Le gouvernement ontarien investit pour la formation de personnel enseignant francophone

Le gouvernement ontarien investit pour la formation de personnel enseignant francophone

Pour inciter davantage d’étudiantes et étudiants à la formation en enseignement francophone, le ministère de l’Éducation de l’Ontario a annoncé la semaine dernière la création de partenariats avec divers intervenants, dont l’Université Laurentienne. Celle-ci a mis sur pied deux nouveaux programmes qui permettront de former 25 % plus d’enseignantes et enseignants.

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André Magny — Initiative de journalisme local – APF – Ontario

Parmi les mesures que souhaite prendre le gouvernement Ford, il y a notamment «l’élaboration de projets avec ses partenaires sectoriels, comme des salons de l’emploi et un portail de recrutement pour les conseils scolaires de langue française, qui comprend un lien vers des ressources de soutien et un service d’appui en ligne pour les éducatrices et éducateurs». Ce service est disponible depuis le 9 septembre.

Formation hybride et concomitante à la Laurentienne

Plus encore, le communiqué annonce un partenariat avec l’Université Laurentienne qui a permis la création d’un programme hybride — en présentiel et à distance — de formation initiale en enseignement en français. Une première cohorte est déjà en place.

En fait, l’Université Laurentienne a flairé dès 2017 la pénurie d’enseignants en français et s’était déjà mise au travail. Ginette Roberge, professeure titulaire et directrice de l’École des sciences de l’éducation à l’Université Laurentienne, explique qu’une étude de faisabilité concernant le mode hybride avait déjà été faite, démontrant même avant la pandémie qu’il y avait un besoin de ce côté, notamment pour les personnes qui travaillent déjà.

Les dix places disponibles ont rapidement été comblées. «Nous avions déjà 160 inscriptions pour le bac régulier en éducation», mentionne aussi la directrice.

Les étudiantes et étudiants ont désormais également l’option de compléter leur baccalauréat en éducation sur le mode concomitant, ce qui signifie que tout en suivant les cours du programme de quatre ans, ils assistent également aux cours qui leur permettront d’accéder à l’année professionnelle en enseignement lors d’une la 5e année d’études.

Pour ces deux projets pilotes, qui ont fait augmenter de près de 25 % les inscriptions en éducation à la Laurentienne, l’université reçoit une subvention de 700 000 $ couvrant les trois prochaines années.

«Cette subvention nous a permis de rédiger des cours, d’engager du personnel étudiant et d’avoir une structure administrative», indique Ginette Roberge. La subvention pourrait être reconduite si les résultats sont concluants au terme des trois années.

«Nous n’avons pas carte blanche pour le moment, et c’est correct comme ça», avoue la directrice de l’École des sciences de l’éducation. Une bouffée d’air frais pour l’université après qu’elle ait dû couper dans certains programmes faute de demande.

Pénurie de personnel qualifié

L’enfer étant pavé de bonnes intentions, se pourrait-il que cette volonté du gouvernement ontarien se traduise au final par plus d’enseignants dans le milieu de l’immersion que de profs de français dans les conseils scolaires francophones?

Ginette Roberge en doute, car selon elle, ceux et celles qui sortiront des nouveaux programmes «ne sont pas admissibles à l’immersion».

Denis Chartrand, président de l’Association des conseils scolaires
des écoles publiques de l’Ontario (ACÉPO), demande «d’avoir un peu plus de détails» de la part du gouvernement, car il y a une différence entre «enseigner en français et enseigner le français».

«Il manque d’enseignants qualifiés ayant de la pédagogie en éducation», indique M. Chartrand. Depuis plusieurs années, les écoles francophones se voient obligées d’embaucher du personnel non qualifié pour pallier la pénurie, une situation qui s’est empirée dans tout le réseau avec la pandémie.

Un problème qui ne date pas d’hier

Du côté syndical, on est somme toute assez content de la décision du gouvernement, qualifiée de «louable et d’un pas vers la bonne direction.» Cependant, la présidente de l’Association des enseignantes et des enseignants franco-ontariens (AEFO), Anne Vinet-Roy, rappelle que l’AEFO incite depuis plusieurs années le gouvernement à investir pour augmenter le nombre d’enseignants francophones.

«Le ministre de l’Éducation, Stephen Lecce, parle de son Groupe de travail sur l’offre et la demande de personnel enseignant dans les conseils scolaires de langue française. En fait, cette initiative provient de l’AEFO», indique la présidente.

Dans sa démarche, le ministre de l’Éducation mentionne également la participation du chapitre ontarien de Canadian Parents for French, qui créera un portail en ligne destiné aux élèves afin de promouvoir les études postsecondaires et les expériences pouvant mener à une carrière d’enseignement en français langue seconde.

Dans une réponse au ministre que l’Initiative de journalisme local a pu consulter, la directrice générale de l’organisme, Betty Gormley, prévient que le ministère ne doit pas perdre de vue que la situation actuelle n’est pas si rose. Selon elle, il manque aussi des effectifs en français dans les conseils scolaires anglophones.

Elle donne pour exemple deux conseils scolaires de la région de Waterloo qui n’offrent aucun cours de français en ligne. «Nous demandons au ministère de l’Éducation qu’il s’assure que l’ensemble des écoles puisse fournir des cours de français virtuels dans toute la province.»

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BP :

  • IJLO_Partenariat gouvernement ULaurentienne_Denis Chartrand_Cr. Courtoisie ACÉPO : Denis Chartrand, président de l’Association des conseils scolaires des écoles publiques de l’Ontario, considère que les dernières propositions du gouvernement de l’Ontario pour accroître les enseignants francophones dans les écoles francophones de l’Ontario «ne sont qu’un point de départ». (Crédit : Courtoisie ACÉPO)
  • IJLO_Partenariat gouvernement ULaurentienne_Ginette Roberge_Cr. Courtoisie : Ginette Roberge, directrice de l’École des sciences de l’éducation à l’Université Laurentienne, s’inquiète depuis plusieurs années des dangers de la pénurie d’enseignants francophones. (Crédit : Courtoisie)
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  • Date de création 5 octobre, 2020
  • Dernière mise à jour 5 octobre, 2020
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