«Je devais travailler dix fois plus que les autres, parce que j’étais noire»

«Je devais travailler dix fois plus que les autres, parce que j’étais noire»

À l’occasion du Mois de l’histoire des Noirs, un spectacle était organisé, mardi 23 février, au théâtre The Guild à Charlottetown, mettant en scène des personnes noires ayant particulièrement réussi dans leur vie professionnelle. Député, épidémiologiste ou artiste, ils ont partagé leur parcours et leurs défis devant la quarantaine de personnes présentes.

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Laurent Rigaux

Initiative de journalisme local – APF – Atlantique

L’évènement, intitulé «International?WTF» (pour Wisdom, Truth and Failure / sagesse, vérité et échec), en est à sa 7e édition. Il s’agit d’une «plateforme non orthodoxe pour raconter des histoires de vie inspirantes» explique Chijioke Amadi, à l’origine du projet. La dernière édition avait eu lieu avant la pandémie et mettait en scène des femmes noires. Cette fois-ci, il s’agit de parler de «race et succès».

Sur scène, Gordon McNeilly, Shamara Baidoobonso et Niyi Adeogun, respectivement député, épidémiologiste provinciale et artiste, évoquent leur parcours. Joce Reyome, chanteuse noire venue du Massachusetts, a joué quelques morceaux entre les interventions.

«On ne parlait jamais de race»

Dans la famille de Gord McNeilly, dont le père est noir et la mère est blanche, «on ne parlait jamais de race». Le député confie que c’est «la société» qui s’est chargée de lui rappeler sa couleur. Première personne de couleur élue à l’Assemblée législative de la province, il se voit «comme un ambassadeur». Ni blanc, ni noir, «je ne peux discriminer personne, explique-il. Je suis au milieu, un pont.»

Shamara Baidoobonso est issue d’une famille jamaïcaine. L’épidémiologiste provinciale met quant à elle l’accent sur l’éducation, une valeur cardinale pour sa grand-mère qui était concierge à l’hôpital de Trenchtown. «Cela aurait pu être une histoire triste, raconte la jeune femme. Mais parmi ses enfants, certains sont devenus médecin, ingénieur, infirmière, enseignant.»

Lorsqu’elle a 9 ans, sa famille déménage à Phoenix, en Arizona. «Là, on m’a dit que je devais travailler dix fois plus que les autres, parce que j’étais noire», se rappelle Shamara Baidoobonso. Elle se découvre une passion pour l’école et «décide donc d’y rester longtemps» plaisante-t-elle. Très vite, elle se rend compte de l’importance de se défendre et d’aider les autres, notamment dans la vie professionnelle. «Je dois toujours être sur une ligne de crête quand je rencontre une injustice, rapporte-t-elle. Il faut parler de biais mais sans le dire, parler de racisme sans prononcer le mot.»

Les échecs, des «tremplins»

Arrivé de Lagos au Nigéria, Niyi Adeogun s’imaginait un futur banal, «dans l’ingénierie, avec femme et enfants», jusqu’à ce qu’un de ses enseignants à l’école lui demande de mettre par écrit ses «rêves les plus fous». Pour le jeune homme, ce sera le graphisme. Passé à travers plusieurs échecs, il confie aujourd’hui être «ravi que les choses aient échoué», ses ratés étant, selon lui, «des tremplins» pour aller plus loin. Deux ans après s’être lancé, il a ressenti «de l’anxiété, de la peur, de la pression». Ces problèmes de santé mentale, loin de l’arrêter, lui ont permis de créer sa première exposition, où ses oeuvres graphiques parlent de «santé mentale et de foi».

Pour inspirer la nouvelle génération à prendre sa place, chaque intervenant insiste sur ce qu’il lui semble important. Aux yeux de Shamara Baidoobonso, c’est de continuer «à pousser» pour changer les mentalités, même si cela donne parfois l’impression d’être «face à un mur». «Je suis têtue», confie celle qui est par ailleurs vice-présidente de la Black Cultural Society of PEI. Niyi Adeogun, lui, évoque «les collaborations, l’amour et l’envie d’avoir un impact» sur la communauté. Gord McNeilly, enfin, insiste sur l’importance de s’impliquer, que ce soit dans la vie communautaire ou dans la vie politique. «Tout le monde peut être élu, c’est le job le plus fun qui existe», lance-t-il. Lui-même n’a gagné son siège qu’à la deuxième tentative. «Je n’ai pas de problème avec l’échec, dit-il. J’ai un problème avec le fait de ne pas essayer.»

Le député confirme en aparté qu’il est essentiel pour les personnes de couleur d’avoir «des modèles» pour se lancer. Présent aussi l’année lors de cet événement l’année dernière, il note un changement d’attitude dans la communauté noire, «plus de confiance», surtout après la marche historique contre le racisme de juin 2020.

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PHOTOS : (incluant titre de la photo, légende et crédit du photographe ou courtoisie)

  1. Joce Reyome, chanteuse originaire du Massachusetts et installée à l’Île-du-Prince-Édouard, a joué quelques morceaux entre les interventions des participants. (Laurent Rigaux)
  2. Gordon McNeilly, député de Charlottetown-West Royalty, a longuement parlé de son père et de l’influence de ce dernier sur sa vie. (Laurent Rigaux)
  3. Originaire de la Jamaïque, Shamara Baidoobonso est l’épidémiologiste provinciale de l’Île-du-Prince-Édouard. Elle a évoqué sa grand-mère et l’importance de l’éducation. (Laurent Rigaux)
  4. Niyi Adeogun est artiste et graphiste. Originaire du Nigéria, le jeune homme  transforme ses échecs en réussites. (Laurent Rigaux)
  5. La soirée a commencé par une prière et un chant de l’artiste autochtone Richard Pellissier-Lush, de la Première nation de Lennox Island. (Laurent Rigaux)
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  • Date de création 26 février, 2021
  • Dernière mise à jour 26 février, 2021
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