L’alcool au dépanneur et à l’épicerie en Ontario en 2026

La buck-a-beer lui a peut-être donné de la broue dans le toupet, mais il y a bien une promesse que Doug Ford est maintenant déterminé à tenir: la vente d’alcool dans les dépanneurs et les épiceries de l’Ontario.


Par Émilie Gougeon-Pelletier, IJL - Réseau.Presse - Le Droit et Charles Fontaine, IJL - Réseau.Presse - Le Droit

En 2018, le progressiste-conservateur Doug Ford faisait campagne en promettant la bière à 1$ (buck-a-beer) et la vente d’alcool dans les stations-service et les supermarchés de la province.

Ce programme de canettes vendues à petit prix n’aura finalement duré que quelques mois, et l’idée de la vente d’alcool chez ces détaillants s’est avérée plus compliquée que prévu.

Or, cinq ans plus tard, le premier ministre Doug Ford revient à la charge.

Le gouvernement ontarien a annoncé, jeudi, que les consommateurs pourront acheter du vin, de la bière, du cidre et des spiritueux prêts à boire dans les épiceries et les dépanneurs participants de la province à compter de 2026.

Le contrat d’une décennie

À l’heure actuelle en Ontario, un nombre limité de supermarchés est autorisé à vendre de l’alcool et aucun dépanneur n’a ce droit, puisqu’un contrat impose de strictes règles émises par la Régie des alcools de l’Ontario, mieux connue sous le nom LCBO.

L’Accord-cadre général en matière de vente au détail de boissons alcooliques a été signé en 2015 entre l’ancien gouvernement libéral de Kathleen Wynne, le Beer Store et des compagnies de brassage comme Labatt, Molson et Sleeman.

Ce contrat, qui doit expirer à la fin de 2025, limitait à 450 le nombre d’épiceries pouvant vendre de la bière ou du vin, leur interdisait de vendre des caisses comptant plus que six bières, et empêchait la vente au détail dans les dépanneurs.

Au cours des prochains jours, la province prévoit envoyer un avis de résiliation au Beer Store pour que ce contrat ne soit pas renouvelé.

La voie est libre

La voie vers une réforme du marché des boissons alcoolisées en Ontario est donc libre, et la province prévoit «la plus grande expansion en termes de choix et de commodité pour les consommateurs depuis la fin de la prohibition, il y a près de 100 ans».

Au cours des cinq prochaines années, le Beer Store demeurera le principal distributeur de bière pour les détaillants, les bars et les restaurants, et gérera le programme de consignation de l’Ontario.

La LCBO jouera un rôle de distributeur pour les vins dans ce marché élargi, et continuera de vendre les boissons à plus forte teneur en alcool comme la vodka, le gin et le whisky dans ses succursales. Elle maintiendra des prix uniformes à travers la province, mais les détaillants privés pourront afficher «des prix concurrentiels», a annoncé la province.

Les consommateurs pourront continuer d’acheter des caisses de 12, de 24 ou de 30 contenants à la LCBO et au Beer Store, mais aussi dans les dépanneurs et les épiceries, comme au Québec.

La province estime que les Ontariens auront accès à 8500 nouveaux détaillants d’alcool.

Le gouvernement ontarien prévoit aussi mettre en place une série de mesures pour aider les nouveaux détaillants d’alcool dans leur transition.

Le premier ministre Doug Ford, qui dit ne pas être un consommateur d’alcool, n’est pas inquiet face à une potentielle hausse des problèmes de dépendance. «Il est temps de traiter les Ontariens comme des adultes», a-t-il lancé.

Le ministre des Finances Peter Bethlenfalvy a assuré que son gouvernement prend au sérieux la question de la responsabilité sociale.

Il a aussi indiqué que 10 millions de dollars seront dépensés au cours des cinq prochaines années pour s’en assurer.

Des commerçants d’Ottawa se réjouissent

À Ottawa, des épiceries fines sont heureuses de pouvoir ajouter la vente d’alcool à leur offre.

Pour le propriétaire de l’épicerie italienne La Bottega, Pat Nicastro, il est censé que les petites épiceries puissent avoir leur part du marché de l’alcool.

«Ça fait longtemps qu’on attendait cette nouvelle en tant qu’entreprise familiale, dit-il. On a beaucoup de clients qui aimeraient ajouter une bouteille de vin dans leur panier.»

À la boucherie Dumouchel Meat & Deli du quartier Vanier, le propriétaire Ian Slipacoff ne sait pas encore s’il va vendre de l’alcool. Il est toutefois ravi que la vente de ces produits ne soit plus exclusive aux grosses bannières et qu’elle se partage davantage entre les petites entreprises.

Ian Slipacoff, propriétaire de la Boucherie Dumouchel (Le Droit, Étienne Ranger/Le Droit, Étienne Ranger)

«Les consommateurs pourront économiser sur le transport en achetant tout au même endroit, souligne-t-il. La compétition sera plus forte sur le marché.»

L’expérience québécoise

Le débat entourant la vente d’alcool dans les dépanneurs et les épiceries ne date pas d’hier, en Ontario. Et Doug Ford n’est pas le premier à avoir promis de la permettre.

En 1985, la vente d’alcool dans ces magasins était parmi les promesses du chef libéral David Peterson.

Élus au pouvoir dans un gouvernement minoritaire, les conservateurs avaient alors bouchonné sa tentative, l’année suivante.

À l’heure actuelle, c’est l’Ontario qui a la plus faible densité de points de vente d’alcool au Canada, selon la province.

En mettant en oeuvre cette réforme du marché de la vente d’alcool au détail, l’Ontario se placerait au troisième rang, après Terre-Neuve-et-Labrador et le Québec.

Dans la Belle province, c’est en 1978 que l’on pouvait acheter pour la première fois une bouteille de vin à l’épicerie.

À Gatineau, un dépanneur de la rue Front, à quelques dizaines de kilomètres de distance du côté ontarien de la rivière des Outaouais, a été fondé principalement pour vendre de l’alcool, surtout de la bière.

Le Dépanneur Rapido offre une grande variété de produits alimentaires, mais aussi plus de 500 variétés de bière.

«Si on enlevait la vente d’alcool de notre dépanneur, comme en Ontario, on serait grandement affecté, sympathise la gérante, Sandra Lopes. Une bonne partie de notre clientèle vient pour acheter de la bière.»

Sandra Lopes, du dépanneur spécialisé en bières du secteur Aylmer, le Rapido (Le Droit, Patrick Woodbury/Le Droit, Patrick Woodbury)

Le commerce accueille une petite portion de clients originaires de l’Ontario.

N’empêche, Sandra Lopes ne craint pas que cette éventuelle permission dans la province voisine ait un impact sur son commerce.

Au dépanneur Los Andes, rue Eddy, le propriétaire Carlos Ahuanlla indique qu’il accueille une part importante de clients de l’Ontario, surtout en soirée lorsque les Beer Store ferment à 21h.

«Certains viennent le jour pour acheter des cigarettes vu qu’elles sont moins cher, et en même temps ils achètent une bière, dit-il. Je ne crois pas que cette loi va amener moins de clients.»

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  • Date de création 14 décembre, 2023
  • Dernière mise à jour 14 décembre, 2023
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