La plus belle leçon de l’année

En juin dernier, une simple question a mené une action citoyenne en bonne et due forme de la part des élèves d’une classe de l’école élémentaire Saint-Joseph de Penetanguishene. Les élèves ont demandé pourquoi le site web de la municipalité n’était disponible qu’en anglais et leur enseignante, Mme Anne Perrault, a saisi l’occasion pour enseigner aux élèves comment on peut faire bouger les choses au niveau municipal. Le conseil municipal de Penetanguishene devrait d’ailleurs donner suite à la requête des élèves cet automne.

Hubert Théberge –
IJL Réseau.Presse
– Le Goût de vivre

De l’école à l’hôtel de ville

Ce qui ne devait être qu’un projet dans le cadre du cours d’études sociales, s’est révélé être un avant-goût formateur de la vie citoyenne pour les jeunes de la classe de 3e et 4e années de madame Anne Perrault. L’enseignante de l’école publique Saint-Joseph explique : « J’avais demandé aux jeunes de faire un travail sur leur municipalité d’origine. Alors que les élèves de Tiny pouvaient trouver les informations en français sur le site web de leur municipalité, il était impossible pour ceux de Penetanguishene d’accéder à une version francophone de leur page web. Plusieurs m’ont demandé pourquoi c’était ainsi et j’ai donc proposé à chacun d’écrire un court mot pour poser leurs questions au conseil municipal. J’ai ensuite amalgamé tous les mots en une lettre que j’ai fait approuver par la direction de l’école ».

Voici un extrait de la lettre en question écrite par les élèves : « nous aimerions vous demander s’il serait possible d’ajouter une version francophone au site web de la Ville de Penetanguishene. Cela montrerait que notre ville valorise le patrimoine francophone et qu’elle soutient les jeunes francophones comme nous ».

Mme Perrault a ensuite pris contact avec la municipalité pour savoir si sa classe pouvait aller remettre la lettre en main propre au conseil municipal. L’équipe de la ville lui a répondu que des élus pouvaient se rendre à l’école Saint-Joseph avant la fin de l’année scolaire pour que les élèves leur remettent directement la lettre.

Le maire de Penetanguishene

M. Doug Rawson ainsi que le conseiller municipal et ex-maire Doug Leroux se sont donc rendus dans la classe de Mme Anne pour recevoir la lettre et répondre aux questions des élèves. La lettre a été lue par les élèves en français et en anglais. Les élus ont répondu aux questions des élèves et on fait savoir qu’ils allaient se pencher sur la possibilité d’instaurer une version francophone du site web dès cet automne. Autant les élus que l’enseignante ont été satisfaits de l’expérience : « je suis très fière de mes élèves et les élus ont été très gentils avec eux », partage Mme Perrault.

Une prise de conscience pour la municipalité

Le conseiller municipal Doug Leroux parle français depuis son enfance et considère que la requête des élèves est légitime: « c’était important pour nous d’aller rencontrer et d’écouter les futurs citoyens de notre ville et il nous a fait plaisir de leur répondre que leur demande allait être considérée. Notre visite s’est très bien passée ».

M. Leroux considère l’aspect francophone comme partie intégrante de l’identité de Penetanguishene. Lorsque questionné sur l’importance des francophones dans l’attractivité touristique de la ville le conseiller est inéquivoque : « absolument, la chambre de commerce « Southern of Georgian Bay » fait état, chaque année, de l’afflux de touristes francophones provenant du Québec et des autres régions francophones du Canada qui viennent nous visiter, chaque été. Le français continue d’être l’une de nos belles cartes de visite ».

Doug Leroux a tenu à nous assurer que le conseil municipal et le maire de la ville, Doug Rawson sont favorables à la défense des droits des francophones de la localité : « je tiens à dire que notre maire M. Doug Rawson a toujours été un défenseur des services en français même s’il est lui-même anglophone. Le 1er juillet dernier, lors de notre activité de la fête du Canada au musée Centennial de Penetanguishene, j’ai lu le texte de la reconnaissance des territoires dans les deux langues et M. Rawson a demandé une copie du texte en français pour qu’elle soit faite lors des réunions municipales. Ça été chose faite lors de notre réunion du 9 juillet ».

À savoir si une version francophone du site web de la ville allait effectivement être disponible dans les prochains mois, M. Leroux s’est montré enthousiaste : « dans quelques semaines nous prévoyons rencontrer Sarah Marshall, la coordonnatrice des communications et des technologies de la municipalité. Nous devons attendre quelques semaines, car Mme Marshall est présentement en congé de maternité. Je ne veux pas trop m’avancer, mais je pense que si tout va bien, il est de l’ordre du possible que l’équipe de la ville travaille à une version française du site web prochainement ». Il semblerait que la lettre des élèves ait fait prendre conscience aux élus que Penetanguishene ne pouvait se contenter d’un site web seulement en anglais.

Le prix du bilinguisme

En Ontario, l’aspect le plus délicat de l’offre de services en français est souvent le coût monétaire relié à la traduction ou l’embauche de personnel francophone. Le cas du site web de Penetanguishene ne fait pas exception. La page web de la municipalité de Tiny offre des versions française, allemande, italienne et espagnole de son site, mais ces versions sont des traductions automatiques du site original en anglais. Par automatique il faut entendre que les traductions ont été réalisées avec un programme informatique et ne sont pas précises à 100%. On comprend que l’embauche d’un traducteur professionnel pour l’élaboration d’une version parfaite du site dans une autre langue engage des coûts monétaires.

Le journal s’est entretenu avec la traductrice Nadine Lalonde à propos de la question épineuse des coûts de traduction. Mme Lalonde a déjà réalisé des traductions pour le compte de la municipalité et est convaincue que l’argent est au cœur du manque de disponibilité de version française des documents municipaux : « oui, la traduction peut coûter cher. Cela dépend des priorités. En Ontario, la moyenne varie de 0,20 à 0,35 $ le mot. Par exemple, la page d’accueil du site web de Penetanguishene compte 285 mots et comporte de nombreux menus et liens vers d’autres contenus. Cette page seule coûterait environ 83 $ + TVH ». Selon les taux évoqués par Mme Lalonde on peut présumer qu’une traduction complète du site web faite par une traductrice pourrait coûter plusieurs milliers de dollars.

Nadine Lalonde soutient que malgré les coûts, une traduction professionnelle du site web doit être considérée par les élus pour deux raisons. Premièrement pour le souci de crédibilité : « je ne suis pas capable de lire quelque chose bourré de fautes. Cela nuit à la communication. On ne peut pas se contenter d’une traduction sommaire et imparfaite. Si un anglophone tombait sur un site municipal « sommaire et imparfait », serait-ce pardonnable? », questionne la traductrice.

La seconde raison pour laquelle Mme Lalonde ne considère pas la traduction automatique comme une option valable est l’intégrité de la vision multiculturelle de Penetanguishene. La traductrice explique : « selon la mission et la vision de la ville, on pourrait penser que les origines fondatrices, soit autochtones, métisses, francophones et britanniques, sont toutes respectées. La municipalité mentionne le patrimoine distinct, le respect de l’histoire et la riche culture. Or, la langue est l’un des éléments les plus importants de toute culture ». Un compromis sur la qualité de la langue n’est donc pas acceptable pour Mme Lalonde.

Par ailleurs, la traductrice croit que les élus auraient dû sonder ses citoyens sur la question de la langue depuis longtemps et se doter d’une politique linguistique reflétant les priorités des citoyens.

Malgré l’incertitude concernant le niveau d’une traduction potentielle du site de la municipalité, il reste que l’expérience citoyenne vécue par les élèves de la classe de Mme Perrault devrait s’avérer formatrice pour ces futurs électeurs. L’enseignante s’est dit très satisfaite de la tournure des choses : « je suis fière de mes élèves et je suis contente d’avoir pu les accompagner dans un apprentissage sur la vie citoyenne. C’est un peu de leur montrer comment on peut changer les choses en société ». Le projet d’études sociales aura donné lieu à l’une des plus belles leçons de l’année.

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PHOTOS :

Photo 1 : Présentation classe de 3e et 4e années à l'école St-Joseph (Crédit : Facebook de l’École publique Saint-Joseph)

Photo 2 : Maire Rawson et conseiller Leroux à l'écoute d'un représentant des élèves de 3e et 4e années (Crédit : Facebook de l’École publique Saint-Joseph)

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  • Date de création 21 août, 2025
  • Dernière mise à jour 21 août, 2025
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