Le CHU Dumont en crise face à la pénurie d’infirmières

Depuis quelques mois déjà, une pénurie importante de main-d’œuvre se dessine dans le système de santé francophone au Nouveau-Brunswick et plus précisément au Centre hospitalier universitaire Dr.-Georges-L.-Dumont de Moncton (CHU Dumont). Diverses solutions ont été proposées dans les derniers jours, dont l’idée de regrouper certains services entre les deux hôpitaux de Moncton – une suggestion qui ne fait pas l’unanimité.
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Steve Legault

IJL – Réseau.Presse – Le Moniteur Acadien

Plusieurs médias au Nouveau-Brunswick ont rapporté dès le mois de mars que le CHU Dumont était plein à craquer et qu’un manque de personnel infirmier rendait le roulement difficile.

La situation s’est rapidement aggravée, à un point tel que certains patients étaient non seulement sur des civières dans les couloirs, mais aussi dans des ambulances stationnées à l’extérieur du bâtiment.

Le dossier s’est encore envenimé dans les derniers jours, alors que des ambulances qui devaient se rendre au CHU Dumont ont dû être réorientées vers l’Hôpital de Moncton par manque de personnel.

Les soins de santé sont offerts en anglais à l’Hôpital de Moncton puisque l’établissement fait partie du Réseau de santé Horizon.

Le Réseau de santé Vitalité a assuré dans un communiqué que la situation serait temporaire, le temps d’un weekend : «La pénurie de personnel infirmier nous a grandement touchés et le Service d’urgence du CHUDGLD est particulièrement affecté», y explique la Dre France Desrosiers, présidente-directrice générale du Réseau de santé Vitalité.

Radio-Canada rapportait, il y a plus d’une semaine, que des médecins sont même allés jusqu’à effectuer des tâches d’infirmières à l’urgence du CHU Dumont afin de s’assurer que le service demeure accessible au public.

Il s’agissait d’une initiative du Dr Luc Cormier, cardiologue au CHU Dumont, qui a rassemblé ses pairs afin de trouver une solution à court terme.

Le SIINB propose de regrouper des services

Au moment d’écrire ces lignes, le Syndicat des infirmières et des infirmiers du Nouveau-Brunswick (SIINB) envisageait la fusion de quelques services entre les deux hôpitaux de Moncton – le CHU Dumont et l’Hôpital de Moncton.

L’idée serait de fusionner certains services comme l’obstétrique, les soins palliatifs et les soins de santé mentale afin de pallier le manque de personnel. Les deux hôpitaux sont situés relativement près l’un de l’autre, mais sont gérés par deux réseaux de santé différents, soit Vitalité et Horizon.

Le SIINB n’a pas répondu aux demandes d’entrevue du Moniteur Acadien.

Dans un communiqué envoyé par courriel vendredi et que le Moniteur Acadien a pu consulter, la présidente du syndicat, Paula Doucet, explique que «les soins de santé au Nouveau-Brunswick souffrent les effets d’une pénurie grave et continue de personnel infirmier. Il est vital que le gouvernement, les employeurs, l’association et le SIINB se réunissent pour trouver des solutions innovantes à court terme, en plus de planification successive à long terme du recrutement et du maintien en poste».

Le SIINB ajoute qu’en 2020, les infirmières autorisées dans les deux régies régionales de la santé ont collectivement travaillé plus de 353 000 heures supplémentaires.

Le premier ministre de la province, Blaine Higgs, a indiqué qu’il appuyait l’idée de regrouper des services des deux hôpitaux. Cette éventualité inquiète quelque peu le conseil des médecins et dentistes du CHU Dumont.

Dans un communiqué également envoyé par courriel vendredi, le conseil soutient «qu’une collaboration entre TOUS les hôpitaux du Nouveau-Brunswick devrait être normale et privilégiée sans pour autant fusionner des services de santé ou hôpitaux».

Le conseil termine son communiqué en implorant le Réseau de santé Vitalité de défendre le plus gros hôpital francophone du Nouveau-Brunswick dans sa mission d’offrir des soins d’excellence à tous les patients de la province et d’être un véhicule de vitalité de la langue française.

Un problème structurel

Selon Jacques Verge, secrétaire d’Égalité santé en français, la situation s’est dessinée clairement au cours des dernières années et elle aurait très bien pu être évitée.

«La crise au CHU Dumont n’est pas survenue cette semaine. C’est une crise qui mijote depuis plusieurs années et cette crise est causée par la structure administrative qui a été imposée par l’ancien PDG de Vitalité, Gilles Lanteigne», a raconté M. Verge au micro de Radio Beauséjour, à Shediac.

«Actuellement, il n’y a pas de direction d’hôpital ; il y a une structure provinciale pour les ressources humaines, mais il n’y a personne à Dumont ou dans aucun hôpital qui est responsable de voir les problèmes et de trouver les solutions. La personne qui est vice-présidente aux ressources humaines est depuis plus d’un an, je crois, à Montréal. On appelle ça de la gestion de ressources humaines à distance», a encore déploré le secrétaire d’Égalité santé en français.

D’après lui, en 2015-2016, tous les postes au CHU Dumont étaient comblés. La situation actuelle serait donc, selon Jacques Verge, le résultat d’un manque d’attention portée aux postes qui étaient occupés par des gens approchant la retraite.

«La structure administrative est responsable du gâchis. Je ne dis pas qu’il n’y aurait pas de manquement, mais la situation ne serait pas au niveau de crise», a conclu M. Verge.

Des chiffres stables à l’Université de Moncton

La directrice de l’École de science infirmière de l’Université de Moncton, Suzanne Harrison, indique elle aussi que la situation actuelle était envisagée depuis un bout de temps.

«Ça fait des années qu’on savait qu’une pénurie allait se pointer à l’horizon. Des rapports ont été [rédigés] et un regroupement provincial a été créé afin [d’aborder] la situation. De notre côté, on essaie de trouver des solutions», raconte celle qui est aussi professeure à l’École de science infirmière.

Parmi les initiatives de l’Université de Moncton, on compte l’amélioration de la passerelle au baccalauréat pour les infirmières auxiliaires et la réduction des exigences d’admission. Suzanne Harrison affirme que ces deux mesures ont à elles seules amené 12 étudiantes supplémentaires cette année.

L’université a également fait une étude de marché pour avoir un programme accéléré, comme celui déjà présent à l’Université du Nouveau-Brunswick. Ce programme accéléré permettrait aux étudiants ayant déjà effectué certains cours dans le domaine de la santé de les faire créditer dans le programme de science infirmière.

Des efforts sont aussi consacrés au recrutement international : l’université a fait une demande de subvention visant à réduire les frais de scolarité pour les étudiants venant de l’extérieur du Canada, afin que leurs dépenses se rapprochent de celle des locaux. Le dossier est encore en développement.

En moyenne, 250 demandes d’admission ont été reçues annuellement entre 2014 et 2020. De ce chiffre, environ 140 proviennent de Néo-Brunswickoises et Néo-Brunswickois, environ 70 de l’extérieur du Canada et la balance d’autres provinces et territoires.

L’École accepte en moyenne 160 demandes pour son programme, dont plus de 60 % au sein même de la province.

La clé, selon Suzanne Harrison, c’est de ne rien cacher de la situation actuelle aux étudiants et de continuer les efforts de recrutement : «On tente de ne pas cacher la situation à nos étudiants, mais on explique que c’est temporaire et on continue de valoriser la profession et la diversité des rôles qu’ils ou elles peuvent jouer.»

«Il y a beaucoup d’obstacles à produire plus d’infirmières et infirmiers, mais on continue. Je me sens comme un avion qui circule une piste d’atterrissage, mais qui ne peut se rendre au sol pour jouer pleinement mon rôle», ajoute la directrice.

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Photos :

0517 IJL Le Moniteur Acadien_Pénurie d'infirmières Moncton_Suzanne Harrison_Cr. Courtoisie : Suzanne Harrison, directrice de l’École de science infirmière de l’Université de Moncton. (Crédit : Courtoisie)

0517 IJL Le Moniteur Acadien_Pénurie d'infirmières Moncton_CHU Dumont 2006_Cr. Stu Pendousmat - Wkimedia Commons : Le Centre hospitalier universitaire Dr-Georges-L.-Dumont a un manque criant personnel infirmier. (Crédit : Stu Pendousmat – Wikimedia Commons)

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  • Date de création 21 mai, 2021
  • Dernière mise à jour 19 mai, 2021
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