«Il est essentiel d’aller dans la nature en famille»

«Il est essentiel d’aller dans la nature en famille»

Samedi dernier, c’était la Journée mondiale de l’environnement.  À cette occasion, Michel T. Léger, professeur en éducation à la faculté de Moncton, appelle à connecter davantage les jeunes à la nature, que ce soit à l’école ou à la maison, et à les écouter davantage quand il s’agit de l’avenir de la planète. 

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Marine Ernoult

IJL – Réseau.Presse – La Voix acadienne

  

Michel T. Léger est professeur à la faculté des sciences de l’éducation de l’Université de Moncton, spécialiste de l’éducation relative à l’environnement.  L’universitaire pointe les manques dans les curriculums en matière d’écologie et aspire à une politique d’éducation à la nature plus ambitieuse afin d’accélérer la prise de conscience environnementale.

Est-ce que les curriculums prennent assez en compte les problématiques liées à l’environnement?

Clairement non, on n’en parle pas assez, tout va dépendre de la sensibilité de l’enseignant à ces questions.  C’est seulement s’il est intéressé par ces problématiques qu’il va chercher à les intégrer dans ses cours.  La conscientisation environnementale des jeunes varie donc beaucoup d’une école à l’autre, d’une classe à l’autre.  Sur le terrain, de très belles choses se font, des organismes sans but lucratif se rendent dans les établissements scolaires pour outiller les jeunes et aider les enseignants à structurer leurs leçons autour du changement climatique, de la biodiversité, etc. Mais c’est toujours aux pédagogues de demander de l’aide.

Quelle politique d’éducation à la nature aimeriez-vous voir dans les écoles?

L’environnement doit clairement faire partie du discours et des curriculums.  Il faut organiser des débats, mettre sur pied plus de projets en lien avec l’écologie.  Les élèves doivent se connecter davantage avec la nature.  Les cours doivent être donnés le plus possible à l’extérieur des salles de classe.  Il s’agit d’apprendre les maths, les sciences, mais aussi les arts en observant la nature et en y faisant des expériences.  Ce type d’éducation fondée sur l’expérience fonctionne pour toutes les matières.  Le potentiel d’apprentissage est beaucoup plus grand que lorsque les élèves sont confinés à l’intérieur, en particulier au primaire.On a aussi beaucoup à apprendre de la relation des Autochtones à la nature.

Au niveau familial, que peuvent faire les parents pour développer les valeurs environnementales de leurs enfants?

Il est essentiel d’aller dans la nature en famille.  Pas besoin d’avoir une expérience immersive au fond des bois sans téléphone pendant trois jours, ça peut être une randonnée d’une journée ou une balade dans un parc  Il s’agit juste d’aller le plus souvent possible dehors.  À l’inverse, dans le cercle familial, il ne faut pas sous-estimer le pouvoir des enfants qui est très puissant.  Les parents veulent en effet écouter et faire plaisir à leur progéniture.  Si en revenant de l’école, un enfant dit à ses parents, «je veux diminuer mon impact négatif sur la planète en réduisant la consommation d’électricité ou en recyclant les déchets à la maison», il sera sûrement écouté.

Est-ce que la société devrait davantage écouter la jeunesse quand il s’agit de l’avenir de la Terre?

C’est crucial, on ne les écoute pas assez alors qu’ils ont le plus grand des intérêts à ce qu’on leur lègue une planète en bonne santé.  Les décisions sociétales ne les impliquent pas, les structures de pouvoir ne prennent pas en compte leurs points de vue.  Mais nous sommes aujourd’hui témoins d’un virage : la jeunesse se réveille et veut faire entendre sa voix.  Il y a bien sûr l’activiste Greta Thunberg, connue au niveau mondial, mais il y a aussi des regroupements d’étudiants, des clubs scolaires qui s’organisent et se lèvent à l’échelle locale.

Même dans les salles de classe, les élèves ont maintenant l’occasion de s’exprimer sur ces questions.  Au Nouveau-Brunswick, une étudiante francophone du secondaire a par exemple adressé une lettre au ministre provincial de l’éducation, signée par tous les conseils scolaires francophones de la province, dans laquelle elle demande des curriculums plus axés sur l’environnement.  Ce mouvement des jeunes est plus fort qu’on ne le croit, son influence sur les adultes est sous-estimée.  Je suis sûr qu’il va réussir à forcer les décideurs à réévaluer leurs décisions au regard des enjeux écologiques.

 

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Photos

Michel T. Léger est professeur à la Faculté des sciences de l’éducation de l’Université de Moncton, spécialiste de l’éducation relative à l’environnement.  (Photo : Gracieuseté)

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  • Date de création 14 juin, 2021
  • Dernière mise à jour 14 juin, 2021
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