L’avenir de l’hôtellerie à petits pas

L’avenir de l’hôtellerie à petits pas

L'Association de l'industrie touristique du Canada annonçait une baisse moyenne du revenu hebdomadaire par chambre disponible de 84,4 % au 25 avril dernier. Difficile, dans ces conditions, de rester ouvert et pourtant, à l'Hôtel Le Germain de Calgary, quelques employés résistent.

Arnaud Barbet

Initiative de journalisme local – APF - Ouest

« De St. John’s à Calgary, Mme et M. Germain, les propriétaires et fondateurs francophones de notre groupe hôtelier, ont décidé de garder un hôtel par centre urbain. Une façon de soutenir ceux qui nous font confiance », explique Nadia Gravel d'un ton approbateur.

La directrice des opérations de l'hôtel voisin du même groupe, aujourd'hui fermé, est l'une des rares qui « a la chance de travailler ». Accueillante et chaleureuse, elle arbore un grand sourire devant la situation. « Nous recevons nos clients avec la même énergie, mais aussi de nombreuses nouvelles mesures d'hygiène heureusement très bien acceptées », souligne-t-elle.

Protégée par un plexiglas, elle explique que « les clefs sont à disposition dans un petit coffret. Il y a du gel hydroalcoolique dans toutes les pièces et les couloirs de l'hôtel. Lorsque le client quitte sa chambre, nous attendons trois jours avant de la nettoyer de manière très rigoureuse et nous attendons encore deux jours avant de la louer à nouveau. » Une façon de protéger le client, mais aussi les quelques membres du personnel (aujourd'hui quatre contre une soixantaine en temps normal).

Une clientèle aux petits soins

Seule, elle est à la fois réceptionniste, agente d'entretien, concierge et plus encore. Arrivée il y a deux semaines, elle plaisante : « Parfois, je ne sais pas où sont les choses et bien sûr, le téléphone sonne au moment même où l'on m'attend à l'étage ! ». Dévouée, elle sait que c'est juste une période particulière à passer et pense à son équipe aujourd'hui absente.

Les portes de l'ascenseur s'ouvrent. Une jeune maman interrompt notre discussion. Elle s'appelle Mindy et a décidé de quitter le « cocon familial » pour la fin de semaine. « Chaque année, je rêve d'être seule pendant la Fête des mères. Cette fois, c'est la bonne ! », explique-t-elle. Elle s'interroge tout de même d'une mimique explicite. « Dois-je me sentir coupable ? », se demande-t-elle. Nadia, rassurante, lui tend une boite recyclable. Un petit déjeuner continental, version COVID-19.

Rassurée par les mesures d'hygiène prises par l'hôtel, Mindy ne peut s'empêcher d'évoquer son arrivée. « Je suis entrée dans un stationnement vide, c'est étrange. Vous savez, le plan scène de crime ! », rit-elle à voix haute. Finalement, après sa première nuit, elle se sent tout à fait calme, sereine et surtout en sécurité.

Après la pandémie

Comme l'indique Nadia, « il faut honorer les réservations déjà prises ». Elle espère très vite retrouver son hôtel et son équipe, mais reste consciente de l'évolution des évènements. « C'est une gestion au jour le jour. Une répétition avant les soubresauts du déconfinement », explique-t-elle. Elle précise que les distanciations sociales seront respectées dans tout l'établissement le jour J et souligne une logistique parfois complexe « à repenser ».

Alors que la fermeture de son bébé, l'Hôtel Alt, a été un choc, elle sait que ce n'est juste « qu'un Au revoir ». À ses moments de répit, elle appelle ses clients, prend de leurs nouvelles. « Ils sont notre famille, comme notre équipe d'ailleurs. On reste très proche les uns des autres », affirme-t-elle. Elle a d'ailleurs hâte de les retrouver tout en admettant qu'elle va sûrement se restreindre à « prendre un client dans mes bras ou offrir une chaleureuse poignée de main ». Le signe, peut-être, d'une longue convalescence.

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Photo 1 : Nadia Gravel nous accueille à la réception de l'hôtel Le Germain. Écran plexiglas, gel hydroalcoolique, distanciation physique, carte magnétique à disposition, tout est prêt pour accueillir le client. Crédit photo : Arnaud Barbet

Photo 2 : C'est aussi la directrice des opérations, Nadia Gravel, , qui livre le petit déjeuner continental dans sa boite recyclable. Une version simplifiée due au COVID-19.

Photo 3 : Les chambres de l'hôtel sont nettoyées selon un protocole très stricte afin de protéger le client, mais aussi les employés.

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  • Date de création 13 mai, 2020
  • Dernière mise à jour 13 mai, 2020
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