Langue des services fédéraux: les Néo-Brunswickois sont moins nombreux à se plaindre
Le nombre de plaintes envers les institutions fédérales en lien avec les langues officielles a connu une diminution au Nouveau-Brunswick. En 2023-2024, 31 plaintes ont été reçues, ce qui représente une diminution par rapport aux 78 qui ont été enregistrées en 2022-2023.
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Bobby Therrien
IJL – Réseau.Presse – Acadie Nouvelle
Le nombre de plaintes, dévoilé récemment dans le rapport du commissaire aux langues officielles du Canada, Raymond Théberge, est d’ailleurs le plus bas en 10 ans. La moyenne annuelle est d’une cinquantaine de plaintes au cours de cette période.
La majorité de celles-ci (23) avaient un lien avec les services au public. Quelques-unes étaient en rapport avec la langue au travail.
Le juriste acadien, professeur de droit et spécialiste des questions linguistiques, Michel Doucet, ne croit toutefois pas qu’une diminution des plaintes soit un élément significatif, mais plutôt le résultat de divers facteurs.
«Il y a des gens qui sont sûrement rendus à se demander ce que ça vaut de déposer des plaintes pour l’absence de services en français dans des endroits comme l’aéroport, par exemple, sans que rien ne change. Les gens ont peut-être perdu confiance dans le système.»
Selon lui, la diminution du nombre de plaintes ne signifie pas que les choses se sont améliorées.
«Si je faisais des plaintes chaque fois que je m’aperçois qu’un service n’est pas offert, je passerais mon temps à faire des plaintes. Faire une plainte, c’est bien beau, mais si on ne s’aperçoit pas qu’il y a des changements, il y a lieu de se poser des questions sur le processus.»
«Ça peut donner l’impression à certaines institutions que tout va bien, mais c’est une conclusion erronée.»
La présidente par intérim de la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick, Nicole Arseneau Sluyter, ne croit pas qu’il s’agisse d’une tendance particulièrement positive non plus.
«Je trouve ça inquiétant, car, pour moi, c’est un signe d’assimilation que l’on accepte les choses telles quelles. C’est peut-être parce que l’on est fatigué.»
Mme Arseneau Sluyter déplore également que les commissaires aux langues officielles, autant du côté fédéral que sur la scène provinciale, n’aient pas assez de pouvoir.
«J’ai déjà fait des plaintes et ça peut être long et laborieux. On s’entend qu’il n’y a pas grand-chose qui change en fin de compte.»
La présidente par intérim de la SANB note que plusieurs événements ont renforcé cette impression qu’il y avait plutôt un recul du français au Nouveau-Brunswick.
Elle croit que la nomination d’une gouverneure générale unilingue anglophone dans la province comme au Canada et l’utilisation plus fréquente de l’anglais dans les interactions sociales ne sont que quelques pièces d’un casse-tête qui disparaissent petit à petit.
«Il faut continuer à dénoncer et revendiquer nos droits, car la population semble fatiguée (…) On le sait tous que l’on ne se plaint pas assez.»
Elle dit croire qu’une tranche de la population francophone du Nouveau-Brunswick, en particulier les jeunes adultes, est entrée dans un processus inconscient d’assimilation.
«L’influence anglaise autour de nous est énorme et je pense que ça n’a vraiment pas aidé notre cause. Je crois que les gens ne réalisent pas comment vite on est assimilés. C’est inquiétant.»
Nicole Arseneau Sluyter a cité l’exemple de Balmoral, un village historiquement très francophone qui est de plus en plus influencé par l’anglais.
«On commence à se faire servir en anglais dans des commerces et, à l’école, les élèves parlent de plus en plus en anglais entre eux. Balmoral était un village où l’on n’entendait presque jamais l’anglais. Moi-même j’ai appris l’anglais à 21 ans.»
Même si elle refuse de voir un portrait complètement sombre de la situation, Mme Arseneau Sluyter reconnaît que les francophones sont à risque de subir de plus en plus les contrecoups de cette influence anglophone.
«Il y a du chemin à faire. On ne pourra freiner cette tendance qu’avec l’appui de tous les organismes et de la population, à commencer par les parents à la maison. C’est facile de juste commencer à parler en anglais. C’est beaucoup plus un effort de continuer à s’exprimer en français.»
«On ne veut pas partir de guerre ou insulter le monde qui ne parle pas le français, mais il faut au moins avoir le réflexe de le demander.»
Pour sa part, Michel Doucet est curieux de voir si les nouveaux pouvoirs accordés au commissaire des langues officielles du Canada, qui n’ont pas complètement été mis en œuvre, vont permettre de changer les choses.
De plus, il souhaite que la commissaire provinciale jouisse de plus de pouvoirs et que les gouvernements, peu importe l’allégeance politique, soient plus conscients de leurs obligations linguistiques.
«Si eux ne sont pas conscients de ça, il est difficile d’envoyer un message au privé et leur demander de respecter le biculturalisme au Nouveau-Brunswick.»
Il propose aussi qu’une campagne de sensibilisation plus poussée soit réalisée du côté des commissariats aux langues officielles du Canada et du Nouveau-Brunswick pour faire connaître davantage les droits des gens.
Dans son rapport, le commissaire aux langues officielles du Canada a indiqué que les plaintes reçues par le Commissariat au fil des ans et les enquêtes qu’il a menées attestent que plusieurs institutions fédérales ne prennent pas leurs obligations linguistiques au sérieux. Il a ajouté que la langue de service et de travail constitue toujours un problème récurrent.
«Lorsqu’une institution fédérale échoue à instaurer et favoriser une culture bilingue, il est sûrement plus difficile pour elle de répondre à ses responsabilités de bilinguisme institutionnel», peut-on lire dans le rapport.
Selon le rapport Théberge, le Commissariat aux langues officielles consacrera davantage d’efforts à fournir aux institutions fédérales des informations, en plus de continuer de s’adresser aux Canadiens, en particulier aux communautés de langue officielle en situation minoritaire, afin de les informer de leurs droits.
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Photo : Acadie Nouelle - Raymond Théberge
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- Date de création 21 mai, 2024
- Dernière mise à jour 21 mai, 2024