La Légion forme une équipe pour tendre la main aux anciens combattants locaux
Christian Gammon-Roy
IJL – Réseau.Presse - Tribune : la Voix du Nipissing Ouest
Will Paquette n'a pas eu une carrière militaire aussi longue que celle de certains anciens combattants, mais ses 25 années de travail au sein de la Légion royale canadienne sont remarquables. M. Paquette a passé environ six ans en tant que réserviste, à partir de 2001, et devait être déployé en Afghanistan jusqu'à ce qu'une blessure subie lors d'un entraînement l'en empêche. Malgré cela, les leçons qu'il a apprises sur la fraternité et la camaraderie entre soldats le poussent à faire son travail actuel. En tant qu'agent d'entraide de la Légion de Sturgeon Falls, M. Paquette est chargé d'établir des liens avec d'autres anciens combattants de la région et de veiller à ce qu'on s'occupe d'eux. Il occupe ce poste depuis quatre ans, mais il a récemment franchi une nouvelle étape en créant une équipe de bénévoles qui, comme lui, aident leurs camarades anciens combattants.4
M. Paquette est né à Sudbury et a vécu à Azilda pendant sa jeunesse. Sa famille a ensuite déménagé à Windsor lorsque son père a trouvé un emploi chez Chrysler. Il est resté dans le sud de l'Ontario pendant environ 40 ans et a fini par vivre à Toronto, où il a travaillé comme chauffeur de bus. En 2001, il s'est également engagé dans les réserves de l'armée, où il a travaillé comme commis. À la suite de sa blessure en 2006, M. Paquette s'est installé à Orangeville et s’est inscrit comme membre de la Légion royale canadienne, siégeant au conseil exécutif. Désireux de revenir dans le Nord, M. Paquette a fait ses valises et s'est installé au Nipissing Ouest en 2020. «Il y a quatre ans, je suis allé à la Légion lors d'un vide-grenier, et la présidente et moi avons discuté. Elle a découvert que j'étais un ancien combattant et m'a demandé si j'étais prêt à aider, et j'ai dit «bien sûr»,» se souvient-il. Depuis, M. Paquette sert d’agent d'entraide à la Légion de Sturgeon Falls.
Dans le cadre de son travail, il reste en contact avec les anciens combattants locaux, essaie de les mettre en relation avec les services et les aides dont ils peuvent bénéficier, et tente d'organiser des activités et des événements permettant aux anciens combattants de se réunir et de passer un bon moment. «Il s'agit de veiller à la santé physique et mentale de chacun. Il faut qu'ils sachent qu'on pense à eux. À partir du mois de janvier, nous allons essayer d’entrer en contact avec chacun d'entre eux au moins une fois par mois,» explique-t-il. Un bulletin d'information par courriel est aussi en cours d'élaboration afin d'améliorer la diffusion des annonces d'événements. Cela dit, M. Paquette s'empresse de préciser qu'il n'a pas fait tout ce travail seul au cours des derniers mois.
«J’ai rallié quelques gars ici en ville. Partout où nous rencontrons un vétéran, nous allons lui parler, qu'il sache qui nous sommes ou non. Nous nous présentons, nous leur expliquons ce que nous faisons et s'ils disent «ne m'embêtez pas,» d'accord, d'accord. Nous leur donnons quand même notre carte et leur disons que s'ils ont un problème, quel qu'il soit, nous sommes là pour aider,» explique M. Paquette. Bien qu'il ait travaillé seul au début, M. Paquette admet que c’était une charge lourde pour une seule personne. En répartissant la charge de travail entre cinq anciens combattants, chacun peut se concentrer davantage sur des tâches spécifiques, dispose d'une base de connaissances plus large sur les programmes et les services offerts par Anciens Combattants Canada, et chacun offre une perspective différente grâce à sa carrière et à ses expériences militaires, ce qui lui permet de mieux établir le contact avec les anciens combattants et de les amener à se confier.
«En ce qui me concerne, il y a deux façons de boucler une carrière militaire. C'est soit positif, soit négatif. Si c'est positif, vous vous sentez bien dans ce que vous avez fait et vous êtes fier (…). Si c'est négatif, que ce soit à cause d'un handicap mental ou physique, ou à cause de conflits internes, [...] vous ne cherchez pas à obtenir des avantages. On cherche à s'en sortir et c'est tout. C'est fait. Donnez-moi mes papiers, je m'en vais. Si vous avez des problèmes physiques ou mentaux, la situation va empirer avec le temps,» explique M. Paquette. Selon lui, ces anciens combattants sont souvent trop fiers pour demander de l'aide, donc il faut à son équipe un peu plus de travail pour les atteindre.
Toutefois, M. Paquette assure qu'il est parvenu à percer ces murs et à inciter les gens à accepter la main qui leur est tendue. «Nous nous asseyons et discutons de tout et de rien. Il s'agit simplement de dire «allons prendre un café chez Tim,» de ne pas parler de grand-chose, de parler de la partie des Leafs hier soir, de garder les choses simples. Puis il vient un moment où les gars commencent à s’ouvrir. Une fois qu'ils s’ouvrent un peu, je peux leur donner un dépliant et leur dire, «Hé, ça vient de sortir, qu'est-ce que t’en penses?» (…) Je ne m’impose pas aux gens. Je ne peux pas faire ça, ça va les effrayer et les faire fuir,» explique-t-il. Il ajoute que l'approche en équipe est très utile lorsqu'un ancien combattant a servi dans la même branche que l'un des membres de son équipe; il est alors beaucoup plus facile d'entamer une conversation.
Si M. Paquette se dévoue autant à cette cause, il le doit en partie à son expérience personnelle, ayant été de l'autre côté de la médaille à la suite de sa propre blessure. Il est critique à l'égard du soutien fourni par le ministère des Anciens combattants et le gouvernement. Selon lui, bon nombre des aides actuelles ont été obtenues après de fortes revendications seulement. «Je ne sais pas si vous avez suivi l'actualité, mais les anciens combattants ont mené une lutte acharnée contre le gouvernement,» déclare-t-il.
Un soldat ne peut pas refuser un travail dangereux, c'est inhérent au métier, et M. Paquette pense que le pays a l’obligation de reconnaître cela et de prendre soin de ceux qui font ce travail. «Nous portons l'uniforme, nous n'avons aucun problème à représenter notre pays et à prendre soin des gens qui vivent dans ce pays, mais ce que nous recevons en retour, c’est loin d’être égal,» insiste-t-il. M. Paquette souligne également que, compte tenu de l'état actuel du monde et des conflits qui font rage, même si le Canada n'est pas actuellement engagé dans des combats sur le terrain, nous avons tout de même une présence militaire dans des endroits potentiellement dangereux, et sommes prêts à une escalade. «Des Canadiens et des militaires se trouvent à proximité de l'Ukraine pour assurer la sécurité des citoyens. Partout dans le monde, nous envoyons des gens», explique M. Paquette, ajoutant que toute personne portant l'uniforme est exposée à un risque à tout moment. «Tout peut arriver à tout moment, qu'il s'agisse d'un missile mal orienté ou de n'importe quoi d'autre. Les choses les plus folles arrivent, et il faut être prêt.»
Dans cette optique, M. Paquette affirme qu'il n'y a pas de rôle trop grand ou trop petit au sein des Forces canadiennes. «Vous pouvez être un membre à temps partiel, qui n'a fait que se présenter et se mettre au garde-à-vous au moment du défilé. C'est très bien, car chaque année, tout le monde suit une formation. Tout le monde doit être capable de fonctionner comme soldat,» explique-t-il. C'est cette attitude, selon laquelle chacun est frère d'armes, quel que soit son rôle, qui sous-tend la philosophie de l'équipe de M. Paquette dans son travail pour la Légion. En fait, les services qu'ils offrent sont même ouverts aux anciens combattants non membres de la Légion. «Ils n'ont pas besoin d'être membres de la Légion pour venir, n'importe quel ancien combattant. Je me fiche de savoir si vous avez servi pendant la Seconde Guerre mondiale, la guerre de Corée ou un autre conflit. Vous êtes un ancien combattant. Même si vous n'avez fait qu'être soldat à temps partiel, vous avez revêtu cet uniforme,» insiste M. Paquette.
À l’approche du jour du Souvenir, M. Paquette a également un message à l’intention des personnes qui participent aux cérémonies. Il rappelle qu’il ne s’agit pas seulement de se souvenir des soldats morts depuis longtemps dans des conflits anciens, mais aussi de se rappeler qu’il y a des anciens combattants vivants, ici et maintenant, qui ont également servi et qui méritent d’être reconnus et soutenus. «Le message s'adresse à l'ensemble de la communauté, et pas seulement aux anciens combattants ou à leur famille. En fait, si vous connaissez un ancien combattant qui a besoin d'aide, n'hésitez pas à nous contacter. Faites-nous savoir qui a besoin d'aide, ou proposez-lui des programmes pour l'aider. Il peut s'agir d'une aide pour faire l’épicerie cette semaine, ou si l'ancien combattant est tombé malade et n'est pas en mesure de payer son loyer (…). Qu'il s'agisse d'un besoin financier ou médical, ou même d'un simple transport chez le médecin, n'hésitez pas à nous appeler et à nous faire part de votre situation afin que nous puissions vous aider,» invite-t-il, ajoutant qu'il suffit d'appeler la Légion et de laisser un message. «C'est confidentiel, c'est entre la personne à qui vous parlez et l'ancien combattant lui-même,» ajoute-t-il, assurant qu'il n'y a pas lieu d'avoir honte de demander de l'aide.
Photo : Al Holden, Pat Keough, Mike Lalonde et Will Paquette, agents d'entraide de la Légion royale canadienne, section 225 à Sturgeon Falls, travaillent ensemble pour venir en aide aux anciens combattants locaux.
Crédit photo : Christian Gammon-Roy
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- Date de création 7 novembre, 2024
- Dernière mise à jour 22 novembre, 2024