La police d’Ottawa «intéressée» à accroître sa présence dans les écoles

Le Service de police d’Ottawa (SPO), qui a mis fin aux programmes d’agents de ressources scolaires il y a quatre ans, est d’accord avec le désir du gouvernement Ford d’accroître la présence policière dans les écoles, a révélé le chef de police Eric Stubbs, en entrevue avec Le Droit.

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Émilie Gougeon-Pelletier

IJL – Réseau.Presse – Le Droit

Le ministre de l’Éducation Paul Calandra a déposé au printemps le projet de loi 33, qui propose de nouveaux pouvoirs étendus afin de renforcer la surveillance des conseils scolaires.

En plus d’octroyer davantage de pouvoirs au ministre de l’Éducation, son projet de loi prévoit obliger les conseils scolaires à mettre en œuvre les programmes d’agents scolaires (PAS), là où ils sont offerts par la police locale.

Fin du programme

Le SPO avait mis fin à ce programme dans toute la ville, en 2021, après que le Conseil scolaire du district d’Ottawa-Carleton (OCDSB) eut voté pour ne plus y participer.

Les 26 agents attitrés aux conseils scolaires d’Ottawa avaient été redéployés dans d’autres domaines où il y avait des besoins, comme les patrouilles de quartier et la lutte contre la violence entre partenaires intimes.

Le chef du SPO, Eric Stubbs, ne souhaite pas rétablir le PAS tel qu’il était offert à l’époque, mais en entrevue avec Le Droit, il s’est dit «intéressé à accroître la présence policière dans les écoles publiques d’une façon plus significative».

«Le projet de loi ouvre évidemment la porte à un retour officiel [de la police] dans les écoles», se réjouit-il.

Nouvelle approche

En janvier dernier, le SPO a proposé une nouvelle approche dans le milieu de l’éducation. Chacun des quatre districts scolaires de la ville a désormais un agent consacré à l’engagement scolaire, mais qui n’est pas basé à même l’école.

Le SPO souhaite élaborer un programme qui répond aux «besoins actuels des écoles, adapté à l’environnement d’aujourd’hui».

Eric Stubbs affirme avoir rencontré, la semaine dernière, le fonctionnaire Robert Plamondon, que la province a nommé comme superviseur du OCDSB, récemment mis sous tutelle, pour «comprendre le nouveau modèle de gouvernance et comment servir les écoles».

Mais même si le OCDSB n’était pas sous tutelle, le projet de loi 33 permettrait au service de police d’Ottawa d’outrepasser l’opposition du conseil scolaire en mettant en place un PAS.

Cornwall: une présence policière qui perdure

Contrairement à la capitale fédérale, où la présence policière dans les écoles avait pris fin en 2021, Cornwall a choisi de maintenir ce lien. Le chef adjoint de la police de Cornwall, Chad Maxwell, estime que cette continuité a contribué à renforcer la sécurité et la confiance dans les établissements scolaires.

«Pour nous, c’est rien que du positif, résume M. Maxwell. Être présents dans les écoles nous permet de prévenir les comportements dangereux, d’intervenir tôt et de bâtir une relation de confiance avec les élèves, les parents et le personnel enseignant.»

À Cornwall, les policiers affectés aux écoles sont sélectionnés en fonction de leur expérience et de leurs aptitudes à interagir avec les jeunes.

«Deux agents sont spécialement assignés aux écoles et participent à la vie scolaire à temps plein, qu’il s’agisse de séances éducatives sur la sécurité en ligne, de formations en cas de confinement (lockdown) ou de médiation entre élèves», ajoute le chef adjoint Maxwell. Cette proximité permet, selon lui, d’identifier rapidement les situations à risque et d’y répondre avant qu’elles ne s’aggravent.

Conscient des inquiétudes soulevées ailleurs au pays, notamment par des communautés racisées, M. Maxwell insiste sur l’importance de l’implication communautaire.

«Cornwall est une petite ville, ce qui facilite le contact humain. Quand je suis entraîneur de baseball ou impliqué au Boys and Girls Club, les jeunes voient que je suis d’abord un membre de leur communauté, un père de famille. Ça contribue à briser les barrières et à bâtir une confiance durable», précisant que son service de police n’est pas destiné à un seul groupe en particulier, mais bien à l’ensemble de la communauté.

Pour M. Maxwell, le projet de loi 33 ne changerait pas fondamentalement la réalité locale: «Les écoles nous veulent déjà sur place, et notre collaboration est solide».

Appréhension chez les communautés racisées

En 2021, on citait des inquiétudes face aux relations tendues entre la police et les élèves et les parents issus des communautés racisées, notamment, pour justifier la fin du PAS à Ottawa.

Le collectif Asilu [Asilu Collective], fondé en 2020 par trois anciens élèves du secondaire à Ottawa pour dénoncer la présence d’agents dans les écoles de la région, avait fait pression sur leur conseil scolaire (OCDSB) pour abolir le PAS.

Le groupe avait publié un rapport comprenant une centaine de témoignages d’élèves, en particulier ceux provenant des communautés noires et autochtones, qui disaient que la présence policière dans l’école les inquiétait, et qu’elle menait à un mauvais environnement d’apprentissage.

Ces inquiétudes ont été partagées, plus récemment, par la Fédération de la jeunesse franco-ontarienne (FESFO).

«Pour nos membres, ce qui les inquiète, c’est l’aspect du racisme systémique, et plusieurs sont inquiets du stress post-traumatique que peut entraîner la présence d’un policier dans leur établissement scolaire», a soutenu la présidente du conseil exécutif de la FESFO, Marie-Claude Bisson, de passage à Queen’s Park, le 20 août dernier, pour dénoncer le projet de loi 33.

«Oui, je comprends bien sûr les sentiments de certaines personnes qui pourraient avoir des problèmes avec la police, que ce soit en matière de confiance ou d’intimidation», reconnaît Eric Stubbs.

—  Eric Stubbs, chef de police d'Ottawa

«Mais je suis convaincu que si les gens ressentent ce genre de chose, soit nous les laissons vivre avec ce sentiment, peut-être pour le reste de leur vie, soit nous élaborons des stratégies avec l’école et la communauté, ou avec les personnes qui rencontrent ces problèmes, et nous essayons de trouver des moyens de renforcer cette confiance, de construire une relation positive.»

Le collectif Asilu tiendra un point de presse à ce sujet, mardi matin, au centre-ville d’Ottawa.

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Photos:

  • Le chef du Service de police d'Ottawa, Eric Stubbs. (Simon Séguin-Bertrand/Archives Le Droit)
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  • Date de création 9 septembre, 2025
  • Dernière mise à jour 5 novembre, 2025
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