La violence conjugale, une «épidémie»? Pas selon l’Ontario
Dans la foulée de la tuerie qui a bouleversé la ville de Sault Ste. Marie, lundi, le gouvernement Ford refuse toujours de déclarer officiellement que la violence conjugale constitue une «épidémie».
Par Émilie Gougeon-Pelletier, IJL - Réseau.Presse - Le Droit
La police de Sault Ste. Marie a qualifié le drame de lundi, où un homme a tué ses trois enfants et une femme avant de s’enlever la vie, de cas tragique de violence conjugale.
Le premier ministre Doug Ford s’est dit déchiré par la nouvelle. «Cette perte de vie insensée a laissé la famille, les amis et toute une communauté dans le deuil, a-t-il réagi. Vous êtes dans mes prières. L’ensemble de l’Ontario pleure cette tragédie.»
À Queen’s Park, le drame a incité l’Opposition officielle à réitérer les appels à ce que l’Ontario déclare que la violence conjugale constitue une épidémie.
«Ça peut sembler simple de déclarer que c’est une épidémie, mais croyez-moi, ça veut tout dire», a lancé la chef du Nouveau Parti démocratique (NPD) ontarien, Marit Stiles, en période de question, jeudi.
Or, la province n’a pas l’intention de se plier à cette demande, qui pourtant ne provient pas seulement du NPD.
Coroner
L’an dernier, le coroner a enquêté sur la mort de trois femmes, Nathalie Warmerdam, Carol Culleton et Anastasia Kusyk, assassinées en 2015 par le même ex-conjoint.
Après que le coroner se soit penché sur ces meurtres commis dans le comté de Renfrew, à l’ouest d’Ottawa, le jury a formulé 86 recommandations destinées à prévenir de telles tragédies.
L’une de ces recommandations était de déclarer officiellement que la violence conjugale représente une épidémie.
En juin 2023, le gouvernement ontarien a reconnu l’intention derrière cette recommandation, mais a refusé de l’appliquer, plaidant qu’il ne s’agit pas d’une maladie infectieuse ou transmissible.
Le mois suivant, la Ville de Toronto a déclaré que la violence basée sur le genre et la violence entre partenaires intimes étaient effectivement une épidémie dans la capitale provinciale.
La mairesse Olivia Chow a invité la province et le gouvernement fédéral à faire la même chose.
À Ottawa, le conseil municipal avait déjà adopté cette idée, en mars, et la position a été endossée par le Service de police d’Ottawa (SPO).
C’est aussi le cas pour une quarantaine de municipalités de l’Ontario.
La province refuse aussi de créer une commission sur la violence conjugale et de créer un rôle de défenseur des survivantes, comme ce qui était aussi recommandé par le jury de l’enquête.
Selon le gouvernement ontarien, ces mesures seraient redondantes, étant donné les services déjà en place.
Le NPD déplore que les organismes communautaires qui répondent aux besoins des femmes victimes d’abus soient «profondément sous-financés».
«Elles doivent obtenir le soutien et le financement dont elles ont besoin pour empêcher que cette horrible violence ne se reproduise», a insisté Marit Stiles.
La ministre associée chargée des opportunités sociales et économiques pour les femmes, Charmaine Williams, affirme que son gouvernement a «investi considérablement dans les soutiens et les organismes communautaires afin que les femmes puissent y accéder et obtenir le soutien et l’aide dont elles ont besoin», et promet continuer de le faire.
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- Date de création 30 octobre, 2023
- Dernière mise à jour 30 octobre, 2023