La Journée nationale de la vérité et de la réconciliation : À nous d’écrire la suite
La Voix acadienne - Notre société est régulièrement invitée à se sensibiliser à une multitude de causes. Certaines paraissent marginales, d’autres rassemblent plus largement, mais toutes suivent en quelque sorte l’air du temps, au gré duquel notre engagement fluctue. La Journée nationale de la vérité et de la réconciliation quant à elle, nous ramène à une histoire ancrée dans le territoire : celle du peuple fondateur de l’Île et des sévices qu’il a subis aux mains d’une autorité puissante et peu à l’écoute de ses besoins.
Eric Bergeron / IJL – Réseau.Presse – La Voix acadienne – ATL
Lori MacAdam s’élance d’un pas vif et assuré pour retirer un titre de la tablette bien garnie de livres à thématique autochtone. Directrice provinciale des services français de bibliothèque, elle s’assure que le grand public, y compris les enseignants, aient des ressources à leur disposition pour présenter des sujets variés.
« Les professeurs font un travail remarquable, dit-elle. Ils ont su rapidement intéresser les élèves et stimuler leur imaginaire grâce à des titres comme La petite robe rouge. »
Sourire aux lèvres, elle ajoute : « Notre collection autochtone, facilement accessible sur le site des Bibliothèques publiques de l’Île-du-Prince-Édouard, regorge d’ouvrages tous plus intéressants les uns que les autres. On y compte à ce jour 139 titres en français, allant des mémoires aux romans, en passant par des recueils de poésie. »
Les efforts de sensibilisation auraient ainsi réussi à éveiller l’intérêt de plusieurs jeunes lecteurs. Les titres d’auteurs et de sujets autochtones gagnent en popularité selon elle.
La conscientisation à la source de l’éducation
Après six années de pédagogie sociale et de pédagogie par la nature axée sur la réconciliation à titre d’enseignante, de directrice et de directrice-adjointe de l’École Saint-Augustin, Julie Gagnon reste plus convaincue que jamais d’être sur la bonne voie. « Nous formons les leaders de demain et il nous revient de bien les éduquer. Les encourager à s’interroger non seulement sur leurs expériences et leurs points de vue, mais aussi à voir l’envers de la médaille ».
L’École Saint-Augustin compte parmi les premiers établissements scolaires au pays à avoir hissé le drapeau mi’kmaq à l’entrée de son bâtiment. « Il nous manquait un poteau et la Commission scolaire n’a pas mis longtemps à nous en fournir un », souligne l’enseignante.
Parmi les pratiques inspirées des traditions autochtones et enseignées aux élèves, on retrouve notamment le bâton de la parole : celui ou celle qui le tient bénéficie de l’attention du groupe avant de le transmettre au prochain interlocuteur. Un geste simple, mais porteur, qui illustre bien les valeurs de respect et d’écoute que les enseignants souhaitent transmettre.
Co-auteure du livre La petite robe rouge, Julie Gagnon insiste également sur l’importance du rôle des parents. Les familles des quelque 53 élèves de l’école soutiennent activement les efforts de sensibilisation menés auprès des jeunes.
Karen LeBlanc, directrice de l’École-sur-Mer, encourage les enseignants et les élèves à porter du orange pour marquer la Journée du chandail orange. «Ici, nous ferons l’activité le 29 car les écoles sont fermées le 30, depuis que c’est jour férié. Les élèves et les membres du personnel sont invités à porter du orange, mais personne n’est obligé d’acheter un chandail juste pour cette journée», dit la directrice. S’ensuivent des discussions en classe, où la vérité et la réconciliation occupent une place centrale. « Nous avons un taux de participation élevé », se réjouit-elle.
Étudiant au baccalauréat en histoire à l’Université de Moncton et président de Jeunesse acadienne et francophone de l’ÎPÉ, Hayden Cotton ne peut pas dire si l’avènement de la Journée nationale de vérité et de réconciliation, le 30 septembre, sera retenue par l’histoire comme ayant changé quelque chose. «Personnellement, je trouve que si on veut avancer, il faut plus qu’une journée pour comprendre les relations avec les autochtones, et aussi plus qu’une journée pour que nos jeunes soient suffisamment sensibilisés.»
Le message passe-t-il dans le grand public?
Alors qu’à l’école, c’est relativement facile de faire passer un message, qu’en est-il dans la population en général ? Alors qu’il faisait ses emplettes à la Coop de Wellington, Gene Bovaird n’a pas hésité à donner son point de vue.
« C’est une tragédie de constater à quel point ces pauvres gens traînent aujourd’hui de lourdes séquelles », a-t-il confié.
Plombier de métier, Gene se souvient d’une intervention récente qui l’a profondément bouleversé. Après quelques échanges techniques au sujet de la tuyauterie du sous-sol, son client, un homme d’origine mi’kmaq, s’est effondré en larmes, multipliant les excuses.
« Ça n’a pas été long avant qu’il partage avec moi comment ses angoisses prennent souvent une ampleur démesurée. Le traitement qu’il a subi tout au long de son séjour dans une école résidentielle de jour l’a démoli. Tout ce qu’il demandait, c’était d’être traité avec respect, comme n’importe qui. »
Gene avoue avoir lui aussi fondu en larmes ce jour-là. « J’y repense souvent et je me demande s’il va bien. »
Du côté de chez L’nuey
Sean Doke, coordonnateur de la Gouvernance et des Communications chez L’nuey, rappelle que la réconciliation se vit d’abord au niveau individuel. «Grâce à la communication numérique, entre autres, les membres de la communauté se sentent entendus. Plusieurs choisissent alors de partager les épreuves qu’ils ont été forcés de vivre dans les pensionnats et écoles de jour. D’autres ne sont pas encore prêts à le faire eux-mêmes, mais ils écoutent — et cette écoute est déjà une étape importante», dit le jeune homme.
Établie en 2019, L’nuey est une initiative qui se concentre sur l’avancement, la mise en œuvre et la protection des droits ancrés dans la constitution des Epekwitnewaq Mi’kmaq (Mi’kmaq de l’ÎPÉ).
« La communauté s’est engagée à partager ses histoires et ses savoirs, afin de franchir ensemble un pas vers un avenir plus prometteur. Nous sommes un peuple reconnu pour notre force d’adaptation. Notre survie dépend de notre capacité à vivre avec les moyens qui sont à notre disposition aujourd’hui», dit Sean Doke.
En bref
Rappelons qu’au Canada, 150 000 enfants autochtones ont été retirés de force à leurs familles et placés dans des pensionnats. Les enfants autochtones recevaient des prénoms eurocentriques, étaient contraints de se couper les cheveux et n’avaient pas le droit de parler leur propre langue.
Lorsqu’ils quittaient ces établissements pour retourner ensuite dans leurs communautés d’origine, ces enfants étaient perdus, n’ayant pas acquis les connaissances, les compétences ou les outils nécessaires pour s’adapter à l’un ou l’autre de ces mondes.
Les répercussions de leur placement en pensionnat continuent de se faire sentir sur les générations suivantes, ce que l’on appelle le « traumatisme intergénérationnel ».
PHOTOS :
1- Le drapeau mi’kmaq, le drapeau acadien, celui de l’Île-du-Prince-Édouard et le drapeau canadien ornent l’entrée de l’École Saint-Augustin. (Photo : Éric Bergeron)
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- Date de création 1 octobre, 2025
- Dernière mise à jour 1 octobre, 2025