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  • Date de création 17 décembre, 2021
  • Dernière mise à jour 17 décembre, 2021

«Jouer de la musique, c’est ressentir le langage de l’harmonie»

Depuis neuf ans, Mark Shapiro dirige l’orchestre symphonique de l’Île-du-Prince-Édouard.  Ce musicien américain, parfaitement bilingue, partage sa vie d’artiste entre New-York, le Canada et la France.  Le chef d’orchestre évoque son histoire personnelle, son amour de la scène, mais aussi les rigueurs du métier et les vertus de la musique.

 

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Propos recueillis par Marine Ernoult

IJL – Réseau.Presse – La Voix acadienne

 

 

 

À 54 ans, Mark Shapiro entame sa neuvième saison avec l’orchestre symphonique de l’Île-du-Prince-Édouard. Le chef d’orchestre, originaire des États-Unis, a étudié la musique à l’université américaine de Yale, avant de partir sept ans en France où il a notamment suivi des cours à l’École Normale de Musique de Paris et exercé ses talents dans plusieurs conservatoires.  Pour La Voix acadienne, il revient sur son parcours, sa passion pour la musique et la scène.

Qu’est-ce qui vous a amené à la musique?

C’est une histoire de famille, mon père jouait de la guitare et chantait des airs folkloriques, avant lui, mon grand-père, rabbin et conteur, jouait de la musique dans sa synagogue.  Durant toute mon enfance et mon adolescence dans le New Jersey, j’ai été exposé à la musique classique.  On écoutait des opéras de Giacomo Puccini dans le salon.  On assistait à des concerts de Léonard Bernstein.  Avec ma sœur, on suivait des cours de piano en duo, on avait aussi des cours de chant.

Pourquoi avoir choisi de devenir chef d’orchestre?

Ça remonte à très loin.  Les concerts que j’ai vus, petit, m’ont marqué, je voulais déjà être à la place du chef d’orchestre.  À six ans à peine, j’ai amené à l’école deux baguettes de cuisine chinoise, des cymbales et le disque de Casse-Noisette de Tchaïkovski… je voulais diriger mes camarades de classe pour mon premier concert.  Quand on dirige, on sent la musique dans ses bras.  Comme un fluide invisible, une matière que vous gouvernez, vous pouvez en faire n’importe quoi, lui donner de l’élan, un phrasé.

Pouvez-vous décrire la vie d’un chef d’orchestre?

Il faut beaucoup étudier, analyser les partitions, les apprendre.  C’est à la fois technique, cérébral et créatif, j’adore ça.  On passe des heures, assis dans un fauteuil, une partition en main, à tenter de formuler l’idée intérieure des sonorités, à essayer de comprendre la pensée du compositeur.  C’est tellement difficile d’attraper la signification de la musique, sa poésie sonore.  Après, il faut inlassablement répéter avec l’orchestre, la direction demande énormément de pratique.  Attaché à partager mes connaissances, j’enseigne également la direction dans deux écoles new-yorkaises et je travaille avec des compositeurs contemporains pour monter leurs créations.

Que représente la musique pour vous?

Je réfléchis depuis longtemps à cette question.  Jouer de la musique, c’est ressentir le langage de l’harmonie, c’est explorer de puissantes tensions, parfois bouleversantes.  On est dans l’indicible, l’incommunicable.  Une œuvre peut vous faire pleurer, et à un moment l’espoir revient, un majeur qui arrive soudain, vous ne vous y attendez pas, et ensuite ça se referme.  Cette année, nous avons joué Le nouveau monde d’Antonin Dvořák avec l’orchestre symphonique de l’Î.-P.-É.  Dans cette œuvre, il y a plusieurs passages qui crient à l’intérieur et d’autres plus doux.

Quelles sont les œuvres que vous préférez interpréter?

C’est difficile à dire, tout m’intéresse.  J’aime autant les nouvelles créations que les sonates de Ludwig van Beethoven ou les opéras de Piotr Ilitch Tchaïkovski.  Un morceau extraordinaire de beauté et de complexité m’a néanmoins particulièrement marqué.  Il s’agit de l’œuvre Le Vin Herbé du compositeur suisse Frank Martin, qui évoque l’histoire tragique de Tristan et Iseut.

Que ressentez-vous sur scène?

De la joie.  Les musiciens et le public donnent, je reçois, et je fais la synthèse de toutes ces émotions.  Il y a aussi un intense plaisir sensoriel et physique.  Cette année est encore plus particulière: après deux ans d’interruption à cause de la COVID-19, je rejoue enfin avec l’orchestre symphonique de l’Île-du-Prince-Édouard. C’est fantastique de reprendre.

Recherchez-vous la perfection?

J’ai le goût de la perfection, mais sans être obnubilé par la technique.  Le but est de sentir l’énergie dans la salle et d’atteindre le public.

 

 

 

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