L’AFO critiquée durant son congrès annuel

Alors que l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) se rassemblait à Ottawa à l’occasion de son congrès annuel, de jeudi à samedi, des leaders francophones ailleurs en province ont partagé au Droit leurs frustrations face à l’organisme porte-parole.

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Émilie Gougeon-Pelletier

IJL – Réseau.Presse – Le Droit

Laurentian University. Refusant de l’appeler par son nom bilingue, c’est ainsi que l’AFO nomme cette université située à Sudbury, au nord de l’Ontario, depuis qu’elle a coupé 28 programmes francophones, en 2021.

Or, le logo bilingue de l’institution figurait parmi la liste des commanditaires du congrès annuel de l’AFO, qui s’est tenu les 17, 18 et 19 octobre, à Ottawa.

L’ancien sous-ministre adjoint de l’Office des affaires francophones de l’Ontario, Daniel Cayen, déplore cette situation.

«Imaginez-vous, on parle d’une association provinciale qui a exigé à la Laurentian University de transférer toute sa programmation de langue française à l’Université de Sudbury, qui s’est attaquée aux mesures de la Laurentian, aux coupes des programmes en langue française, et là, elle se tourne de bord en acceptant l’argent de la Laurentian», soutient celui qui a œuvré comme haut fonctionnaire au sein du gouvernement ontarien, de 2009 à 2015.

Le mandat de l’AFO est de concerter la collectivité francophone de la province et d’agir comme porte-parole de la revendication des droits des Franco-Ontariens.

«Comment on peut sentir que l’AFO est encore avec nous?» se demande pourtant Daniel Cayen.

Événement plus dynamique

Le directeur général de l’organisme, Peter Hominuk, rétorque que l’Université Laurentienne fait partie des membres de l’organisme.

«On prend ces ressources-là pour rendre nos événements plus intéressants, plus dynamiques» a-t-il soutenu, en entrevue avec Le Droit.

Peter Hominuk assure que le partenariat avec cette institution postsecondaire n’empêche pas l’organisme de maintenir ses revendications, «qui est de demander une entente pour transférer les programmes francophones de l’Université Laurentienne à l’Université de Sudbury».

L’Université Laurentienne n’avait pas figuré parmi les partenaires de l’AFO depuis 2021, selon les rapports annuels publics de l’organisme.

Nord de l’Ontario

Lorsque l’Université Laurentienne a annoncé qu’elle se plaçait à l’abri de ses créanciers, la Coalition nord-ontarienne pour une université de langue française est née.

Son porte-parole, Denis Constantineau, estime que l’AFO a «abandonné ses principes pour de l’argent» en acceptant de signer un partenariat avec la Laurentienne, cette année.

«À Sudbury, il y a des organismes qui ont arrêté de travailler en partenariat avec la Laurentian, par principe. Si ces petits organismes locaux peuvent le faire, je m’attendrais à autant de notre association provinciale», soutient le Franco-Ontarien de Sudbury.

Denis Constantineau croit que le mouvement de mobilisation observé à la suite des coupes aux programmes d’études francophones à la Laurentienne aurait dû avoir la même ampleur que ceux qui ont suivi le Jeudi Noir en 2018 et l’annonce de la fermeture de l’Hôpital Montfort, en 1997.

Mais pour y arriver, «ça aurait pris le leadership de l’AFO», note-t-il.

Denis Constantineau affirme que lorsque les déboires financiers de l’Université Laurentienne ont été rendus publics, la Coalition nord-ontarienne pour une université de langue française a participé à de nombreuses rencontres avec des représentants de l’AFO.

«Durant ces rencontres, on nous a souvent dit qu’il ne fallait pas trop brasser la cage, parce que certaines choses, qu’on ne pouvait pas nous dire, se tramaient en coulisses. [...] Ce n’est pas un partenariat transparent, ça», indique-t-il.

Collaboration avec le gouvernement

Denis Constantineau et Daniel Cayen doutent de l’approche «collaborative» de l’AFO auprès du gouvernement ontarien de Doug Ford.

«Tout le monde est très bien intentionné, les gens qui y travaillent ont le meilleur de la communauté à cœur. Mais le problème est structurel», croit Daniel Cayen.

L’AFO a l’oreille du gouvernement. Mais l’ancien sous-ministre adjoint croit que l’organisme porte-parole des Franco-Ontariens pourrait «perdre ses accès aux couloirs du pouvoir» s’il se fait trop dissident.

«C’est toujours mieux de travailler en collaboration. Pourquoi on serait toujours en opposition avec les autres quand ce n’est pas nécessaire?» répond Peter Hominuk.

«Ces attitudes-là, de sortir beaucoup de monde dans les rues, c’est peut-être un peu daté comme approche politique, et on a quand même réussi, quand c’était le temps, à sortir des gens dans les rues, en 2018, mais depuis ce temps-là, c’est peut-être moins nécessaire, parce qu’il y a beaucoup plus d’écoute de la part de tous les gouvernements et de tous les partis politiques», ajoute le directeur général de l’AFO.

Daniel Cayen croit par ailleurs que la dépendance financière aux subventions gouvernementales de l’AFO rend l’organisme moins efficace.

«L’AFO vit pour l’accès. Donc si elle n’a pas accès aux bureaux des ministres, aux fonctionnaires, elle se sent un peu neutralisée», soutient-il.

Peter Hominuk conteste les reproches de Daniel Cayen.

«On ne reçoit presque pas de financement du gouvernement provincial. La majorité de nos fonds viennent du gouvernement fédéral, et je ne pense pas que ça nous a empêchés, dans la dernière année, de critiquer le gouvernement fédéral en particulier», dit-il.

Il fait notamment référence aux revendications faites par l’AFO auprès d’Ottawa en ce qui concerne le sous-financement des organismes communautaires francophones.

Communautés racialisées

La directrice générale de la Passerelle-I.D.É, un organisme de Toronto qui vient en aide aux nouveaux arrivants francophones noirs et racialisés, était, elle aussi, outrée de voir l’Université Laurentienne parmi les commanditaires du congrès annuel de l’AFO.

«C’est honteux pour l’AFO de recevoir une commandite de la Laurentienne, quand ils sont très conscients que les coupes affectent directement nos communautés», a soutenu Léonie Tchatat, que Le Droit a rencontrée à la conférence Résolutions 2024, visant à lutter contre le racisme, organisée par la Passerelle-I.D.É les 16 et 17 octobre.

Cet événement, qui a été organisé pour la première fois à la même date l’an dernier, rassemble les communautés francophones noires de plusieurs secteurs, comme l’éducation, la justice et la santé, notamment.

Quand l’AFO a été créée, en 2006, c’était après des consultations auprès de la communauté, y compris des francophones racialisés, qui avait exprimé un besoin de créer un organisme plus inclusif et plus fort pour représenter l’ensemble des Franco-Ontariens.

Léonie Tchatat est d’avis que l’AFO «représente les communautés franco-ontariennes, mais elle ne représente pas véritablement les enjeux des communautés noires».

«L’AFO doit avoir une position claire et nette. Si elle veille à l’épanouissement des communautés francophones dans leur ensemble, et de façon inclusive, elle doit prendre des positions claires, et ne pas accepter des commandites qui viennent en contradiction avec cela», conclut Léonie Tchatat.

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Photos 

  • L’Assemblée de la francophonie de l’Ontario lance son 19e congrès au Centre de conférences et d’événements d’Ottawa, sous le thème porteur de la «vitalité franco-ontarienne». (Chantallya Louis/Le Droit)
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  • Date de création 21 octobre, 2024
  • Dernière mise à jour 21 octobre, 2024
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