Industrie agroalimentaire trop lente, trop lourde, trop…

S’il est un bénéfice que le Canada peut tirer de la menace tarifaire américaine, c’est qu’elle force l’industrie agricole et tous ceux qui gravitent autour à faire un examen de conscience. Un exercice qui permet de constater que le Canada est en partie l'architecte de son propre malheur, une situation qu’il est encore temps de changer.

 

Jean-Marc Dufresne

IJL – Réseau.Presse – Agricom

C’est en essence le message livré cette semaine aux participants à Nourrir l’avenir, un événement annuel organisé par la Financement agricole Canada (FAC) en collaboration avec divers partenaires. Les conférenciers ont noté plusieurs facteurs affectant l’industrie agroalimentaire.

Dormir au gaz

En ouverture de congrès, la PDG de FAC, Justine Hendricks, a rappelé que malgré la stabilisation de la chaîne d’approvisionnement post-Covid et la croissance du secteur agricole, l’année 2025 ne sera pas facile.

« Les conflits en Ukraine et au Moyen-Orient, les conflits de travail et la menace de tarifs américains présenteront un défi majeur à chacun d'entre nous », indique-t-elle. « Cependant, nous n’avons pas de contrôle là-dessus. Ce sur quoi je veux que nous nous concentrions maintenant, ce sont les choses critiques que nous pouvons contrôler. »

Le problème, selon elle, est que nous sommes trop lents et trop cloisonnés. « Je parle d’acteurs occupant des rôles variés qui ratent trop souvent des opportunités qu’ils devraient saisir, ou ignorent les lacunes qu’ils doivent combler. Je parle de bailleurs de fonds qui ne parviennent pas à reconnaître les investissements riches en opportunités. Et je parle des gouvernements et de leurs agences, qui peuvent être trop lents à voir un problème nécessitant une solution. Et oui, au cas où vous vous poseriez la question, j’inclus ma propre agence dans cela. »

Mme Hendricks cite en exemple les délais trop longs pour l’adoption de nouvelles technologies. « Le chemin vers l’adoption de nouveaux processus et technologies innovantes doit être simplifié. Ça signifie trouver des moyens de réduire le risque lié à l’adoption de nouvelles technologies. »

Manque de productivité

Premier vice-président au bureau du chef de la direction de la Banque Royale du Canada, John Stackhouse va plus loin: « En agriculture, la productivité stagne au Canada malgré des investissements majeurs entre 2015 et 2020. Pendant ce temps, des pays d’Amérique du Sud comme le Brésil ont fortement augmenté leurs parts de marché. Si le Canada maintient son rythme actuel, il perdra d’autres parts au profit de pays étrangers. »

Et ce n’est pas sa seule cible: « On doit investir dans nos infrastructures d’exportation. Quand le Japon nous dit qu’ils aiment notre canola, le blé, le porc, le bœuf et le soja, mais qu’ils ne peuvent pas signer un accord à long terme parce qu’ils ne savent pas s’ils peuvent compter sur notre capacité à livrer, c’est inquiétant. »

D’ailleurs, M. Stackhouse a rappelé aux participants qu’une économie d'échange fonctionne dans les deux sens et qu’à ce titre, on peut comprendre que le système canadien de gestion de l’offre soit un irritant pour les Américains et d’autres partenaires.

Justine Hendricks estime que les investissements en agriculture devraient tripler pour permettre d’atteindre le seuil de croissance de productivité de 1,9% requis pour répondre à la demande mondiale en nourriture d’ici 2050; le taux actuel serait inférieur à 1%. « Produire plus, gaspiller moins, nos analyses montrent que combler nos lacunes de production injecterait 30 milliards supplémentaires dans l’économie canadienne », dit-elle.

Selon elle, le manque d’investissement au Canada force des agriculteurs et éleveurs à se tourner vers les États-Unis. « C’est comme voir un club de hockey américain gagner la Coupe… avec une équipe de joueurs canadiens! »

Les conférenciers ont invité les participants à combattre la complaisance et à collaborer aux efforts pour stimuler un regain de fierté des Canadiens et Canadiennes pour l’agriculture d’ici.

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Légende photo 1 : L'industrie agroalimentaire est trop lourde et lente pour faire face aux barrières tarifaires.

Légende photo 2 : PDG de FAC, Justine Hendricks estime que l'industrie agroalimentaire et ses partenaires sont trop lents et trop cloisonnés

Légende photo 3 : John Stackhouse affirme que la productivité canadienne perd du terrain au profit notamment des pays d'Amérique du Sud.

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  • Date de création 12 février, 2025
  • Dernière mise à jour 12 février, 2025
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