Le logement au Nunavut, un problème qui persiste

Le logement au Nunavut, un problème qui persiste

Un rapport révélant des inégalités quant à l’attribution des logements subventionnés pour les employés du gouvernement du Nunavut a récemment été déposé à l’Assemblée législative, dénotant entre autres une accessibilité restreinte pour les Inuits.
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Karine Lavoie
Initiative de journalisme local – APF – Territoires

C’est le 4 mars dernier que le député d’Iqaluit-Manirajak, Adam Arreak Lightstone, a déposé à l’Assemblée législative un rapport démontrant des injustices reliées à l’attribution des logements subventionnés pour les employés du gouvernement du Nunavut (GN). On y apprend entre autres que les logements subventionnés sont occupés par des Inuits dans une proportion de seulement 28 % et que ces mêmes logements sont occupés à 71 % par des employés ayant une rémunération figurant parmi les plus élevées.

Des changements récents concernant les critères d’attribution pourront possiblement offrir l’opportunité à davantage d’Inuits et de Nunavummiut de s’y loger dans le futur. Dans un même souci d’équité, le gouvernement territorial poursuit ses actions visant une plus grande embauche d’Inuits habitant le Territoire au cours des prochaines années.

L’idée de mettre en lumière ces inégalités provient du vécu personnel du député, mais également de nombreuses questions, commentaires et préoccupations soulevés par les électeurs. « En tant qu’ancien employé du GN, j’ai été témoin des inégalités du programme de logement du personnel du GN. Je suis un Inuk instruit, j’ai un diplôme d’études collégiales et un diplôme universitaire, mais je n’ai pas eu la chance de trouver un logement avec mon emploi », explique le député Adam Arreak Lightstone.

Se loger représente un enjeu majeur pour les employés Nunavummiut : « Pour de nombreux jeunes, il n’y a pas beaucoup d’options disponibles; soit vivre avec ses parents, soit louer une chambre à un prix exorbitant », ajoute-t-il.

Le manque de main-d’œuvre en cause?

Le Nunavut dépend en grande partie de l’embauche de travailleurs extérieurs afin de combler des postes difficiles à pourvoir et l’accès à un logement subventionné peut donc représenter un argument de taille pour convaincre de futurs employés gouvernementaux de venir s’installer sur le territoire.

« Historiquement, le logement subventionné a été largement utilisé comme outil de recrutement pour attirer des employés de l’extérieur du territoire. C’est ce qui nous a mené à la situation dans laquelle nous nous trouvons aujourd’hui, avec une faible participation des Inuits dans des logements subventionnés ainsi que la majorité des logements du personnel alloués à des postes mieux rémunérés et difficiles à pourvoir », résume-t-il.

Le député ne remet pas en question l’importance d’attribuer ces logements aux travailleurs de l’extérieur venus prêter main forte, mais estime qu’il devrait être plus facile pour les employés du Nunavut d’y avoir accès : « Étant donné la pénurie de logements au Nunavut et le marché du logement gonflé, je crois aussi qu’une partie des logements subventionnés devrait également être alloués aux employés qui ont le plus besoin de la subvention », ajoute le député.

Au fait que l’accès à la propriété est extrêmement difficile au Nunavut, et ce, même pour un employé gouvernemental qui reçoit un salaire moyen de 95 984 $ annuellement, le député soulève également que la façon dont le programme est conçu a un effet dissuasif sur les départs du logement subventionné. « La subvention mensuelle de 1500 $ au logement pour le personnel dépasse de loin l’indemnité de maintien au foyer de 400 $ qui est offerte aux employés qui ne sont pas dans le logement du personnel, une indemnité qui est imposable et qui équivaut donc environ à 250 $ », précise-t-il.

Une révision des critères d’attribution

Le GN a récemment modifié sa politique concernant le logement subventionné et attribuera les logements selon les demandes des employés en se basant sur une liste de priorités établie par catégorie. « La politique sur le logement du personnel du GN a été révisée pour permettre aux ministères d’attribuer des logements à des postes alignés sur les plans d’emploi des Inuits », explique Matthew Illaszewicz, gestionnaire des Communications pour le GN.

Ainsi, la priorité est donnée aux employés des domaines de la santé, de la sureté et de la sécurité. La deuxième catégorie englobe les employés travaillant aux opérations gouvernementales et ce sont finalement les postes touchant les opérations ministérielles internes qui terminent cette catégorisation.

Selon Matthew Illaszewicz, ce système de catégorisation viendrait expliquer les inégalités décrites dans le rapport. « La majorité des postes de catégorie 1 ont tendance à être dans les soins de santé, l’ingénierie, etc., ce qui n’entraîne malheureusement pas un grand bassin de candidats inuits », explique-t-il.

Dans l’intérêt du maintien des activités du GN et de l’atteinte des buts et objectifs d’emplois des Inuits, il est toutefois possible pour les sous-ministres de chaque ministère ou organisme représenté de hiérarchiser davantage l’attribution des postes avec un classement ministériel en dehors des catégories identifiées. « Par exemple, un poste identifié comme catégorie 3 dans la politique de logement subventionné peut être une priorité ministérielle qui mérite une attention particulière de la part du Comité », précise M. Illaszewicz.

Davantage d’emplois pour les Inuits

Le gouvernement territorial a des visées précises concernant la représentation inuite souhaitée au sein de la fonction publique. La lecture du Rapport annuel 2019-2020 de la Fonction publique du Gouvernement du Nunavut fait apprendre qu’au 31 mars 2020, il y avait 5142 postes au sein du GN, et que 71 % de ceux-ci étaient occupés. Parmi eux, 1835 (50 %) étaient pourvus par des Inuits du Nunavut.

« Le pourcentage d’Inuits du Nunavut au sein du gouvernement est demeuré relativement stable au fil des ans en se maintenant à 50 % de l’effectif total. Cependant, derrière ce chiffre se cache une augmentation substantielle du nombre total d’Inuits du Nunavut embauchés par le GN année après année. Entre 2007 et 2020, 1331 postes ont été créés, et le nombre total d’employés inuits est passé de 1493 en 2007 à 1835 en 2020 », peut-on lire dans le rapport.

Selon Matthew Illaszewicz, le GN se donne comme engagement de créer une fonction publique représentative de la population qu’elle dessert : « Les Inuits du Nunavut qui se qualifient auront la priorité sur les autres candidats pour tous les concours d’emploi », conclut-il.

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Photo
Crédit : Manny Noble, Nunavut Housing Corporation
Légende
Seulement 28% des employés inuits du gouvernement du Nunavut occupent un logement subventionné.

  • Nombre de fichiers 2
  • Date de création 23 mars, 2021
  • Dernière mise à jour 23 mars, 2021
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