Le collectif People’s Recovery NL repousse le plan de Moya Greene

Le collectif People’s Recovery NL repousse le plan de Moya Greene

Sur la page couverture du document de 338 pages détaillant le plan de relance économique, un phare se dresse devant la mer. Le soleil, à l’horizon, transperce les nuages de ses rayons. Est-ce l’aube, le crépuscule? Pour le collectif citoyen People’s Recovery NL, les recommandations contenues dans le rapport sont le présage d’une très longue nuit.

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Marie-Michèle Genest

IJL - Réseau.Presse – Le Gaboteur

«Nous rejetons le Big Reset», affirme sans équivoque Angela Carter, l’une des deux co-facilitatrices du regroupement. «On ne veut pas «réinitialiser» pour répéter la vie économique des années 80, et c’est exactement ce que Moya Greene fait ici», ajoute-t-elle.

Pour le collectif, le plan de sauvetage est une claque au visage des Terre-Neuviens-et-Labradoriens, à qui on demande de faire des sacrifices. «C’est incroyable d’avoir quelqu’un comme Moya Greene qui nous dit, de Londres, que c’est nous qui sommes à l’origine de ce problème et qui devons subir un programme d’austérité», s’indigne Angela Carter.

D’emblée, la professeure en science politique digère mal le fait que le mandat ait été attribué à une femme au style de vie très aisé et reconnue pour ses méthodes favorisant la privatisation. «Les biens publics sont sous-évalués lorsqu’ils sont vendus, alors on perd les revenus futurs que ces biens génèrent», explique Angela Carter, en précisant que les citoyens devraient avoir leur mot à dire quant à la gestion des ressources de la province. Elle rappelle au passage que lorsque Moya Greene a pris la décision de privatiser le service postal britannique, son salaire a atteint 1,9 million de livres sterling au même moment où 12 000 travailleurs perdaient leur emploi.

Vert, la couleur du… pétrole?

Angela Carter avoue avoir ressenti un peu d’espoir en entendant Moya Greene parler de transition énergétique. Toutefois, elle a rapidement déchanté en réalisant que son plan reposait toujours sur l’exploitation du pétrole. «Ce n’est pas une transition verte ça», laisse-t-elle tomber.

La professeure s’y connaît très bien en politiques énergétiques, ayant même publié un livre sur le sujet. C’est donc d’un œil critique qu’elle a pris connaissance du vocabulaire employé par Moya Greene pour justifier ses prises de position. «Moya Greene nous ralentit en reprenant les mots que  l’industrie pétrolière utilise pour se protéger et pour continuer d’extraire le pétrole», tranche-t-elle. «Ces mots» font référence au terme green oil, répété à maintes reprises par Moya Greene durant son discours du 6 mai. Angela Carter réfute l’existence d’un pétrole propre. «C’est comme parler de cigarettes santé», ironise-t-elle. Selon elle, ce discours pernicieux est trompeur pour la population.

Un tissu social amputé

«On sait que l’éducation postsecondaire est le moyen le plus sûr de développer le capital humain dont nous avons besoin pour nous sortir de ce désastre économique», soutient Angela Carter, peu surprise mais consternée par les propositions de restrictions budgétaires en éducation. Il en va de même pour le système de santé, déjà affaibli par la pandémie. «On ne peut pas imaginer comment on pourrait réduire les coûts de 25% dans le système de santé et continuer à le maintenir fonctionnel», dit-elle, incrédule.

À ce titre, Angela Carter s’interroge sur l’impact qu’auraient de telles mesures sur les soins de santé et l’éducation des communautés francophones de la province, notamment celles qui subsistent dans les régions plus éloignées. «Pour nous, ce sont des services essentiels, il ne faut pas les couper mais les encourager pour avoir une société diverse et intéressante où les gens d’ailleurs veulent venir. Ah…Je suis vraiment déçue!», lâche-t-elle.

Mais tout n’est pas perdu, tempère-t-elle, en soulignant que ce ne sont là que des propositions. C’est pourquoi le People’s Recovery NL partagera ses propres recommandations aux citoyens et au gouvernement. «On va proposer une autre voie pour construire un avenir juste, équitable et durable pour Terre-Neuve-et-Labrador», révèle-t-elle. Elle espère ainsi que les idées du collectif fassent contrepoids au plan de Moya Greene et sauront éclairer le premier ministre. Comme un phare dans la nuit.

Pour lire la version intégrale du rapport Greene et son sommaire (en anglais), visitez le http://thebigreset.ca.

Tout groupe ou individu désireux de réagir au rapport Greene peut dès maintenant visiter le site https://www.engagenl.ca/, où les modalités des consultations seront annoncées.

Pour en savoir plus sur le collectif citoyen People’s Recovery NL et prendre connaissance de leurs recommandations lorsqu'elles sont rendues publiques, visitez le site https://peoplesrecoverynl.ca/.

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Photos

Titre : The big reset

Légende : Les recommandations du rapport publié début mai par l’équipe de Moya Greene sont loin de faire l’unanimité dans la société civile.

Crédit : Capture d’écran (Coline Tisserand)

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  • Date de création 13 mai, 2021
  • Dernière mise à jour 13 mai, 2021
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