La pauvreté infantile est en croissance en Nouvelle-Écosse
Le bureau néo-écossais du Centre canadien de politiques alternatives vient de publier le rapport 2023 sur la pauvreté infantile et familiale, dévoilant que la Nouvelle-Écosse a le plus haut taux de pauvreté de ce type dans le Canada atlantique. Elle est aussi au 4e rang à l’échelle nationale.
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Jean-Philippe Giroux
IJL – Réseau.Presse – Le Courrier de la Nouvelle-Écosse
La province connait une augmentation annuelle historique. « En 2021, le taux de pauvreté des enfants en Nouvelle-Écosse est passé de 18,4 % à 20,5 %, soit une augmentation de 11,4 % », déclare le Centre.
Cette hausse est en grande partie associée aux effets positifs des prestations fédérales au début de la pandémie, qui a permis d’abaisser le taux en 2020.
Et sans l’appui financier de 2021, 36 140 enfants de plus seraient tombés sous le seuil de pauvreté. « Le principal enseignement du bilan de l'année dernière est que l'intervention gouvernementale peut contribuer à réduire la pauvreté », peut-on lire dans le rapport.
Quelque 35 330 enfants, soit un cinquième de tous les jeunes néo-écossais, vivaient dans la pauvreté en 2021. Parmi la tranche d’âge de deux ans et moins, il s’agit d’un enfant sur quatre.
L’influence de l’intervention
La Dr Lesley Frank, co-auteure du rapport et Chaire de recherche du Canada (niveau II) sur l'alimentation, la santé et la justice sociale à l'Université Acadia, travaille avec le Centre canadien de politiques alternatives depuis plus de 20 ans.
Elle précise que le taux de pauvreté de 2021 n’est pas aussi élevé que celui de 2019, mais si la tendance se maintient, les pourcentages vont continuer de monter. « Tout porte à croire que la situation serait pire aujourd'hui », déplore-t-elle.
La Nouvelle-Écosse est en avant-dernière place en ce qui concerne la réduction de la pauvreté infantile, par rapport aux niveaux de 1989, avec une baisse de 16 %. « La Nouvelle-Écosse ne fait pas le poids, si l'on peut dire, en matière d'intervention », dit la Dr Frank.
Il existe certains outils pour aider les familles comme la Prestation pour enfants de la Nouvelle-Écosse, le Crédit d’impôt pour une vie abordable et le Crédit pour la réduction de la pauvreté.
Mais, selon elle, ce n’est souvent pas assez. « Le seuil d'éligibilité se situe bien en dessous du seuil de pauvreté, de sorte que les familles qui peuvent en bénéficier pour passer au-dessus du seuil de pauvreté n'y ont pas accès. De plus, il n'est pas indexé sur l'inflation, ce qui lui fait perdre, année après année, sa capacité à réduire la pauvreté. »
La Dr Christine Saulnier, co-auteure et directrice du bureau néo-écossais du Centre, ajoute que la pauvreté infantile est plus couteuse pour l’ensemble de la société, notamment pour le système de justice pénale et le système de santé.
Les recommandations pour les élus
Le rapport présente une feuille de route avec 12 recommandations, dont la réforme du système de protection de l'enfance et d'aide sociale, l'amélioration du soutien au revenu pour sortir les familles de la pauvreté et la création d'emplois de qualité, pour éradiquer la pauvreté infantile d’ici 2026.
Elle recommande également la création d’une Commission de l'enfance et de la jeunesse. La province travaille sur cette commission depuis plusieurs années. La dernière mise à jour a eu lieu en 2022, lorsque la province a dévoilé ses plans.
Elle serait un outil pour tenir le gouvernement responsable et défendre les citoyens les plus vulnérables, souligne la Dr Christine Saulnier.
Cette dernière attire l’attention sur le fait qu’il y a amplement de ressources dans la province pour aider les personnes dans le besoin et que la décision repose entre les mains des dirigeants. « Il y a assez de richesses ici, commente-t-elle. On doit la partager. »
Elle ajoute qu’il faudrait investir davantage dans le logement abordable, hors du marché.
Plus de deux tiers des familles à faible revenu qui étaient en situation de location en 2021 dépensaient 30 % de leur argent sur les frais de logement.
L’insécurité alimentaire en croissance
En 2021, on comptait 52 000 enfants faisant face à l’insécurité alimentaire, soit un quart de tous les jeunes dans la province.
Selon Statistique Canada, 22 % des Néo-Écossais vivaient dans la précarité alimentaire en 2022 et près d’un tiers des enfants dans la province étaient en situation d’insécurité alimentaire, attirant plus de gens aux banques alimentaires.
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« La faim fait partie de l'enfance pauvre », lance la Dr. Lesley Frank, mais aussi le logement insalubre, ce qui nuit à la santé de l’enfant. On parle d’un retard dans leur développement, du stress toxique, des maladies chroniques, des carences alimentaires, etc.
« Les personnes qui connaissent la pauvreté dans l'enfance sont plus susceptibles de connaitre la pauvreté à l'âge adulte, avertit-elle. Il s'agit donc de cycles générationnels de pauvreté. »
Le document fait remarquer que les communautés noires et autochtones sont de loin les plus touchées. À Freeport et Micmac, 60 % des enfants vivent dans la pauvreté. Le portrait est semblable à North Preston (52,6 %), Wagmatcook (55,6 %) et Eskasoni (57,1 %).
Les régions avec le taux de pauvreté infantile le plus élevé sont : Annapolis, 26 %, Cumberland, 26,1 %, Digby, 27,2 %, le Cap-Breton, 27,6 %, et Queens, 28,5 %.
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- Date de création 8 février, 2024
- Dernière mise à jour 8 février, 2024