Identité de genre, à la recherche du père

Identité de genre, à la recherche du père

Juin marque la célébration de la Fête des pères au Canada. Introduite aux États-Unis au début du XXe siècle, cette fête souligne le rôle important des pères. Alors que les pères cisgenres - pour qui le genre ressenti correspond au genre assigné à la naissance - sont facilement associés à la célébration, les pères transgenres binaires - avec une identité de genre qui diffère du sexe assigné à la naissance - sont dorénavant aisément inclus au groupe. Qu’en est-il des pères transgenres non-binaires qui ne se sentent ni strictement homme ou femme? 

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Marie-Paule Berthiaume – Journaliste

IJL-RÉSEAU.PRESSE-LE FRANCO

L’animateur et panéliste du Comité FrancoQueer de l’Ouest (CFQO), Émanuel Dubbeldam, offre des activités de sensibilisation à travers l’acronyme de LBGTQ2+ aux élèves en milieu francophone minoritaire de l’Ouest canadien, à leur personnel enseignant et à leurs parents.

Son rôle est d’expliquer les termes «lesbienne», «gai», «bisexuel», «transgenre», «en questionnement», «two spirit ou bispirituel» et autres. Il illustre les termes pour son auditoire afin de faciliter leur compréhension. «On contextualise le genre assigné à la naissance, l’expression de genre et l’orientation sexuelle romantique», énumère celui qui est également membre du conseil d’administration de ce comité.

Il explique que le genre assigné à la naissance, «masculin» ou «féminin», l’est en fonction des organes génitaux externes et qu’il concerne l’aspect biologique et physiologique comme les hormones et les organes génitaux. L’identité de genre, en contrepartie, est liée au ressenti d’une personne en tant qu’homme, femme ou autre.

«Pour les personnes non-binaires, l’identité de genre se retrouve quelque part entre les deux [homme et femme], c’est une combinaison ou bien c’est quelque chose de complètement à part. Il y a plein de sous-identités non-binaires mais, en gros, ça se définit par le fait de s’identifier en dehors du binaire, homme ou femme du genre», résume l’homme transgenre.

La non-binarité
Emmett Lamache s’identifie comme «personne trans non-binaire queer» et il utilise tous les pronoms. Recevant des hormones masculines depuis cinq ans, il a rencontré suite à sa transition sa femme qui est aujourd’hui enceinte. Dès l’annonce de la nouvelle, il savait quel serait son rôle dans le noyau familial et quel terme son enfant utiliserait pour le désigner, soit «Papa». 

Mais le rôle qu’il choisirait auprès de ses enfants n’a pas toujours été aussi clair. Tout petit, il rêvait déjà d'être parent. À l’adolescence, alors que son corps changeait, il avait de plus en plus de mal à réconcilier sa volonté d’avoir des enfants et le rôle de mère qui lui serait imposé.

«C’est seulement en prenant conscience de mon identité de genre [non-binaire] et en faisant mon coming-out il y a six ans que je me suis rendu compte que c’était pour ça que je n’ai jamais été intéressé à être mère mais que j’avais toujours voulu être parent. Je voulais prendre le rôle du père. À ce moment-là, ça a vraiment fait du sens», partage le Franco-albertain d’origine.

Le futur papa a toujours été attiré par les femmes. Il a d’abord tenté «d’entrer dans le moule de la société» à l’adolescence en ayant une relation amoureuse avec un homme pendant un an. Il a ensuite fait son premier dévoilement, par rapport à son orientation sexuelle, à 18 ans en sortant avec une fille.

Son identité de genre a été plus longue à découvrir et à valider comme il n’avait aucune notion de transidentité, et encore moins de non-binarité. «C’est en sortant de la communauté francophone, après avoir gradué du secondaire, et en côtoyant plus d’anglophones à l’université que j’ai commencé à rencontrer des personnes issues de la diversité de genre dans la communauté queer dont une qui s’identifiait comme non-binaire. Dès que j’ai entendu le terme, j’ai su que c’est ça que j’étais. Je me suis dit voilà ce qui explique tant de choses», lance-t-il en riant.

Emmett Lamache navigue «entre deux mondes» bien qu’il ait tendance à avoir une expression de genre plutôt masculine et à remplir des rôles considérés masculins au quotidien. La conceptualisation de son identité non-binaire est principalement liée à sa spiritualité.

Les mots  identitaires: un choix personnel

Pour Émanuel Dubbeldam, les mots identitaires «homme», «femme», «père», «mère», «oncle» et «tante» sont des mots personnels. Il donne l’exemple des mots identitaires liés au rôle de grand-mère. «Il y en a qui préfèrent être appelées «mamie», d’autres «mémé» ou encore «grand-maman».

Il y en a qui veulent simplement être appelées par leur prénom. Ce sont des mots identitaires que l’on choisit pour soi-même. Qu’une personne non-binaire s’identifie à un mot lié à ce qu’elle représente dans sa famille reste sa décision. Si une personne trouve que le mot «père» est confortable, tant mieux! Ça n’a aucun effet sur les gens autour d’elle, à l’exception de sa famille en principe», conclut l’éducateur.

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  • Date de création 28 juin, 2021
  • Dernière mise à jour 29 juin, 2021
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