«Je comprends les raisons de santé publique mais je suis comme en deuil»

«Je comprends les raisons de santé publique mais je suis comme en deuil»

La décision est tombée mardi 13 avril vers 18 heures, l’ouverture de la bulle de voyage Atlantique est reportée à minima au 3 mai prochain. Des familles, déchirées entre le Nouveau-Brunswick et l’Île-du-Prince-Édouard, témoignent de leur déception et font part de leurs attentes. L’idée d’un passeport vaccinal fait notamment son chemin.

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Marine Ernoult

IJL – Réseau.Presse – La Voix acadienne

Nicole Arsenault avait beau s’y attendre, quand elle a appris la nouvelle mardi 13 avril en fin de journée, elle a passé sa soirée à pleurer. Les quatre premier ministres des Provinces atlantique venaient de tomber d’accord sur le report de l’ouverture de la bulle de voyage. Initialement prévue le 19 avril, la réouverture des frontières provinciales est repoussée au moins jusqu’au 3 mai.

Et ce, au vu du nombre croissant de cas de COVID-19 dans tout le pays et de la présence de plus en plus forte des variants.  «Le paysage est très différent aujourd’hui de ce qu’il était il y a quatre semaines, la situation est difficile, les choses ne vont pas comme nous le souhaitons», a déclaré le premier ministre de l’Î.-P.-É., Dennis King, loin de l’optimisme affiché à la mi-mars.

«Je comprends les raisons de santé publique mais je suis comme en deuil», lâche Nicole, qui n’a pas pu voir ses proches depuis sept mois à cause des restrictions de déplacement en vigueur.  Avec son mari et ses deux fils, l’Acadienne habite à Bathurst au Nouveau-Brunswick (N.-B.), tandis que toute sa famille, parents, grands-parents, soeurs et neveux, vit à l’Î.-P.-É.

Daniel Pitre, lui, trouve que c’est «une bonne décision». «Mais ça commence à faire long, surtout que mes parents vieillissent », reconnaît le Prince-Édouardien d’adoption, qui n’a pas vu ses parents au N.-B. depuis près d’un an.

Le plus dur, c’est l’incertitude

Nathalie Carrier, elle, croyait vraiment au 19 avril malgré la hausse du nombre de cas dans certaines régions.  La quadragénaire, qui habite près de Crapaud à l’Î.-P.-É., n’a pas vu sa famille dans la province voisine depuis l’été dernier, ses parents mais aussi sa fille et ses deux petits-enfants.  «Les cadeaux de Noël sont toujours sous le sapin», raconte Nathalie, amère, pour qui le plus grand déchirement est d’avoir raté les anniversaires de ses deux petits-fils.

«Depuis tout ce temps, on essaie de se protéger, de ne pas avoir de faux espoirs, mais ce n’est pas facile à accepter, on finit tant bien que mal par apprendre à vivre avec», confie Nicole.  De son côté, la mère de Nicole, Bernice Arsenault, a aussi «versé beaucoup de larmes» à l’annonce du maintien de la fermeture du pont de la Confédération.  « On s’ennuie de notre fille, et nos deux petits-fils nous manquent, ça change tellement vite à cet âge-là», témoigne la Prince-Édouardienne.

La tristesse, la déception, mais le plus dur à supporter pour tous ceux qui sont séparés de leurs proches, c’est l’incertitude : ne pas savoir quand ils pourront à nouveau se voir.  Avec la nouvelle éclosion à Edmundston (N.-B.), Nicole n’est pas convaincue que la situation sanitaire permettra une levée des restrictions dans deux semaines.

«C’est difficile de savoir, la situation change tellement d’une journée à l’autre », poursuit Nathalie Carrier qui continue de «croiser les doigts pour le 3 mai ». Daniel, lui, ne compte pas sur une réouverture à court terme : «On va vers de plus en plus de resserrement.»

Passeport vaccinal?

Tous appellent de leurs voeux la création d’un passeport vaccinal. Autrement dit, une exemption qui permettrait aux personnes vaccinées de circuler librement entre les Provinces atlantique. «Ce serait merveilleux, s’enthousiasme Nicole, déjà vaccinée en tant que professionnelle de la santé. Mais ça me semble compliqué à mettre en oeuvre, je doute que ça voit le jour.»  Et d’ajouter : « Mes fils adolescents ne vont pas êtres vaccinés tout de suite et je ne partirai pas sans eux.»

En attendant la bulle, sont-ils prêts à voyager pour retrouver les leurs, quitte à s’isoler quatorze jours au retour?  Nathalie et Nicole aimeraient bien mais leur travail et leur vie de famille les en empêchent. «Si notre fille Nicole avait besoin de nous pour une urgence familiale, nous irions chez elle au Nouveau-Brunswick aussi vite que possible, mais autrement je ne suis pas intéressée d’être obligé de m’isoler», complète Bernice dans la région Évangéline.  Pour Daniel Pitre, il préfère prendre son mal en patience en évitant de courir des risques inutiles.

Qu’ils soient au N.-B. ou à l’Î.-P.-É., tous attendent surtout avec impatience l’été prochain.  «On a fait nos plans de vacances en fonction, on s’est acheté une roulotte à l’Île pour s’y installer», réagit Nicole. «On a hâte d’être réunis ensemble, espérons, très bientôt», conclut Bernice, la mère de Nicole.

 

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Photos : 

Daniel Pitre est prêt à attendre mais indique que ça commence à faire long.  (Photo : Courtoisie)

Nathalie Carrier, qui habite à Crapaud à l’Î.-P.-É., n’a pas vu sa famille au Nouveau-Brunswick depuis l’été dernier.  (Photo : Courtoisie)

Nicole Arsenault aimerait que soit créé un passeport vaccinal qui permette de voyager librement entre les provinces Atlantique. (Photo : Courtoisie)

Bernice Arsenault attend avec impatience l’ouverture de la bulle Atlantique. (Photo : Courtoisie)

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  • Date de création 20 avril, 2021
  • Dernière mise à jour 20 avril, 2021
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