Insécurité alimentaire: une autre ville de l’Est ontarien déclare une situation d’urgence

Depuis le début de l’année, des villes de l’Ontario tirent la sonnette d’alarme: leurs résidents sont de plus en plus nombreux à ne pas savoir où et comment trouver leur prochain repas. Pour les experts de la santé publique, c’est un symptôme d’une société en crise.

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Par Clémence Labasse
IJL - Réseau.Presse - Le Droit

La motion est passée à l’unanimité au conseil municipal de Brockville, le 24 juin dernier: la situation d’insécurité alimentaire est urgente et intenable dans la région.

«Je ne pense pas que la Municipalité réalisait l’ampleur du problème avant que nous fassions notre présentation sur l’insécurité alimentaire», admet la directrice générale de la banque alimentaire de Brockville et de la région, Amanda Petch.

Les chiffres parlent d’eux même. Bien que la ville de Brockville ne compte que 22 300 habitants, sa banque alimentaire a reçu plus de 21 500 visites, l’an dernier. En deux ans, le nombre de personnes qui fréquentent la banque alimentaire de la petite ville ontarienne est passé d’un résident sur 24 à un sur 13. Et parmi ces 2000 usagers mensuels, la directrice estime que 400 à 500 sont des enfants.

«Quand la banque alimentaire de Brockville a ouvert ses portes dans les années 1990, tout le monde la concevait comme une solution temporaire. Quarante ans plus tard, nous voilà rendus un organisme à but non lucratif dont les services sont essentiels pour de plus en plus de gens.»

—  Amanda Petch, directrice générale de la banque alimentaire de Brockville

Brockville n’est pas seule dans cette situation. Cinq autres municipalités ontariennes ont déclaré une situation d’urgence depuis le début de l’année, dont trois autres dans l’est de l’Ontario. Kingston en janvier, Hawkesbury en février et Smith Falls en mai.

Avec un tel geste symbolique, ces communautés demandent aux gouvernements provincial et fédéral de prendre rapidement des mesures pour s’attaquer aux racines du problème: la hausse rapide de la pauvreté.

Une crise généralisée

Pour Mélissa Cardinal, diététiste au Bureau de santé de l’est de l’Ontario, ces causes ne sont pas difficiles à identifier.

«Les gens n’ont plus assez d’argent pour acheter la nourriture, et ce, de manière systémique. Ce n’est pas juste une situation ponctuelle qui peut arriver après un sinistre, par exemple. Ça s’inscrit dans la durée», explique la spécialiste.

Selon le Bureau de santé, une personne sur cinq faisait face à l’insécurité alimentaire et un ménage sur quatre, en 2024, que ce soit de façon modérée (avoir de l’inquiétude alimentaire) ou sévère.

«Rien ne va en s’améliorant, ajoute Mme Cardinal. L’inflation en général depuis la pandémie est incroyable, tant sur les biens que sur les services. En un an, les prix de certains aliments ont augmenté de 23%. Les loyers, les coûts du transport; tout augmente, sauf les salaires et les aides sociales, qui ne reflètent plus du tout le coût de la vie.»

Parmi les personnes qui touchent des allocations sociales ou des pensions d’aide aux personnes handicapées, 53% vivent dans l’insécurité alimentaire. Mais le problème se répand: plus de la moitié (59%) des personnes qui souffrent d’insécurité alimentaire en Ontario ont un emploi.

«C’est un immense problème de santé publique parce que quand on en arrive à ne plus pouvoir payer la nourriture, c’est qu’on a déjà coupé dans tout ce qui pouvait être coupé. C’est vraiment la toute dernière dépense sur laquelle on rechigne.»

—  Mélissa Cardinal, diététiste au Bureau de santé de l'est de l'Ontario

«Ces personnes vont être plus à risque de développer des maladies chroniques, de la tension artérielle, des maladies du cœur ou buccodentaires, de l’asthme, et elles n’auront pas l’argent nécessairement pour se payer des médicaments», poursuit Mélissa Cardinal.

Sans une alimentation saine, équilibrée et régulière, la santé ne peut que se détériorer davantage, souligne la diététiste. Et le stress financier peut entraîner des troubles de santé mentale, de l’anxiété et même des pensées suicidaires.

Chez les enfants, l’insécurité alimentaire se traduit par des troubles du comportement et de l’attention, des difficultés à l’école et de l’anxiété.

Des solutions claires

Pour Mélissa Cardinal et Amanda Petch, la solution pour remédier à l’insécurité grandissante en Ontario doit venir des gouvernements.

«Les organismes de charité ne peuvent être responsables de trouver la solution et de pallier la situation. Cela doit venir du gouvernement», souligne la directrice de la banque alimentaire de Brockville.

Les deux sont d’accord: les banques alimentaires ne sont pas une solution à long terme. Ce modèle fragile dépend souvent des dons de la communauté et des efforts des bénévoles pour continuer à subsister et répondre à la demande grandissante.

«Seule une personne sur quatre qui fait face à de l’insécurité alimentaire va se rendre à la banque alimentaire. Il y a encore beaucoup de préjugés. C’est avant tout un service d’urgence, pas une solution. Tout le monde devrait pouvoir choisir comment se nourrir dans la dignité.»

—  Mélissa Cardinal, diététiste au Bureau de santé de l'est

Le Bureau de santé de l’est de l’Ontario l’affirme sans détour: l’insécurité alimentaire est une conséquence directe du manque de revenus. La solution doit se trouver là.

L’agence de santé publique et de nombreux organismes qui se battent contre l’insécurité alimentaire proposent différentes solutions. D’abord, l’indexation des taux d’aide sociale en fonction du coût de la vie. Ensuite, la réévaluation des programmes de soutien du revenu pour les personnes à faible revenu, y compris les allocations familiales et les prestations d’invalidité. Enfin, l’amélioration des salaires et des avantages sociaux.

Selon Mélissa Cardinal, encore plus de villes ontariennes pourraient déclarer une situation d’urgence, afin de mettre de la pression sur le gouvernement provincial et fédéral.

Dans la capitale fédérale, l’insécurité alimentaire touche un ménage sur quatre, selon Santé publique Ottawa. Le réseau des banques alimentaires de la ville a enregistré plus de 50 000 visites, en octobre dernier.

La Banque alimentaire de la capitale fait campagne depuis novembre, pour qu’Ottawa déclare que l’insécurité alimentaire est une crise. Une déclaration que le maire Mark Sutcliffe se refuse à faire pour le moment.

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  • Date de création 15 juillet, 2025
  • Dernière mise à jour 15 juillet, 2025
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