La hausse alarmante de l’itinérance dans les zones rurales de l’est et de l’ouest (partie 2) 

Dans le cadre d’une recherche sur le sans-abrisme, l’Université Acadia et l’Université du Cap-Breton ont chacune documenté une hausse marquante de l’itinérance dans les régions rurales de l’ouest et de l’est de la province.

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Farida Agogno 

IJL – Réseau.Presse – Le Courrier de la Nouvelle-Écosse - Atl

Kimm Kent, directrice des services de soutien et d’éducation par les pairs (POSSE), estime que cette augmentation d’itinérance est le résultat de plusieurs facteurs interconnectés.

La COVID-19 a, selon elle, causé une crise mondiale et des bouleversements économiques qui ont poussé une hausse de déménagement vers la province avec une augmentation des loyers sans aide financière équivalente.

«C’est une situation triste, et cela souligne que des personnes se retrouvent sans logement dans un pays aussi prospère que le Canada», avance Alec Stratford, directeur général du Collège de travailleurs sociaux de la Nouvelle-Écosse.

Tout comme Mme Kent,  M. Stratford soutient qu’il y a un manque d’investissement gouvernemental dans les logements abordables ainsi qu’une absence de régulation du marché immobilier.

Il ajoute qu’historiquement, les personnes avec des troubles complexes de santé mentale ou des dépendances se retrouvaient souvent sans domicile fixe.

Néanmoins, il précise que ce profil évolue, et qu’aujourd’hui même, des personnes salariées, mais précaires, ont du mal à se loger. «Il y a aussi un stigmate persistant envers ceux qui ont des troubles mentaux complexes, avec l’idée répandue que “si seulement ils trouvaient un emploi”, le problème serait résolu, dit-il. Or, la Nouvelle-Écosse affiche le plus grand écart au pays entre le salaire minimum et le revenu viable. Ce n’est donc pas si simple.»

De plus, Mme Kent souligne également que l’absence de transport adéquat aggrave la précarité: les gens ne peuvent pas se rendre à leurs rendez-vous, à leurs audiences judiciaires, ou à leurs centres de soutien. Cela les rend plus susceptibles d’enfreindre certaines obligations, non par mauvaise volonté, mais par manque de moyens.

Et cela conduit parfois à des échanges de services risqués pour combler les besoins essentiels, comme les rendez-vous médicaux, les courses, l’aide administrative, voire le maintien de leur emploi. Sans transport, rester en emploi devient presque impossible et sans emploi, la spirale vers l’itinérance s’accélère.

Pour Mme Kent il faut plus de logements accompagnés et transitoires, plus d’accompagnement personnalisé et surtout une décentralisation des services. «Beaucoup de personnes vivant en milieu rural ne souhaitent pas aller en ville, avance-t-elle. L’environnement urbain peut être intimidant et plus dangereux. Cette migration forcée augmente leur vulnérabilité.»

M. Stratford abonde dans le même sens, affirmant que les ressources sur le terrain sont insuffisantes en matière de services en santé mental et logement abordable.

Donc pour se faire, il pense qu’il faut instaurer un véritable contrôle des loyers, geler les loyers, définanciariser le logement, et dissocier le marché immobilier du besoin fondamental d’habitation.

«La réalité, c’est que la crise du logement ne peut pas être résolue uniquement par le marché privé, souligne-t-il. L’idée qu’augmenter l’offre suffira à rendre le logement abordable est un mythe. Ce qu’il faut, ce sont des régulations fortes, des programmes publics robustes, et une véritable politique de logement public.»

Par ailleurs, Mme Kent ajoute qu’il faut augmenter l’aide sociale ou mettre en place un revenu de base pouvant garantir les besoins dans une approche respectueuse des droits de chacun.

«Je veux simplement rappeler que la majorité des Canadiens ne sont qu’à deux chèques de paie de vivre dans la rue, rapporte-t-elle.  Gardons notre compassion. Les personnes itinérantes sont avant tout des êtres humains, et elles méritent notre soutien, notre respect, et notre solidarité.»

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  • Date de création 14 août, 2025
  • Dernière mise à jour 14 août, 2025
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