La récolte de palourdes : une activité menacée?

La saison de la récolte de palourdes bat son plein au Nunavut et il importe à ce sujet de rappeler à la population les règles de sécurité entourant cette activité.
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Karine Lavoie
IJL – Réseau.Presse – Le Nunavoix

Avec une saison de récolte de palourdes déjà bien entamée sur le territoire, le ministère de la Santé du gouvernement du Nunavut s’associe à d’autres organisations pour rappeler que la consommation de mollusques comporte certains risques et présente des recommandations afin que le tout se déroule de façon sécuritaire.

Les mollusques bivalves constituent un élément important du régime alimentaire des Inuits. Dans les dernières années, des événements reliés à la pollution humaine, comme le déversement de 30 millions de litres d’eaux usées dans la baie de Frobisher en 2019, combiné aux effets des changements climatiques, soulèvent des inquiétudes quant à l’avenir de cette pratique.

À consommer sécuritairement

Le Programme canadien de contrôle de la salubrité des mollusques (PCCSM) est un programme fédéral de sécurité alimentaire administré conjointement par l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA), Environnement et Changement climatique Canada (ECCC) et Pêches et Océans Canada. Il vise à minimiser les risques pour la santé associés à la consommation de mollusques bivalves contaminés tels que les moules, les huîtres et les palourdes.

« Historiquement, lorsqu’il n'y avait pas de sources de pollution connues, les gens observaient d’abord si les animaux, notamment les mouettes et les loutres, mangeaient les palourdes avant de se mettre à creuser », explique Samantha Bayard, porte-parole pour les relations avec les médias d’ECCC.

Les palourdes, qui sont des organismes filtreurs, peuvent accumuler les contaminants présents dans leur environnement. Il importe donc de suivre certaines recommandations afin de procéder à une récolte sécuritaire : « Toute personne qui récolte des mollusques bivalves doit s’assurer qu’une zone est désignée comme sûre pour la récolte. La consommation de mollusques contaminés peut entraîner une maladie grave, voire mortelle. Les mollusques ne doivent pas être récoltés à moins de 125 mètres (410 pieds) d’un quai, d’une marina, d’une exploitation aquacole ou d’une maison flottante », informe le département des relations médias de l’ACIA en précisant également qu’aucune récolte ne doit être réalisée dans des zones non surveillées.

Le ministère de la Santé du Nunavut a publié un communiqué de presse le 8 juillet dernier dans lequel il est conseillé à tous les cueilleurs de se renseigner auprès de leur organisation de chasseurs et de trappeurs locale afin de connaître les zones optimales de récolte des mollusques.

Deux phénomènes préoccupants

Les eaux usées municipales représentent une importante source de pollution dans les eaux canadiennes, mais les effets sur les écosystèmes marins de l’Arctique demeurent, quant à eux, relativement inconnus.

Un événement comme celui survenu en 2019 dans la baie de Frobisher, lorsque 30 millions de litres d’eaux usées se sont déversés sur une période de 33 jours, peut s’avérer une source d’inquiétude chez les consommateurs de mollusques. À l’époque, Christina Schaefer, étudiante à la maîtrise au Département des sciences biologiques à l’Université du Manitoba, s’était intéressée à cet incident en se rendant sur les lieux et en y collectant 300 palourdes afin de procéder à leur analyse.

Les résultats de ses recherches indiquent la démonstration « d’une réponse biologique aux effluents d’eaux usées d’Iqaluit et mettent en évidence le potentiel de la mya truncata [nom scientifique de la palourde trouvée dans les eaux de l’Arctique] à agir comme bio-indicateur des eaux usées municipales le long des côtes arctiques au Canada », peut-on lire dans la conclusion de sa recherche publiée le 22 juillet 2021 dans le Canadian Journal of Fisheries and Aquatic Sciences.

Autrement dit, les palourdes situées près de la station d’épuration des eaux usées d’Iqaluit sont moins sécuritaires à consommer, d’où l’importance de choisir des zones optimales pour la récolte.

Les changements climatiques tels que le réchauffement des températures et la modification de la chimie des océans représentent également une menace à la consommation sécuritaire de la palourde dans le futur. « Le réchauffement des températures de l’eau des océans, par exemple, favorise généralement la prolifération d’algues nuisibles et de biotoxines marines. Une fois que ces biotoxines s’accumulent dans les mollusques, elles présentent un risque pour la santé des humains qui consomment les mollusques contaminés », prévient le département des relations médias de l’ACIA.

De son côté, le gouvernement territorial se veut rassurant quant aux risques encourus par la consommation de palourdes au Nunavut : « Si la récolte ou la consommation de palourdes devient dangereuse pour une raison quelconque, y compris des contaminants ou d’autres préoccupations, le ministère de la Santé émet un avis de précaution en matière de santé suggérant aux individus de ne pas récolter de palourdes pendant cette période ou à cet endroit, selon les circonstances », conclut Danarae Sommerville, spécialiste des communications au ministère de la Santé du gouvernement du Nunavut.

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Photo 1
Crédit : Gabrielle Poulin
Légende
La saison de récolte de palourdes est déjà bien entamée au Nunavut.

Photo 2
Crédit : The Munky House sur Flickr

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  • Date de création 20 août, 2021
  • Dernière mise à jour 16 août, 2021
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