Larry Audlaluk : exilé dans l’Arctique

Larry Audlaluk : exilé dans l’Arctique

Auteur et leader pour sa communauté de Grise Fiord et pour l’Extrême-Arctique, Larry Audlaluk explique pourquoi il est important de raconter les histoires d’hier et d’aujourd’hui pour préserver la culture inuite.
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Charlotte Poulin-MacMillan
Initiative de journalisme local – APF – Territoires

Dans les années 1950, le gouvernement fédéral a conçu son plan de délocalisation des Inuits sans consulter les populations directement concernées. « Il pensait que nous nous en sortirions puisque nous étions habitués à des conditions difficiles, mais nous avons souffert. C’était une attitude coloniale. Les familles inuites déportées n’ont jamais oublié cette migration forcée. Ils le racontaient encore et encore », témoigne M. Audlaluk.

C’est cette expérience que l’aîné raconte dans son autobiographie What I remember, What I know: The Life of a High Arctic Exile.

Inhabit Media : première maison d’édition inuite

Quand Larry Audlaluk a voulu publier l’histoire de sa vie, il a choisi Inhabit Media, parce que cette maison d’édition s’intéresse aux histoires du Nord et que son histoire est intrinsèquement liée à l’Arctique.

Fondée en 2006 par Neil Christopher et Louise Flaherty, Inhabit Media a pour objectif de « préserver et promouvoir le savoir et les valeurs inuites et la langue inuktitut. » Afin de réaliser ce but, la maison d’édition « travaille avec des aînés et des auteurs de l’Arctique canadien pour s’assurer que l’histoire orale inuite unique de la région soit publiée et ne soit pas perdue pour les générations futures. »

Raconter : un voyage chargé d’émotions

Les parents de M. Audlaluk sont originaires du nord du Québec, à l’est de la baie d’Hudson et ont été envoyés dans l’Extrême-Arctique quand le petit Larry avait 3 ans. Depuis son plus jeune âge, Larry Audlaluk a entendu les histoires traumatisantes de relocalisation des familles dans l’Extrême-Arctique.

Pendant qu’il écrivait l’histoire de sa vie, l’aîné a éprouvé des sentiments contradictoires. Tant de choses étaient en jeu, tant d’émotions ravivées : « J’ai vu mes parents traverser des épreuves difficiles et la dynamique familiale se briser. Ma mère était tellement triste à différents moments de l’année, parce qu’elle avait été complétement coupée de plusieurs membres de sa famille », raconte-t-il.

Quand son livre a été publié en 2020, Larry Audlaluk était très fier : « Je me sentais bien, mais j’étais ému ». Ému parce que ce livre est un geste important, une sorte d’hommage, pour sa famille et pour les gens qui ont vécu cette relocalisation traumatisante. Il cite un vieux dicton inuit qui vient d’une publicité d’explorateurs où un Inuit construit un inukshuk et dit : « Maintenant, les gens sauront que nous étions ici. »

« C’est important de raconter les histoires selon notre perspective, parce que l’histoire officielle est toujours du côté du gouvernement, déclare M. Audlaluk. L’impact [de la relocalisation] sur la vie des gens n’a jamais été largement raconté, c’est ce que j’ai fait et j’espère que ce ne sera pas le dernier livre sur ce sujet. Avec les années, beaucoup de gens sont décédés, mais il y a encore des survivants qui se souviennent. »

Le septuagénaire a encore de l’énergie et le désir de communiquer et de témoigner. M. Audlaluk planifie l’écriture d’un livre sur l’exploration de l’Arctique, notamment du point de vue des guides inuits.

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Photos
Crédit : Larry Audlaluk
Légende
Aujourd’hui âgé de 71 ans, Larry Audlaluk raconte son expérience de relocalisation dans l’Extrême-Arctique dans son autobiographie.

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  • Date de création 23 mars, 2021
  • Dernière mise à jour 26 mars, 2021
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