Généreux les 10 millions de dollars de John Risley?

Le 16 octobre dernier, le milliardaire néo-écossais John Risley annonçait l’engagement de sa société World Energy GH2 de distribuer 10 millions de dollars sur trois ans dans les localités touchées par la construction de son mégaprojet éolien-hydrogène-ammoniaque sur la côte ouest de Terre-Neuve. 

Généreux ces 10 millions? Au contraire, il s’agit d’un montant dérisoire en comparaison des contributions versées par les promoteurs privés d’éoliennes aux communautés d’accueil du Québec depuis les années 2000.  

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Jacinthe Tremblay

IJL - Réseau.Presse - Le Gaboteur

En 2008, un parc éolien est mis en opération à Carleton, une localité de la péninsule gaspésienne. Il comprend 73 éoliennes, toutes situées sur des terres publiques mais incluses dans les territoires de la Ville de Carleton et de la Municipalité régionale de comté (MRC) de Bonaventure. L’énergie produite par ces éoliennes est, dans ce cas, achetée par Hydro-Québec et intégrée à son réseau en vertu d’un contrat d’une durée de 21 ans.   

La consultation des documents présentés lors des audiences publiques sur ce projet nous apprend que le promoteur versera, pendant toute la durée de l’entente, 105 500$ par année à la ville et à la MRC en guise de contribution volontaire tenant lieu de taxes. Ce montant est établi sur la base d’un montant fixe de 1000$ multiplié par la puissance installée, en mégawatts. De plus, le promoteur ajoutera à cette contribution aux coffres municipaux la somme de  30 000$ par année destinée à des organismes communautaires du milieu.

Les documents diffusés par le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement nous apprennent de plus que le promoteur versera pour sa part 175 200$ par année au ministère des Ressources naturelles du Québec, propriétaire des terres publiques où sont installées les 73 éoliennes. Il s’agit d’un loyer de 2400$ par éolienne par année. 

En extrapolant ces données sur la portion du projet de World Energy GH2 couvrant la péninsule de Port-au-Port, la contribution de cette entreprise aurait atteint 1 million de dollars par année et cela uniquement pour les localités de la péninsule où sont installées des éoliennes. Rappelons que la puissance installée prévue pour ces éoliennes est de 1000 mégawatts. 

World Energy GH2 aurait par ailleurs versé 393 600$ par année au gouvernement provincial pour la location des terres publiques. 

Ça, c’est pour l’entente initiale conclue pour le parc éolien de Carleton, mis en opération en 2008. Par la suite, les contributions « volontaires » des promoteurs ont augmenté de manière substantielle. De plus, des moyens supplémentaires pour compenser les communautés d’accueil pour les inconvénients causés par la présence des éoliennes ont été développés.

Extrapolons à nouveau. 

5 millions! 

D’abord établies à 1000$ par mégawatt de puissance installée, les contributions «volontaires» pendant lieu de taxes versés par les promoteurs aux communautés d’accueil ont par la suite augmenté pour atteindre, dans le cas d’un parc éolien de la région de Sorel, au Québec, 7800$ par mégawatt de puissance installée. 

«Pour éviter la compétition entre les municipalités locales, le gouvernement du Québec a fixé à 5 000$ par mégawatt de puissance installée la hauteur des versements des promoteurs», peut-on lire dans l’article «La justice négociée de l’énergie éolienne au Québec» de la professeur titulaire à l’École nationale d’administration publique Marie-Claude Prémont.  

Une telle balise appliquée aux 164 éoliennes de la péninsule de Port-au-Port aurait porté la contribution annuelle de World Energy GH2 à 5 millions de dollars par année - et cela, uniquement destinés aux localités de la péninsule de Port-au-Port, qui sont les seules à en subir les «inconvénients».  

Quant aux sommes versées aux organismes communautaires de la péninsule, elles pourraient atteindre 200 000$ par année, si les balises en vigueur au Québec étaient appliquées au projet du milliardaire Risley et cie. Les recherches de madame Prémont nous apprennent en effet que quand les promoteurs font des versements annuels à ces organismes sur la base de la puissance installée, le montant de base utilisé est généralement de 200 $ par mégawatt.  

Madame Frémont a également recensé d’autres formes de compensations aux communautés locales, soit des contributions pour projets spéciaux et des bourses d’études, par exemple. Les ententes avec les autorités municipales prévoient également que le promoteur financera ou contribuera les améliorations nécessaires au service de prévention des incendies ou les réparations de routes endommagées lors des travaux de construction ou d’entretien.  

Pour qui? Pourquoi?

Les 10 millions annoncées par Risely seraient, en théorie, accessibles sur une vaste région allant de la péninsule de Port-au-Port elle-même à la Vallée de Codroy, au sud-ouest de l’île et incluant Stephenville. 

Or, pour l’heure, seuls les résidents de la péninsule font face à la perspective réelle de subir tous les inconvénients du projet sur leur environnement et leur mode de vie, sans avoir aucune garantie qu’ils en recevront des avantages. 

Parions que ces 10 millions saupoudrés sur des centaines de kilomètres ne parviendront pas à taire leur grogne. 

Trafic et bouchons en vue

En s’engageant à décaisser dans le fonds de 10 millions avant même la mise en opération des activités de son mégaprojet, John Risley n’a rien inventé. «Les promoteurs commencent généralement à verser ces contributions dès la période de construction, qui est aussi celle où les résidents qui vivent à proximité des chantiers subissent des inconvénients importants, entre autres à cause de la hausse de la circulation», souligne la professeure Frémont.

Si le projet devait aller de l’avant, ces inconvénients s’annoncent majeurs pour les résidents et visiteurs de la péninsule. C’est qu’une seule route, érigée sur un isthme étroit, relie la péninsule de Port-au-Port à la côte ouest de Terre-Neuve. Pendant la période de construction, cette portion de la 460 devrait donc supporter les milliers de voyages supplémentaires de camions et véhicules lourds, souvent surdimensionnés, nécessaires pour acheminer à leur lieu d’installation les composantes des éoliennes, le béton de leurs structures, les matériaux nécessaires à la construction des 120 kilomètres de route prévues pour l’intérieur de la péninsule.

Dans une étude de circulation réalisée pour un parc éolien situé en montagne dans la localité de Frampton en Beauce, au Québec, SNC-Lavalin a estimé qu’entre 85 et 110 voyages étaient nécessaires, uniquement, pour acheminer à leur lieu d’installation les composantes d’éoliennes et les travaux de bétonnage de leur base.

Et ces données ne comprennent pas le camionnage nécessaire pour la construction des 120 nouveaux kilomètres de route prévus à l’intérieur de la péninsule par World Energy dans son projet rendu public en juin dernier.

Difficile de déterminer l’ampleur de l’augmentation de la circulation à l’entrée de la péninsule si le projet devait se réaliser mais chose certaine, bouchons en vue.

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Photo:

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Légende : «No! Non! Moqo!» affichent sur leur terrain de nombreux résidents de la péninsule de Port-au-Port depuis l’annonce, fin juin dernier, de l’intention de la compagnie World Energy GH2 d’installer dans leur arrière-cour 164 éoliennes hautes de 200 mètres. De plus, 85% des participants à des sondages menés depuis la mi-septembre dans 7 localités de la péninsule ont indiqué être totalement opposés à ce projet.

Crédit : Jacinthe Tremblay

 

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  • Date de création 28 octobre, 2022
  • Dernière mise à jour 28 octobre, 2022
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