Jour de l’agriculture: des lacunes à combler

Le 11 février marque le Jour de l'agriculture canadienne. Chaque année, cette journée donne l’occasion à l’industrie agroalimentaire de se faire belle et de célébrer ses bons coups. Mais en 2025, au moins un organisme dresse un sombre constat: les consommateurs sont mal informés. Et ils s’en foutent.

 

Jean-Marc Dufresne

IJL – Réseau.Presse – Agricom

« Plus que jamais, il importe d’amorcer la conversation avec les Canadiens et Canadiennes », affirme Lisa Bishop-Spencer, directrice exécutive du Centre canadien pour l'intégrité alimentaire (CCIA). « L’industrie agroalimentaire dans son ensemble est un système innovant et dynamique qui met sur notre table, des aliments de qualité et d’origine canadienne. »

Perte de confiance

Jusqu’à tout récemment, de moins en moins de consommateurs canadiens se disaient d’avis que l’industrie agroalimentaire s’en allait dans la bonne direction. Spontanément, on pourrait penser que les hausses continues des prix des aliments seraient à blâmer; cependant, la directrice du CCIA en fait une lecture différente.

« La désinformation véhiculée par des influenceurs sur certains réseaux sociaux comme Tik Tok induit de fausses croyances sur la provenance des aliments ou ce qui est sain et ce qui ne l’est pas, tout comme les normes de salubrité. On constate aussi que chez les milléniaux, les jeunes mamans subissent une certaine influence de leur mère et de leur grand-mère de la génération X et des Baby-Boomers. »

Selon elle, l’industrie alimentaire doit établir un dialogue, non seulement pour parler de ce qu’ils font, mais aussi pour être à l’écoute des questionnements et des besoins de ces consommateurs.

Directeur scientifique du Laboratoire de sciences analytiques en agroalimentaire à l’Université Dalhousie, Sylvain Charlebois partage cet avis. « Cela dit, la hausse continue des prix des aliments demeure un facteur clé. Lorsqu’un consommateur voit son panier d’épicerie coûter de plus en plus cher sans toujours comprendre pourquoi, il est naturel qu’il remette en question les intentions des acteurs du secteur. La perception d’une "inflation déguisée" ou de pratiques commerciales discutables par certains détaillants n’aide pas non plus. »

D’où, selon lui, l’importance d’une communication plus transparente et pédagogique sur les coûts de production, les marges des différents maillons de la chaîne et l’impact des politiques publiques. L’agroalimentaire est un secteur complexe, influencé par des variables mondiales comme la météo, les conflits géopolitiques et les coûts énergétiques, un message qui passerait difficilement auprès du grand public.

Merci Trump?

Étrangement, c’est peut-être à l’imposition de tarifs sur les exportations canadiennes imposées par le président américain que l’on doit un retour, une certaine faveur populaire pour l’aliment canadien.

« On l’a vu, l’imposition de tarifs a choqué beaucoup de gens ici et leur réaction a été de dire qu’ils allaient privilégier des produits canadiens », dit Mme Bishop-Spencer. « C’est une belle occasion de célébrer l’agriculture, montrer sa fierté par des photos, des vidéos, des messages d’amour et participer aux activités organisées dans les fermes participantes. »

À terme, le CCIA aimerait hisser l’industrie agroalimentaire au même niveau que la santé et l’éducation dans les priorités des Canadiens et Canadiennes.

Présidente du Réseau agroalimentaire de l’Est ontarien (RAEO), Sylviane Dutrisac fait écho aux propos du CCIA: « Les petits producteurs et transformateurs de l’Est ontarien sentent définitivement un engouement renouvelé pour les produits locaux et régionaux, un peu comme ce qu’on a connu durant la pandémie », dit-elle.

Adopter de nouvelles habitudes

Selon elle, il fut un temps où les prix des produits frais de la ferme étaient plus élevés qu’au supermarché, une situation qui a changé. « On entend de plus en plus les gens dire que s’ils doivent payer 8$ la douzaine d'œufs, autant se les procurer directement du producteur. »

Elle-même agricultrice et transformatrice, Sylviane croit qu’on peut changer ses habitudes, par exemple en adaptant sa diète aux saisons. « On consomme les fruits et légumes frais en saison, mais on peut aussi s’en faire des conserves pour ne pas se priver en hiver. En plus, on trouve plusieurs producteurs qui cultivent toute l’année en serre pour garantir un approvisionnement constant en légumes et micropousses frais. »

On dit qu’il faut 21 jours pour changer une habitude. Toutefois, des études scientifiques parlent davantage de 18 à 254 jours; la moyenne est de 66 jours. En commençant maintenant, le consommateur pourrait s’être entièrement départi de ses anciennes habitudes dès la mi-avril.

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Légende photo 1 : Le 11 février est le Jour de l'agriculture.

Légende photo 2 : Lisa Bishop-Spencer rappelle que l’industrie agroalimentaire est un système innovant et dynamique

Légende photo 3 : Sylviane Dutrisac se réjouit de voir un retour de l'engouement pour les produits locaux.

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  • Date de création 6 février, 2025
  • Dernière mise à jour 6 février, 2025
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