Filets de pêche, collisions, pourquoi les baleines noires sont menacées d’extinction?

La Voix acadienne - Une baleine noire de l’Atlantique Nord, enchevêtrée dans un engin de pêche, a été observée près des côtes de l’Île-du-Prince-Édouard. L’enchevêtrement dans les filets et les collisions avec les navires menacent la survie de l’espèce. Des solutions sont mises en place pour mieux protéger le cétacé. 

Marine Ernoult / IJL – Réseau.Presse – La Voix acadienne

Une baleine noire de l’Atlantique Nord, une espèce menacée de disparition, a été aperçue près des côtes de l’Île-du-Prince-Édouard, empêtrée dans des filets de pêche. Elle se trouvait dans des eaux de moins de 40 mètres de profondeur.

Selon Pêches et Océans Canada, il s’agit d’un jeune mâle né en 2021. Il avait déjà été aperçu empêtré au large de la Caroline du Nord, aux États-Unis, en décembre dernier.

L’enchevêtrement lui-même s’est produit l’année dernière dans la baie de Fundy au Nouveau-Brunswick. L’animal est donc resté emmêlé dans des filets de pêche canadiens tout au long de l’hiver, avant de faire sa réapparition près de l’île.  

Ce n’est pas la première fois qu’un cétacé s’approche si près du littoral des Maritimes. L’an dernier, un individu a été observé près de Peggy’s Cove en Nouvelle-Écosse, un autre a encore été vu proche de la côte nord du Nouveau-Brunswick, non loin de l’île de Miscou. 

«Ce n’est pas courant, mais ce n’est pas aussi inhabituel qu’on pourrait le croire», estime le biologiste principal en conservation - programmes marins - de la Fédération canadienne de la faune, Sean Brillant.

Neuf baleines mortes en 2024

«Les baleines noires viennent dans les eaux canadiennes l’été pour se nourrir. Elles se déplacent donc dans toutes sortes d’endroits à la recherche de nourriture», poursuit la directrice des campagnes de l’organisme Oceana Canada, Kim Elmslie.

Depuis le début de l’année, dix baleines noires ont été retrouvées coincées dans des engins de pêche que ce soit dans les eaux américaines ou canadiennes. 

«C’est beaucoup, s’inquiète Sean Brillant. Surtout que 2024 a été une très mauvaise année, neuf baleines, dont quatre veaux, sont mortes.»ç

Selon Kim Elmslie, 86 % de ces mammifères se sont enchevêtrés au moins une fois dans leur vie dans un engin de pêche. Les filets peuvent entailler le corps de l’animal, causant de graves blessures, des infections, voire la mort.

Il existe pourtant des engins de pêche plus sécuritaires permettant de minimiser les risques d’empêtrement. Leur utilisation est facultative depuis 2024. 

Un premier type est doté de cordage à faible résistance à la rupture, qui brise lorsqu’une pression de plus de 1 700 livres est appliquée.

«C’est l’une des choses censées être plus sûres, mais l’engin dans lequel s’est empêtré le jeune mâle près de l’Île-du-Prince-Édouard est en fait une corde à faible résistance», relève Kim Elmslie. 

Engins de pêches sans corde 

Oceana Canada recommande donc plutôt l’emploi d’engins de pêche sans corde, dotés d’une bouée submersible à déclencheur acoustique, ou avec une corde à la demande. 

Avec un système de cordage à la demande, le câble qui relie les casiers ne flotte pas. Il est plutôt retenu dans une cage au fond de l’eau. 

Lorsque le pêcheur veut récupérer ses casiers, il utilise une application mobile connectée à un hydrophone pour lancer un signal sous-marin. À la réception de ce signal, la cage se déverrouille, et le câble remonte à la surface.

La Fédération canadienne de la faune met ces systèmes gratuitement à disposition des pêcheurs de crabe et de homard des Maritimes. Les professionnels peuvent obtenir l’aide d’un technicien de la Fédération pour les déployer.

«À l’heure actuelle, aucun pêcheur de homard de l’île ne l’utilise, seulement quelques pêcheurs de crabe des neiges», regrette Sean Brillant. 

Aux yeux du biologiste, la meilleure solution consisterait à utiliser les engins sans corde lorsqu’une baleine est dans les parages et à revenir au système traditionnel de câbles retenus par des bouées le reste du temps. Limitation de vitesse des navires 

La collision avec des bateaux constitue l’autre principale cause de mortalité du cétacé. Depuis 2017, Transports Canada a donc mis en place des mesures de gestion du trafic maritime.

Des restrictions, en vigueur du 17 avril au 15 novembre, imposent une limite de vitesse de dix nœuds pour les navires de plus de 13 mètres dans certaines zones où des baleines noires ont été aperçues. 

Il est aussi interdit pour ces navires de se rendre dans une zone d’exclusion au sud du golfe où des rassemblements de baleines sont observés.

Le non-respect de ces règlements peut mener à des amendes pouvant atteindre 250 000 $ et à une peine d’emprisonnement allant jusqu’à 18 mois.

«Les restrictions de vitesse sont une bonne chose, mais elles n’empêchent pas vraiment les collisions. Elles contribuent à réduire le risque de tuer l’animal si un navire le heurte», indique Sean Brillant. 

Pour mieux protéger les cétacés, le scientifique considère qu’il faudrait avant tout élargir la zone d’exclusion ou en créer d’autres dans le Golfe du Saint-Laurent.  

        

PHOTOS :  

1- Les enchevêtrements dans des engins de pêche constituent l’une des principales causes du déclin de l’espèce. (Photo : NOAA)

2- Il ne reste plus que 372 baleines noires encore vivantes dans le monde. (Photo : NOAA)

3- Pour assurer le rétablissement des baleines noires, Kim Elmslie d’Oceana Canada aimerait voir 30 à 40 naissances par an. (Photo : Gracieuseté)

4- Sean Brillant de la Fédération canadienne de la faune explique qu’il existe des engins de pêche plus sécuritaires pour les baleines. (Photo : Gracieuseté)

 

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  • Date de création 23 juin, 2025
  • Dernière mise à jour 23 juin, 2025
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