La communauté de l’Ud’O vent debout contre la fermeture de sa garderie
Professeurs, étudiants, employés, une soixantaine de membres de la communauté de l’Université d’Ottawa s’est rassemblée vendredi pour marcher contre la fermeture anticipée de la seule garderie qui leur est dédiée sur le campus.
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Par Clémence Labasse
IJL - Réseau.Presse - Le Droit
La garderie Bernadette, la seule garderie disponible sur le campus de l’Université d’Ottawa (Ud’O) est en voie d’être démolie, et aucune alternative pour sa sauvegarde n’est pour le moment considéré par l’administration universitaire.
Pour les membres de la communauté universitaire rassemblés vendredi, la situation est inacceptable. Professeurs comme étudiants, parents ou non, ils étaient présents pour faire entendre leur voix, pancartes brandies et vuvuzela à la main.
«Je trouve que ça n’a aucun sens qu’une grande institution comme l’Université d’Ottawa n’ait pas de garderie. Il y a des milliers de femmes qui travaillent ici, des dizaines de milliers d’étudiantes. Certaines ont des enfants et elles ont besoin de cette tranquillité d’esprit pour pouvoir travailler», commente le professeur titulaire au département de psychologie, Denis Cousineau.
La garderie Bernadette est un centre de garde bilingue à but non lucratif actif sur le campus depuis plus de 35 ans. Elle emploie 16 instructeurs et accompagnateurs et accueille une cinquantaine d’enfants, en priorité ceux des parents de la communauté universitaire. Ses locaux lui sont offerts gratuitement par l’Université depuis sa création.
Située dans un complexe de résidences que l’Université a condamné depuis 2018, la garderie attend des nouvelles sur son sort depuis 2021. C’est la date à laquelle l’Ud’O avait annoncé la démolition prochaine de ces bâtiments, et expliquait «[n’être] malheureusement pas en mesure d’offrir d’autres locaux répondant aux normes très strictes imposées aux services de garde agréés».
Quatre ans plus tard, l’avenir de la garderie est toujours en suspens, et les discussions sur sa sauvegarde sont au point mort.
Plus aucune négociation
«Il nous faut un emplacement alternatif, et nous voulons un engagement de l’Université pour nous aider à trouver cette alternative», explique Natalie Bruvels, présidente de la coalition Bernadette, un groupe intersyndical qui lutte pour la sauvegarde de la garderie.
La coalition Bernadette compte parmi ses soutiens le SCFP 2626 (CUPE), le centre de ressources féministes du syndicat étudiant de l’Ud’O, l’association des professeurs de l’Université et le groupe de recherche d’intérêt public de l’Ontario.
«Présentement, il n’y a aucune discussion ouverte avec l’Université. Nous avons reçu quelques réponses de l’administration, par courriel. L’une d’entre elles est qu’il n’y a pas d’espace sur le campus. Nous n’y croyons pas: il y a des centaines de bâtiments sur le campus et il est possible de rénover les bâtiments. Il nous faut une solution créative, et surtout une volonté institutionnelle.»
Si aucune solution n’est trouvée et que la garderie est contrainte de fermer ses portes, l’Ud’O deviendrait la seule grande université de recherche au Canada à ne pas offrir des services de garde dédiés à sa communauté.
Contactée par Le Droit, l’Ud’O n’a pas répondu à nos questions concernant la possibilité d’une relocalisation de l’organisme.
Le directeur des affaires publiques, Jesse Robichaud, réitère le message que l’Université communique depuis 2022 sur le sujet.
«Après des discussions supplémentaires [avec la garderie en 2022], nous avons accepté la demande de l’organisation de continuer à utiliser ses espaces actuels, avec l’engagement de donner un préavis de six mois avant la démolition, sauf si cela n’est pas possible pour des raisons de sécurité. Nous continuons à respecter cet accord.»
Nombre de garderies sur les campus des 14 autres grandes universités canadiennes (U15), qui donnent la priorité aux membres de la communauté universitaire, et leurs capacités d’accueil.
- Université d’Alberta: 6 garderies affiliées — 333 places
- Université de la Colombie-Britannique: 1 garderie, 760 places
- Université de Calgary: 1 garderie, deux emplacements — 96 places
- Université Dalhousie: 1 garderie, au moins 60 places*
- Université Laval: 4 garderies — 250 places
- Université du Manitoba: 1 garderie —138 places
- Université McGill: 2 garderies —142 places
- Université McMaster: 2 garderies — 133 places
- Université de Montréal: 2 garderies — 240 places
- Université Queen’s: 1 garderie — 81 places
- Université de la Saskatchewan: 2 garderies — 180 places
- Université de Toronto: 6 garderies 315 places
- Université de Waterloo: 3 garderies, au moins 290 places*
- Université Western: 1 garderie — 49 places
*Données incomplètes sur la capacité de certains services de garde
Un service indispensable
Pour Rebecca*, enseignante à l’Université et mère de famille, avoir accès à la garderie a été pour elle une bouée de secours.
«Comme beaucoup avant moi, je suis venue à Ottawa pour travailler, une ville où je n’avais pas de système de soutien social sur lequel compter. Élever un enfant dans ces circonstances est un défi incroyable, raconte la mère de famille. C’est pourquoi la présence d’une ressource comme Bernadette a été une véritable bénédiction. Chaque matin, mon fils court vers ses éducateurs, tout joyeux, les bras grands ouverts. Savoir qu’il est en sécurité dans un lieu où il est aimé et peut s’épanouir me permet d’aller au travail avec une réelle tranquillité d’esprit.»
Organiser la marche la veille de la Journée internationale des droits des femmes n’était pas un choix anodin pour la coalition.
«Avoir à expliquer pourquoi il est important d’avoir des services de garde pour les enfants sur le campus, c’est retourner 50 ans en arrière! Lorsqu’on se battait pour la création de crèches et pour que les femmes aient le droit d’aller à l’université et de faire carrière.
- Natalie Bruvels
«La prise en charge des enfants est un enjeu féministe. C’est encore très majoritairement les femmes qui s’occupent des enfants. Et si vous regardez qui est le groupe démographique le plus pauvre au Canada, ce sont les mères célibataires. Or, le meilleur indicateur de résultats positifs dans un foyer de mère célibataire est son niveau d’éducation supérieur», poursuit-elle.
Pour Philippe M. Frowd, professeur à l’école d’études politiques, l’Ud’O se défait d’une de ses responsabilités envers ses employés et ses étudiants.
«Nous ne protestons pas seulement contre la fermeture de la crèche. Nous défendons l’équité, l’accessibilité et le soutien aux familles de notre campus et à la communauté de l’Université, souligne-t-il. Ce n’est pas une simple décision administrative. C’est une décision personnelle. Elle nous concerne tous ici en tant qu’individus, en tant que parents, en tant qu’éducateurs, et membres de cette communauté. Nous sommes les personnes qui contribuent à la vitalité et au succès de cette institution. Écoutez-nous».
Une bataille de très longue date
Au-delà de la pérennité de l’établissement Bernadette, les différents syndicats universitaires demandent à l’Université d'étendre son offre de services de garde depuis des dizaines d’années.
«Quarante-neuf places pour une communauté de 50 000 personnes, ce n’est pas assez», souligne Natalie Bruvels.
En 2016 par exemple, l’équipe de négociation du syndicat des professeurs (APUO) avait présenté des demandes pour élargir et améliorer les services de garde offerts sur le campus. Selon une enquête réalisée auprès de ses membres à l’époque, 9 % seulement utilisaient les services du centre, mais la moitié des répondants indiquaient qu’ils l’utiliseraient si une place se libérait. Plus de 600 enfants étaient alors inscrits sur la liste d’attente de la garderie Bernadette.
Il y a 20 ans, un projet de relocalisation et d’agrandissement de la garderie avait été engagé, mais celui-ci ne s’est jamais réalisé. Dans ses négociations syndicales les plus récentes, l’APUO a tenté d’inclure des dispositions sur la garde d’enfant, sans succès.
La coalition Bernadette se dit ouverte à une myriade de possibilités et de solutions pour que les services de garde dédiés à la communauté soient sauvés et étendus.
«Nous pensons que l’université aimerait peut-être commencer à percevoir des loyers, et nous devons avoir cette conversation parce que cela pourrait être une possibilité, avec le nouveau modèle de financement des crèches à 10 dollars par jour et tous les fonds fédéraux supplémentaires», explique la présidente de la coalition Bernadette.
Pour le moment cependant, l’Université refuse de discuter.
*Le nom a été modifié.
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Photos:
Titre: LD_ManifBernadette1 | Une pancarte lors du rassemblement pour la protection de la garderie bilingue Bernadette, vendredi 7 mars. (Clémence Labasse/Le Droit)
Titre: LD_DenisCousineau | Denis Cousineau, professeur titulaire au département de psychologie, était parmi les participants de la marche du 7 mars. (Clémence Labasse/Le Droit)
Titre: LD_ManifBernadette2 | «Les parents ne peuvent pas se passer de services de garde, alors pourquoi l'Université d'Ottawa peut-elle se le permettre», pouvait-on lire sur une pancarte.
Titre: LD_NatalieBruvels | Natalie Bruvels, présidente de la coalition Bernadette, un groupe qui se bat pour la sauvegarde de la seule garderie du campus universitaire. (Clémence Labasse/Le Droit)
Titre: LD_ManifBernadette3 | Une soixantaine de personnes issue de la communauté universitaire a marché pour mettre en valeur l'importance des services de garde offerts aux parents sur le campus. (Clémence Labasse/Le Droit)
Titre: LD_PhilippeFrowd |Phillippe Frowd, professeur agrégé à l'École d'études politiques de l'Université d'Ottawa et représentant syndical, était présent avec ses enfants, Lena (7 ans) et Mikaël (4 ans). (Clémence Labasse/Le Droit)
Titre: LD_ManifBernadette4 |Les différents syndicats de l'Université d'Ottawa étaient tous présents lors de ce rassemblement. (Clémence Labasse/Le Droit)
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- Date de création 10 mars, 2025
- Dernière mise à jour 10 mars, 2025