Le drapeau franco-albertain ne flotte que quelques heures

Le 1er mars dernier, le gouvernement de l’Alberta a tenu un événement virtuel en fin de matinée pour célébrer le début du Mois de la francophonie pendant lequel le drapeau franco-albertain a été hissé devant l’Assemblée législative. À la fin de l’après-midi de ce premier jour de mars, il avait déjà laissé sa place à celui de l’Ukraine.

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Gabrielle Beaupré

IJL-RÉSEAU.PRESSE-LE FRANCO

Pour Isabelle Laurin, la directrice générale de l’Association canadienne-française de l’Alberta (ACFA), voir flotter le drapeau franco-albertain devant l’Assemblée législative est symbolique. «Le gouvernement reconnaît la place de la francophonie dans la province et c’est une façon d’affirmer notre place.»

Toutefois, en 2019, le bureau du protocole de l’Alberta a adopté une politique restreignant la durée de présence des drapeaux à une seule journée au nom de l’égalité communautaire en Alberta. Le drapeau franco-albertain n’est donc visible que le premier jour du mois de la francophonie.

Un règlement qui rend amère la directrice de l’ACFA puisqu’elle souhaiterait voir le drapeau dans le ciel d’Edmonton durant tout le mois de mars. «Pour nous, une journée, ce n’est pas suffisant puisque notre drapeau a été reconnu comme le premier symbole de distinction sous la Loi des emblèmes de l’Alberta.» À ce jour, et depuis 2017, il est toujours le seul.

Marie Constant, directrice générale de Francophonie jeunesse de l’Alberta, souligne qu’il y a toujours du travail à faire autant de la part de la communauté et que de celle du gouvernement afin que le drapeau franco-albertain et la francophonie soient ancrés dans la province.

Plus précisément, elle explique que les francophones doivent continuer à élever leur voix et le faire plus fort pour se faire entendre et le gouvernement doit être davantage à leur écoute. Elle soutient aussi l’importance du drapeau franco-albertain. «On veut voir notre drapeau hissé pour nos jeunes et les générations à venir.»

Fort heureusement, les ACFA régionales et de nombreuses écoles dans la province font leur part. Isabelle Laurin souligne que partout en province «les levers du drapeau franco-albertain démontrent la place passée et actuelle de la francophonie albertaine».

En soutien à l’Ukraine 

Ce même jour, à 16h, la rédaction s’est déplacée à l’Assemblée législative pour vérifier si le drapeau était toujours présent. À son arrivée, le drapeau franco-albertain avait déjà disparu, remplacé par celui de l’Ukraine.

Par voie de courriel, Amanda LeBlanc, l’attachée de presse du ministère de la Culture et de la Condition féminine, confirme que le drapeau n’a été levé que quelques heures pendant cette première journée du Mois de la francophonie.

Devant le fait accompli, Marie Constant est perplexe. «Je trouve dommage qu’on ne puisse pas maintenir notre place la journée [où le gouvernement provincial] hisse le drapeau franco-albertain.» Elle comprend néanmoins la situation et estime que les deux drapeaux auraient dû être hissés l’un à côté de l’autre.

Quant à la directrice générale de l’ACFA, elle n’émet aucun commentaire sur le retrait rapide du drapeau. Toutefois, elle mentionne que «la situation est très particulière cette année et que la francophonie albertaine est très solidaire de ce qui se passe en Ukraine».

Contacter par la rédaction, le francophone d’origine ukrainienne  Roman Kravec est très fier «de voir le drapeau ukrainien hissé partout en Occident». Celui qui est membre depuis plus de 25 ans de la chorale Edmonton Swiss Men Choir appuie ce geste symbolique, mais n’oublie pas le plaisir qu’il a de chanter en français à chaque fois qu’il en a l’occasion.

C’est pour lui un beau geste de la part du gouvernement provincial en solidarité avec le peuple ukrainien qui se bat contre les Russes pour sauvegarder l’indépendance et la souveraineté nationale de l’Ukraine. Une souveraineté déjà tristement bien hypothéquée.

Un manque de cohérence 

Lors du lancement virtuel du Mois de la francophonie par le ministère de la Culture, la lieutenante-gouverneure de l’Alberta, Son Honneur l’honorable Salma Lakhani, a offert un début et une fin d’allocution en français. Un effort remarqué. La rédaction, elle aussi, prend note de ce changement alors qu’elle avait fait la promesse en 2021, durant ce même Mois de la francophonie, de s’exprimer dans la langue de Molière.

Une situation remarquable qui tranche avec l’allocution du ministre de la Culture et responsable du Secrétariat francophone. En effet, celui-ci n’a prononcé son discours que dans la langue de Shakespeare et n’a pu livrer que quelques mots en français. Un lapidaire, «merci tout le monde!» La rédaction s’est informée auprès du ministère, curieuse de savoir si lui aussi avait l’intention de suivre prochainement des cours de français. La question a été esquivée.

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  • Date de création 15 mars, 2022
  • Dernière mise à jour 15 mars, 2022
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