La Ville manque à ses obligations

La directrice des services en français de la Ville de Winnipeg, Nicole Young, est en train de préparer une série de recommandations pour améliorer les services municipaux en français. Les Winnipégois d’expression française n’ont toujours pas accès de manière équitable aux services de la Ville de Winnipeg.

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Vincent Erario

IJL – Réseau.Presse – La Liberté

Michel Lagacé, résident de la ville de Winnipeg et éditorialiste bénévole à La Liberté, a adressé une plainte à l’administration municipale comme citoyen engagé.

Dans celle-ci, il relève plusieurs atteintes à la partie 9 de la Charte de la Ville de Winnipeg et du Règlement municipal de la ville de Winnipeg sur la prestation de services municipaux dans les deux langues officielles, censés garantir les services municipaux en français.

En effet, l’article 453(1) de la Charte stipule au sujet des travaux du conseil et de ses comités que « toute personne a le droit d’employer le français, en plus de l’anglais, à l’égard d’une question particulière étudiée ». L’article prescrit également une interprétation simultanée vers le français dans le cas où les travaux auraient lieu en anglais. Un élément que l’on retrouve également dans l’annexe A du Règlement municipal, qui indique que le Bureau du greffier doit fournir une « interprétation simultanée aux réunions du Conseil et de ses comités, sur préavis suffisant. »

Pour Michel Lagacé, la réunion du 15 mars 2021 du Comité d’orientation permanent des biens et de l’aménagement, du patrimoine et du développement du centre-ville ne s’est pas déroulée de manière conforme comme il le décrit dans sa plainte.

« J’ai été étonné lundi le 15 mars 2021 d’entendre Mme Janice Lukes ouvertement demander aux délégués qui se sont présentés devant le Comité d’orientation permanent de parler en anglais. De nombreux citoyens étaient venus s’exprimer en français sur la vente de l’ancien Hôtel de Ville de Saint-Boniface et ils avaient demandé de parler en français. »

Michel Lagacé rapporte également qu’aucune traduction de l’anglais vers le français pour les auditeurs n’était proposée durant la retransmission en direct de la réunion en ligne. « Dans une démocratie, il est essentiel que les citoyens puissent s’exprimer et être compris », soutient le Winnipégois dans sa plainte.

Pour la présidente de la Société de la francophonie manitobaine, Angela Cassie, cette absence de traduction simultanée est symptomatique d’un problème plus systémique : « La Ville de Winnipeg a clairement reconnu dans son rapport de État actuel des services en français (SLF) en février 2021 qu’elle contrevient systématiquement à ses obligations en vertu de la partie 9 de la Charte de la ville de Winnipeg. Un exemple éloquent est le fait qu’aucun rapport annuel concernant les services en français n’a été publié depuis 2017 ce qui est en violation directe des obligations de la Ville en vertu de sa Charte de publier un rapport annuellement. »

Un seul interprète au lieu de deux

Michel Lagacé signale avoir déposé sa plainte le 17 mars 2021 via le site de la Ville de Winnipeg. Après plusieurs relances de sa part, une réponse de la directrice des services en français de Winnipeg, Nicole Young, lui est arrivée le

24 janvier 2022. Entre-temps, il a observé les mêmes atteintes se reproduire lors de la réunion du Comité d’orientation permanent le 17 janvier 2022.

Dans la réponse qu’elle a adressée à Michel Lagacé, Nicole Young reconnaît : « Après plusieurs rencontres avec le Bureau du greffier, nous avons compris que nous avions certaines limites quant à notre capacité à fournir le service en français et en anglais pour les résidents qui interagissent avec nos représentants élus. » La directrice des services en français l’informe également qu’un plan quinquennal est en cours de développement en vue de fournir de nouvelles ressources aux services en français.

Contactée par La Liberté, Nicole Young a précisé le dispositif technique des réunions des 15 mars 2021 et 17 janvier 2022 : « Je confirme qu’un interprète est présent pendant les rencontres des comités et des rencontres du Conseil. » Elle détaille également que la traduction est du français à l’anglais et que seuls les conseillers y ont accès.

Or comme elle l’a écrit à Michel Lagacé, « l’interprétation simultanée se fait généralement avec deux interprètes ». Nicole Young explique : « Le poste d’interprète n’est pas un poste à la ville, c’est un contrat qu’on donne à quelqu’un pour les rencontres du conseil et du comité exécutif. » Elle ajoute : « Le préavis que les résidents doivent donner au Bureau du Greffier pour demander un interprète est de 48 heures avant la rencontre. »

Au sujet d’une évolution de ce dispositif et d’un potentiel recrutement d’un interprète à temps plein rattaché à la Ville, Nicole Young admet : « Notre budget de quatre ans prend échéance en 2024. Donc pour les deux prochaines années, on va continuer à fonctionner de la même façon.

« Mais c’est une des choses qu’on a ajoutées dans le plan de cinq ans sur la livraison des services en français, afin de voir si le conseil serait ouvert à proposer plus de ressources pour pouvoir offrir ce service-là de façon plus constante. »

Nicole Young confie que la Direction des services en français dispose actuellement d’un budget annuel de 80 000 $, subventionné par l’Entente Canada-Manitoba relative aux services en français. « La Ville de Winnipeg met 40 000 $ et le Fédéral met 40 000 $. »

Nicole Young complète sur les ressources des services municipaux pour réaliser des prestations en français : « Les services ont un budget opérationnel pour s’assurer qu’ils font la livraison de leurs services, la partie française est inclue là-dedans. »

Un plan encore indéfini

Pas de grandes annonces sur les objectifs du futur plan quinquennal. Nicole Young souligne : « Les objectifs varient de service en service, puisqu’il y a certains services qui sont très avancés avec le respect des exigences du Règlement municipal et de la Charte. Il y a d’autres services qui sont plus au début de pouvoir répondre aux exigences. »

Outre le poste d’interprète, Nicole Young désigne néanmoins une autre priorité : « L’accent que j’ai mis, c’est le personnel. Avoir toute l’information en français sur le site internet ou sur les médias sociaux est excellent. Mais les gens ont des questions par rapport à un service, c’est très important d’avoir des gens disponibles qui puissent y répondre. »

Angela Cassie a réagi au projet de Nicole Young. Elle critique notamment l’absence de consultation de la communauté francophone :

« En janvier 2020, Christian Monnin, président de la SFM à l’époque, s’était présenté en délégation devant le Conseil de la Ville de Winnipeg afin d’appuyer l’adoption d’une recommandation pour que la Ville élabore un plan quinquennal pour les services en français. Nous avions d’ailleurs indiqué que la SFM était heureuse de collaborer avec la Ville afin d’accomplir ce travail. Cependant, aucun suivi substantiel n’a eu lieu à notre connaissance et nous n’avons certainement pas été invités de participer à l’élaboration de ce plan. »

Le plan quinquennal devrait être révélé à la fin de l’année. « La première étape, il sera soumis au comité exécutif, puis par la suite au conseil », annonce Nicole Young. « On espère pouvoir l’envoyer au mois de septembre de cette année. » À la question de savoir si les élections municipales du 26 octobre prochain pourraient influencer le devenir du plan quinquennal, Nicole Young ne se prononce pas : « Je ne peux pas faire de commentaire, la date réelle est encore à l’étude par l’administration publique. »

 

Encadré

État des lieux du personnel bilingue à la Ville

Les chiffres les plus récents communiqués par Nicole Young, directrice des services en français de la Ville de Winnipeg sont ceux qui figurent dans le Rapport annuel de 2017 sur les services en français de la Ville de Winnipeg.

Le rapport liste 18 services municipaux et organismes de services spéciaux disponibles en français :

  • Le Centre d’appel du 311
  • Agence des fourrières
  • Service de l’évaluation et des taxes
  • Bureau du directeur municipal
  • Bureau du greffier
  • Services communautaires
  • Service des finances générales
  • Services de soutien généraux
  • Bureau des conseillers municipaux et Bureau des conseillers du District Riel
  • Organisme de gestion des terrains de golf
  • Bureau du maire
  • Service de l’urbanisme, des biens et de l’aménagement Service des travaux publics
  • Service des eaux et des déchets
  • Service d’incendie et de soins médicaux
  • Direction du stationnement
  • Service de police
  • Régie des transports

Au total, le rapport fait état de 172 postes bilingues désignés par le Règlement municipal de 2002, dont 118 occupés par des employés bilingues. Pour le Bureau du greffier, six postes bilingues sont requis en vertu du Règlement municipal de 2002 et deux sont occupés par des employés bilingues. Pour le Centre d’appel du 311, 10 postes bilingues sont requis et huit sont occupés. Depuis 2018, la direction des services en français a assuré des sessions de formation en présentiel et à distance via Microsoft Teams. 10 sessions ont été offertes aux gestionnaires, six sessions au personnel désigné bilingue et au personnel désigné pour les remplacer. 21 sessions ont également été offertes par le Centre d’appel à leur personnel et six sessions ont été proposées au Centre d’appel pour le personnel embauché.

 

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Photos : 

photo : Marta Guerrero. La Ville de Winnipeg manque à ses obligations de services en français en vertu de sa Charte, estime la présidente de la SFM, Angela Cassie.

photo : Marta Guerrero. Nicole Young, la directrice des services en français, a fait de l’interprétation simultanée une des priorités de son plan quinquennal.

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  • Date de création 4 mars, 2022
  • Dernière mise à jour 4 mars, 2022
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