La mémoire d’Annie Pootoogook honorée par la Ville d’Ottawa

La mémoire d’Annie Pootoogook honorée par la Ville d’Ottawa

Un parc d’Ottawa sera officiellement nommé à la mémoire de l’artiste inuite Annie Pootoogook. En plus de mettre à l’honneur la femme, cette nouvelle toponymie rappelle la présence inuite au sein de la capitale nationale.
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Karine Lavoie
Initiative de journalisme local – APF – Territoires

Annie Pootoogook est une artiste canadienne inuite connue pour ses illustrations vives et colorées à l’encre et au crayon sur la vie inuite quotidienne. Originaire de Kinngait, l’artiste habitait à Ottawa lorsqu’elle est décédée en septembre 2016, à l’âge de 47 ans.

À la suite d’une longue campagne de lobbying, initiée par Stéphanie Plante en 2019, le conseil municipal de la Ville d’Ottawa a approuvé la proposition de nommer un parc du quartier de la Côte-de-Sable en l’honneur d’Annie Pootoogook, avec le soutien de plusieurs organisations et individus inuits, ainsi que des membres de sa famille.

« [Elle] a été nommée pour l’excellence et le courage dont elle a fait preuve et pour avoir révélé au Canada et au monde entier toute la splendeur de l’art inuit. Ses œuvres reflétaient ses expériences en tant que femme et artiste vivant et travaillant dans un Canada contemporain, et son style novateur et honnête est ce qui a fait sa réputation », résume Dan Chénier, directeur général au Service des Loisirs, de la Culture et des Installations à la Ville d’Ottawa. En approuvant cette demande, la Ville d’Ottawa favorise la préservation de la culture et de la langue autochtones.

Mettre en lumière la femme et la culture inuite

Pour Stéphanie Plante, encore aujourd’hui, il existe peu d’installations qui portent le nom d’une femme, et ce nombre diminue davantage lorsque l’on s’attarde à la représentation autochtone dans la nomenclature des installations d’une ville.

« J’ai trouvé ça bizarre qu’il n’y ait presque pas de noms commémoratifs de femmes sur les édifices municipaux quand les femmes, surtout les femmes francophones, autochtones et racisées, ont tellement eu un grand impact sur la Ville d’Ottawa », explique-t-elle en citant quelques-unes d’entre-elles qui ont su laisser leur marque, dont Gisèle Lalonde, Élizabeth Bruyère, Marion Dewar et Élizabeth Manley. « Pour moi, c’est ma responsabilité que les femmes ne soient pas oubliées dans la topographie de la Ville », ajoute-t-elle.

L’instigatrice du projet croit avoir des descendances mohawks, mais ne se considère pas autochtone. Elle voue cependant un grand respect envers ces peuples et s’intéresse à leur passé difficile, particulièrement l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées. « Ces femmes devraient être commémorées pour que nous n’oubliions jamais l’historique et le parcours des peuples autochtones et que ces victimes sont souvent les plus vulnérables », explique Mme Plante.

Cette commémoration est également une façon de représenter et de préserver la culture inuite : « Je veux que l’art [d’Annie Pootoogook], ainsi que la façon dont elle nous a quittés, soit une leçon pour tout le monde de la résilience et réalité des peuples inuits », affirme-t-elle.

Le parc Annie Pootoogook pourra également se révéler un endroit de recueillement pour certains résidents autochtones et inuits d’Ottawa. « Je crois que les histoires dans l’art d’Annie sont aussi des histoires de solitude, d’amour, de créativité et de souvenirs de la vie de nos amis inuits. Nous pouvons tous nous rassembler dans le parc et apprendre certaines leçons de la vie », affirme Shirley Tessier, résidente d’Ottawa et l’amie d’Annie Pootoogook.

Un processus de nomination rigoureux

Bon nombre de personnes souhaitaient, tout comme Stéphanie Plante, honorer la mémoire de cette artiste. « Outre les nombreux commentaires positifs reçus au sujet de cette commémoration pendant la période de consultations publiques de 30 jours, la candidature était accompagnée d’un grand nombre de lettres de soutien, notamment de la part de divers groupes et organisations et de membres de la famille de Mme Pootoogook », précise Dan Chénier.

Toute demande proposant une nomination est soumise à l’étude par le Programme de noms commémoratifs de la Ville qui est responsable d’établir les critères d’admissibilité régissant les commémorations et d’établir les requêtes à inscrire dans le formulaire de demande. « Ces renseignements sont étudiés avec soin par le conseil municipal avant de décider d’approuver ou non chacune des nominations. Ils figurent dans chaque rapport produit par le Conseil lorsqu’il recommande une désignation commémorative », explique le directeur.

La requête étant à présent officialisée, la prochaine étape consiste à la conception d’une plaque ainsi qu’à la planification d’une cérémonie officielle de dévoilement. « La plaque portera le nom de la personne nommée, et il y sera expliqué les accomplissements qui lui ont valu cette désignation commémorative. Un nouveau panneau de parc sera également installé et expliquera les motifs de la commémoration dans trois langues (anglais, français et inuktitut) », précise M. Chénier.

Stéphanie Plante, qui se souvient du lien particulier qu’entretenait son père avec le peuple inuit alors qu’il travaillait à Iqaluit dans les années 80, a éprouvé une grande satisfaction à la suite de l’approbation de sa demande. « J’ai pensé à lui quand le vote pour le nom du parc a été approuvé, mais surtout à Napachie, la fille d’Annie qui a 8 ans et qui pourra voir le nom de sa maman sur une affiche de la Ville pendant qu’elle joue dans le bac à sable », conclut-elle.

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Photo 1
Crédit : Google Maps
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Le parc Annie Pootoogook se trouve derrière le centre communautaire de la Côte-de-Sable, au 250, rue Somerset Est.

Photo 2
Crédit : Site (media) Inc.
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En septembre 2016, le corps d’Annie Pootoogook a été mystérieusement retrouvé dans la rivière Rideau. Initialement considérée comme suspecte, sa mort a été jugée non criminelle par la police d’Ottawa.

Photo 3
Crédit : Annie Pootoogook
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Homme parlant à la radio, 2006. Une œuvre réalisée par Annie Pootoogook, qui était connue pour ses représentations des activités de la vie inuite quotidienne.

Photo 4
Crédit : Shirley Tessier
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Œuvre d’art qu’Annie Pootoogook a réalisée pour Shirley Tessier : « Je crois qu’Annie était enceinte de huit mois lorsqu’elle m’a donné cette œuvre. Je l’ai toujours interprétée comme si elle aurait souhaité pouvoir rentrer dans sa communauté pour avoir sa fille et être avec sa famille. J’aurais aimé qu’elle puisse y arriver », témoigne Shirley Tessier.

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  • Date de création 3 mars, 2021
  • Dernière mise à jour 3 mars, 2021
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