Le français dans certains examens professionnels laisse à désirer en Ontario

La piètre qualité de la version française de l’examen d’accréditation des préposés aux soins médicaux spécialisés a menacé le cheminement professionnel de deux étudiantes, affirme le commissaire aux services en français.


Par Émilie Gougeon-Pelletier, IJL - Réseau.Presse - Le Droit

Le commissaire aux services en français de l’Ontario, Carl Bouchard, a dévoilé jeudi son rapport annuel.

Dans ce document d’une soixantaine de pages, il explique que son bureau a reçu 386 cas entre le 1er octobre 2022 et le 30 septembre 2023.

C’est le plus grand nombre de plaintes faites auprès du commissaire aux services en français depuis que ce bureau a été placé sous celui de l’Ombudsman de l’Ontario, en 2019.

De ces plaintes, 115 portent sur le refus du gouvernement Ford de financer l’Université de Sudbury, un projet qui vise à créer une université «par et pour» les francophones, le 30 juin dernier.

Le bureau de l’Ombudsman dit qu’il examine «de près» ces plaintes, mais Carl Bouchard a soutenu en point de presse qu’il s’agit d’une «décision de financement qui appartient au gouvernement de l’Ontario».

Ainsi, ses mains sont liées; il ne peut pas intervenir dans le cadre de ces plaintes. «Ça me fend le cœur», a réagi la députée franco-ontarienne du nord, France Gélinas.

Cette dernière est convaincue que si l’Unité des services en français était indépendante de l’Ombudsman, Carl Bouchard aurait plus de pouvoirs dans ce genre de dossiers, «comme c’était le cas avec François Boileau».

Par ailleurs, environ 55% des dossiers traités ont concerné des services en personne et par téléphone dans les organisations provinciales assujetties à la Loi sur les services en français.

Plusieurs erreurs

Parmi la trentaine d’exemples de cas récités dans le rapport, Carl Bouchard cite notamment celui de deux étudiantes francophones du Nord ontarien qui ont contacté son bureau pour lui «faire part de leurs inquiétudes face à la qualité de la version française de l’examen d’accréditation des préposés aux soins médicaux spécialisés d’urgence de l’Ontario».

Selon ces deux futures professionnelles de la santé, la version française de l’examen comportait des erreurs de grammaire et de contexte.

«Ces erreurs affectaient la compréhension du texte et menaçaient leur cheminement professionnel», affirme le commissaire.

Le commissaire aux services en français de l'Ontario, Carl Bouchard, a publié son rapport annuel, jeudi. ( Émilie Gougeon-Pelletier/Le Droit)

Après un échec à cet examen, un préposé ne peut pas travailler, tant et aussi longtemps qu’il ne l’a pas repris.

«Les étudiantes nous ont dit craindre qu’un échec potentiel aurait un impact négatif sur leurs carrières», écrit Carl Bouchard.

Pressée de rejoindre le marché du travail, l’une des francophones a décidé de faire son examen en anglais, explique-t-il. «Afin de pouvoir comprendre le matériel de langue anglaise, elle a dû payer pour s’inscrire à des formations supplémentaires.»

C’est «malheureux» que des gens comme cette étudiante soient forcés de se tourner vers l’anglais, regrette le commissaire Bouchard, qui dit faire tout en son pouvoir pour éviter que ce scénario se reproduise.

La pénurie de main-d’œuvre en santé dans le nord de l’Ontario a d’ailleurs été soulevée par le vérificateur général, mercredi.

Le commissaire aux services en français dit qu’il continuera de suivre ce dossier, même si, à la suite de son intervention, le ministère de la Santé lui a assuré qu’une révision des examens serait effectuée, que l’exercice de vérification des examens en français se fera dorénavant avec des services de traduction, et qu’un deuxième traducteur allait se joindre au comité de gestion des examens théoriques.

Enquête sur les publicités

Le rapport révèle que l’Unité des services en français a lancé, en juillet dernier, une enquête sur l’absence de français dans la publicité extérieure du gouvernement provincial, après avoir reçu des plaintes.

«Nous avons remarqué que le français était absent dans de la publicité récemment diffusée, notamment sur différents panneaux électroniques, ce qui soulève des questions sur la façon dont les organismes gouvernementaux communiquent avec les francophones de l’Ontario», apprend-on dans le rapport.

Cette enquête est toujours en cours, affirme le bureau du commissaire, qui se garde de donner plus de détails.

Respect des recommandations

Le commissariat indique aussi que toutes les recommandations faites par son bureau depuis 2019 sont soit mises en œuvre, ou en voie de l’être.

Il affirme également que l’Université Laurentienne, le ministère des Collèges et Universités et le ministère des Affaires francophones ont fait des progrès «importants» dans la mise en œuvre des recommandations faites par sa prédécesseure lors de son enquête sur les coupes dans les programmes de langue française à la Laurentienne.

Depuis l’entrée en vigueur du règlement de «l’offre active» en français de tous les services provinciaux, en avril dernier, plusieurs cas reçus par le commissaire concernaient l’unilinguisme anglais sur plusieurs comptes de médias sociaux d’instances gouvernementales.

Dans son rapport publié jeudi, Carl Bouchard recommande notamment que le ministère des Affaires francophones oeuvre à améliorer le bilinguisme sur les comptes de médias sociaux, et que le Conseil du Trésor demande à tous les autres ministères et organismes gouvernementaux de faire des formations régulières aux membres du personnel de première ligne face à leurs obligations de fournir des services en français.

Carl Bouchard a été nommé, plus tôt cette semaine, comme commissaire aux services en français. Il assurait ce rôle de façon intérimaire depuis le départ de Kelly Burke, en mars dernier.

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  • Date de création 7 décembre, 2023
  • Dernière mise à jour 7 décembre, 2023
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