L’alcool au volant : un problème grandissant à l’Î.-P.-É.

L’alcool au volant : un problème grandissant à l’Î.-P.-É.

À l’Île-du-Prince-Édouard, de plus en plus de gens se retrouvent devant le tribunal après avoir été arrêtés au volant de leur voiture avec des facultés affaiblies par l’alcool. Les peines sont pourtant sévères; c’est la prison dans la majorité des cas. Forces de l’ordre, juges et spécialistes mettent en avant la responsabilité collective face aux dérives.

_______________________

Marine Ernoult

Initiative de journalisme local – APF – Atlantique

«Les gens conduisent sous l’emprise de l’alcool tout le temps. On fait de notre mieux pour les appréhender et rendre les routes plus sûres», confie Stephen Duggan. L’agent de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) du comté de Queens est inquiet. Depuis trois ans, le nombre de conducteurs aux facultés affaiblies par l’alcool ne cesse de grimper dans la province. Entre 2017 et 2018, il a augmenté de 47 %, soit la plus importante hausse au pays. Cette situation inverse la tendance à la baisse amorcée il y a 40 ans (avec un pic à 1570 cas en 1980).

Cette année, les premiers chiffres annoncés par la GRC (185 conducteurs arrêtés au 1er octobre) font réapparaître le spectre d’une troisième année d’augmentation consécutive, alors même qu’il y a moins de conducteurs sur les routes en raison des restrictions liées à la pandémie et au télétravail généralisé. Comment l’expliquer? «Avec le stress et l’anxiété dus à la COVID-19, beaucoup de personnes se sont mises à consommer plus d’alcool», analyse Nancy Orr, juge à la Cour provinciale. «La crise sanitaire a pu être un facteur. Les gens sont moins actifs et consomment plus, ils font les mauvais choix plus fréquemment», complète Stephen Duggan.

Prison quasi-automatique 

Le phénomène engorge les tribunaux de la province. «Les cas d'Insulaires arrêtés au volant avec des facultés affaiblies représentent un tiers de mes dossiers quotidiens», confie Nancy Orr, qui constate aussi des taux d’alcool dans le sang plus élevés qu’avant. La juge n’est pas surprise de voir des conducteurs avec 250 mg d’alcool pour 100 ml de sang. Elle évoque également un changement de comportement chez les plus jeunes. «Il y a quatre ans, c’était rare de voir des 18-25 ans arrêtés au volant sous l’emprise de l’alcool. Maintenant, on en a beaucoup, ils sont moins responsables», observe-t-elle. «Le phénomène ne connaît pas d’âge et touche tout le monde dans la communauté, homme, femme, quel que soit le niveau d’éducation», tempère Stephen Duggan. 

Comment lutter contre l’alcool au volant? La province inflige déjà parmi les sanctions les plus sévères au pays. Des peines de prison quasi-automatiques sont prononcées, même à l’encontre de conducteurs au casier judiciaire vierge qui se retrouve pour la première fois devant un tribunal. À cela s’ajoute une batterie de sanctions : amende, retrait du permis de conduire, véhicule immobilisé, ou encore installation d’un éthylotest dans la voiture qui ne peut plus démarrer en cas de contrôle positif. «C’est un message très fort, efficace et dissuasif», assure Stephen Duggan.

«La responsabilité repose sur chacun d’entre nous»

Aux yeux de Hesam Seyyed Esfahani, professeur de criminologie à l'Université de Moncton, la prison n’est pas forcément la solution lors d’une première interpellation. «Il vaut mieux privilégier des mesures pénales alternatives s’il n’y a pas d’accident, préconise-t-il. Les délinquants routiers ne pensent généralement pas à la probabilité d'aller en prison. Ils pensent à la certitude d'être arrêtés plutôt qu'à la sévérité de la peine.»

Les personnes interrogées sont unanimes : la réponse pénale n’est pas la seule solution. L’éducation est l’autre clé pour changer les comportements. Les autorités de la province l’ont compris et multiplient les campagnes de sensibilisation et les programmes de prévention dans les écoles. «Il faut constamment rappeler le message et impliquer la communauté, qui a son rôle à jouer pour lutter contre l’alcool au volant», insiste Stephen Duggan, également membre du conseil d’administration de MADD Canada dont la mission est de mettre fin à la conduite avec capacités affaiblies.

«La responsabilité repose sur chacun d’entre nous. Quand quelqu’un boit et veut prendre la voiture, il faut lui interdire ou le conduire», abonde Paul Smith, chef de la police de Charlottetown. Les policiers appellent les Insulaires à signaler au 911 tout comportement suspect sur les routes. «Ça fait partie des outils qui peuvent changer la donne», affirme Stephen Duggan. «Les gens sont plus conscients qu’avant des dangers et nous appellent de plus en plus», se félicite Paul Smith.

-30-

PHOTOS : (incluant titre de la photo, légende et crédit du photographe ou courtoisie)

Hesam Seyyed Esfahani : Pour Hesam Seyyed Esfahani, professeur de criminologie à l'Université de Moncton, la prison n’est pas forcément la solution lors d’une première interpellation. «Il vaut mieux privilégier des mesures pénales alternatives», dit-il. (Courtoisie)

Tribunal : «Les cas d'Insulaires arrêtés au volant avec des facultés affaiblies représentent un tiers de mes dossiers quotidiens», témoigne Nancy Orr, juge à la Cour provinciale. (Marine Ernoult)

Alcool au volant : Pour lutter contre l'alcool au volant, les personnes interrogées sont unanimes, la réponse pénale n’est pas la seule solution. L’éducation est l’autre clé pour changer les comportements. (Marine Ernoult)  

  • Nombre de fichiers 4
  • Date de création 7 décembre, 2020
  • Dernière mise à jour 7 décembre, 2020
error: Contenu protégé, veuillez télécharger l\'article