Isabelle Carignan, une femme aux chapeaux multiples
Isabelle Carignan vient de loin. Non pas en raison des quelque 800 km qui séparent sa ville natale, Princeville, au centre du Québec, de sa ville d’accueil, Sudbury. C’est surtout pour son brillant parcours universitaire et professionnel, alors que rien dans sa modeste naissance ne la predestinait à embrasser la carrière de la «femme accomplie» qu’elle est devenue, comme en témoigne sa tante Nicole Carignan.
_______________________
Mehdi Mehenni
IJL – Réseau.Presse – Le Voyageur
Énergique, l’esprit alerte et constamment en gestation d’idées, Isabelle Carignan mène à tous les jours un marathon pour concilier son travail universitaire avec ses projets et ses activités multiples. Elle participe à l’édition de livres pour enfants, elle contribue dans la revue professionnelle québécoise Vivre le primaire pour parler des écoles francophones en milieu minoritaire et elle fait de l’animation à l'école de ses enfants. Elle tient beaucoup aussi à son rôle de mère de famille.
Isabelle Carignan est professeure titulaire à l’Université TÉLUQ (Québec), où elle enseigne à distance la didactique du français à de futurs enseignants. Elle est aussi professeure associée à l’Université de Sudbury et l’Université Laurentienne.
«Vingt-quatre heures ce n’est pas assez pour moi, comparé à ce que je veux réaliser en une journée. Surtout qu’à 15h, je dois courir pour récupérer mes enfants de l’école et aller ensemble faire des activités», lance-t-elle.
Avec sa fille Léa, 11 ans, et son garçon Anthony, 9 ans, Isabelle Carignan prend des cours de karaté. Ils ont respectivement des ceintures verte, orange et jaune. «Je m'entraîne deux fois de suite, une séance avec les adultes et une autre avec les jeunes pour accompagner mes enfants. J’ai fait du judo quand j’étais plus jeune, mais j’ai dû arrêter à cause d’une blessure», raconte-t-elle.
Les week-end, Mme Carignan prend des cours et joue aussi au tennis en famille, notamment avec son époux Rony Atoui, chirurgien en cardiologie à Horizon Santé‑Nord (HSN) et professeur agrégé à l’Université de l’EMNO. Ses origines sont du liban et il est le seul chirurgien en cardiologie à pouvoir offrir des services en français à HSN.
La fibre artistique
Côté artistique, Isabelle Carignan s’est remise au piano, comme elle avait suivi des cours durant son enfance, à l’École Sacré-Coeur de Princeville, avec son ancienne enseignante de musique, dont elle se souvient toujours, Brigitte Simonou.
«Je regardais mes camarades de classe jouer dans la cour de récréation, pendant que je pratiquais du piano», se rappelle-t-elle.
Pour la petite Isabelle d’antan, prendre des cours de piano était un luxe. Son père, Yves Carignan, ouvrier, faisait souvent plus qu’un travail pour offrir à sa fille de faire de la musique.
«Nous étions une famille très modeste. Mon père ne ménageait, cependant, aucun effort pour subvenir à nos besoins», dit-elle.
Mais la vie de campagne a ses charmes et Isabelle Carignan se souvient quand, de retour de l’école vers la maison, elle faisait une halte chez sa grand-mère paternelle Bernadette Provencher-Carignan. Une femme qui l’a marqué.
«C'était une femme extraordinaire. Elle était toujours positive, toujours de bonne humeur, je pouvais aller chez elle à n'importe quelle heure, elle trouvait toujours quelque chose dans le frigo, à réchauffer ou à faire sur le pouce. Elle faisait de bons plats.C'est elle qui m'a appris à coudre, à tricoter et à faire la cuisine», reconnaît-elle.
Mais le plus important pour Isabelle Carignan est cet amour de la langue française que sa grand-mère lui a transmis.
«Ma mamie avait toujours son dictionnaire et on allait souvent vérifier des mots ensemble», se souvient-elle.
Une source d’inspiration, un exemple à suivre
Mais c’est surtout sa tante paternelle Nicole Carignan, titulaire d’un doctorat en éducation comparée et professeure à l’Université du Québec à Montréal (UQAM), qui l’a inspiré. Elle est également musicienne et compositrice.
«Ma tante est la première de la famille à avoir été à l'université. Quand tu viens d'un milieu où les études ne sont pas valorisées, il faut que tu trouves une force extérieure extrêmement puissante pour pouvoir aller à l'encontre des commentaires négatifs. Ce n’était pas évident pour une jeune fille, dans les années 1970, de quitter notre région pour aller suivre un Bac en musique à Montréal», indique-t-elle.
Isabelle Carignan avait suivi cet exemple et c’est justement sa tante Nicole Carignan qui a tenu à ce qu’elle fréquente le Cégep François-Xavier Garneau à Québec.
«J'avais au moins mon premier bac quand Isabelle est arrivée. Et moi, je n'ai pas voulu d'enfants. Alors, je l’ai comme adopté. J'avais une seule nièce. Mon frère a eu une fille et deux garçons, les frères d’Isabelle. Mon autre frère n'a pas eu d'enfant. C'était alors comme ma fille. J'ai décidé de donner à Isabelle tout ce que je pouvais en souhaitant que ça puisse l'encourager. J'avais ce grand rêve là pour elle qu'elle puisse étudier», témoigne Nicole Carignan.
Isabelle Carignan était à la hauteur des espérances de sa tante. En 1997, elle a réussi à rejoindre l’Université McGill, à Montréal, pour suivre un Bac en langue et littérature françaises.
«Déjà que ça prenait beaucoup de courage pour quitter son village et aller étudier à Québec, rejoindre l’université McGill était quelque chose d’autrement plus intimidant», se rappelle-t-elle.
Ma Nicole Carignan était toujours là pour la soutenir : «Je lui disais, tu sais Isabelle, dans la vie, tu vas te promener avec un sac-à-dos. Puis, au fur et à mesure, tu vas remplir ton sac-à-dos. Tu peux te faire voler ton porte-monnaie, tu peux te faire voler tes choses, mais ton éducation, ce que tu portes à l'intérieur de toi, il n'y a jamais personne qui pourra te le voler».
Escale en France et au Togo
Comme le hasard fait bien les choses, Isabelle Carignan a pu faire sa deuxième année à l’Université de la Sorbonne Nouvelle Paris III, en France, dans le cadre d’un programme d’échange.
Son séjour parisien lui a donné des ailes et de retour à McGill, elle avait gagné en assurance.
Cela ne lui a pourtant pas épargné le snobisme d’une gestionnaire qui ne la voyait pas poursuivre son master à l’Université McGill. «Elle m’a regardé de haut pour me dire : je crois que l’UQAM sera plus appropriée pour toi», se souvient-elle.
À quelque chose malheur est bon ! C’est à l’UQAM qu’Isabelle Carignan allait rencontrer sa «maman académique», en la personne de Clémence Préfontaine, alors professeure titulaire au département de linguistique et de didactique des langues.
«C’est une autre femme qui m’a donné beaucoup de confiance en moi», ajoute-t-elle.
En 2001, Mme Carignan s’est envolée pour l’Afrique, au Togo, pour un stage d’enseignement de deux mois. Autant c’était le dépaysement total, l’expérience était enrichissante. Elle ne voyait plus déjà le monde de la même manière.
Sa maîtrise en didactique des langues obtenue, elle engage un doctorat en sciences de l’éducation, option didactique, à l’Université de Montréal. Ce qui lui a permis de rejoindre dès 2007 la Faculté d’éducation de l’Université de Sherbrook, en tant que professeure adjointe.
L’amour de sa vie
Mais entre-temps, elle avait rencontré «l’amour de sa vie», Rony Atoui.
«Rony est non seulement mon mari, mais aussi mon meilleur ami. Nous sommes ensemble depuis 20 ans et mariés depuis 12 ans. Nous nous sommes rencontrés à Montréal en décembre 2003. C’est cliché, mais ce fut un coup de foudre. Après quelques semaines, nous avions l’impression de nous connaitre depuis plusieurs mois. Et j’ai su dès le début qu’il allait devenir le père de mes enfants», confie-t-elle.
Le couple a rejoint Sudbury en 2012 où il a donné naissance à leurs deux enfants.
Léa et Anthony sont en 5e et en 4e années à l’École publique Hélène Gravel de Sudbury.
Isabelle Carignan leur rend souvent visite dans leurs classes de cours, puisqu’elle est chargée des relations publiques au conseil des parents d’élèves.
Elle offre bénévolement aux élèves des ateliers de littérature jeunesse plusieurs fois par année. En février, elle a participé à mettre en place une vitrine remplie d’objets d’art provenant de différents pays d’Afrique, notamment du Togo où elle a séjourné auparavant. La vitrine contenait également des livres de littérature jeunesse en rapport avec le Mois de l’histoire des Noirs. Elle y a consacré un article paru dans Le Voyageur du mercredi 14 février.
Sa tante Nicole Carignan se dit, certes, fière des réalisations professionnelles et académiques de sa nièce, mais qu’elle est encore très fière d'elle comme personne et comme maman.
«Elle m’a souvent demandé comment elle pouvait me remercier pour l’avoir accompagné, et je lui disais simplement : dans la vie, tu rencontreras des jeunes, ça peut être les tiens, ça peut être les enfants de tes amis ou des enfants dans ton entourage, ce sera ton tour de les aider. C'est exactement ce qu'elle a fait et qu'elle continue de faire. Je vis cela comme mon succès personnel».
En envoyant sa photo au Voyageur, pour les besoins du montage de l’article, Nicole Carignan a ajouté ce propos : «Je voulais aussi vous dire que depuis qu’Isabelle est née, “elle est la prunelle de mes yeux”. Je le lui ai souvent dit».
-30-
Photo Isabelle Carignan
BV : Isabelle Carignan, professeure titulaire à l’Université TÉLUQ, et professeure associée à l’Université de Sudbury et l’Université Laurentienne. Photo : Courtoisie.
Photo Nicole Carignan
BV : Nicole Carignan, titulaire d’un doctorat en éducation comparée et professeure à l’Université du Québec à Montréal (UQAM). Photo : Courtoisie.
Photo Famille
BV : Isabelle Carignan avec son mari Rony Atoui et leurs enfants Léa et Anthony.
Photo : Courtoisie
- Nombre de fichiers 4
- Date de création 15 avril, 2024
- Dernière mise à jour 15 avril, 2024