Future Hope.

« Si vous réalisez que vous avez besoin d’aide et que vous êtes prêt à recevoir cette aide, Future Hope est là pour vous.

« Future Hope a deux maisons de transition, Massie House et Quixote House, qui vous permettent d’avoir un logement stable pour la sortie de prison. Parce que lorsque vous sortez, c’est tellement dur de trouver un emploi, une maison, une carte de santé manitobaine et tous ces papiers administratifs. On vous dit juste au revoir et c’est tout.

« Next Step permet à des petits groupes d’anciens détenus de se rassembler et de discuter des jours où ça ne va pas, et aussi des jours où ça va! C’est une petite famille qui se soutient. »

Si la réinsertion à la vie de Brian Godkin s’est dans l’ensemble bien déroulée, il reste que des stéréotypes sur les anciens détenus perdurent, comme le souligne Brian Godkin.

« Je pense que les stéréotypes dépendent du crime commis. Si j’étais un détenu politique, j’aurais moins de difficultés à me réinsérer dans la vie. Contrairement à un vendeur de drogue. J’imagine que la pop culture a aussi eu un impact sur ces stéréotypes.

Changer les politiques

« Une chose intéressante, que je constate c’est que les gens ne connaissent pas mon passé. Ce n’est pas marqué sur mon visage. Mais une fois qu’ils le savent, il y a un léger changement d’attitude. »

D’un point de vue politique, Brian Godkin souhaite aussi des changements. « J’aimerais voir notre système éducatif changer. Je voudrais que les émotions des élèves soient plus valorisées. Et aussi qu’on nous outille pour permettre de nous comprendre en tant qu’humain.

« On nous apprend à être des bons citoyens, de bons travailleurs. Mais sans jamais permettre de savoir à une personne pourquoi elle se sent comme ça. C’est un long travail qui doit se faire sur toute la vie. »

Si aujourd’hui Brian Godkin est capable de parler librement de son histoire, c’est parce qu’il a réussi à travailler sur lui-même. « C’est avant tout pour une question d’éducation.

« Il y a un manque de connaissances qui fait que les stéréotypes sur les anciens détenus continuent. Ces anciens détenus, ce sont nos pères, mères, sœurs, frères, cousins, cousines, oncles et tantes. Il y a un vrai besoin de créer plus d’humanité.

« Et chaque jour où il y a un nouveau crime commis, c’est un échec de la société. Je pense qu’on doit garder des prisons. Mais qu’on doit revoir le système interne des prisons. »

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Photo :

Légende : Brian Godkin est le directeur général de Future Hope. Photo – Marta Guerrero

Lien supplémentaire : entretien filmé de Brian Godkin. https://bit.ly/3olm0GY

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